C’était dans la douloureuse nuit du samedi 9 au dimanche 10 juillet 2011. On pouvait donc mourir un samedi ! C’est dans la belle vieille ville de Québec que j’avais reçu le message de la messe qui allait lui être consacrée le vendredi 13 juillet à Dakar. Vendredi est bien le jour de tous les saints. Loin, j’ai ajouté mes prières à celles des autres, nombreux, venus prier pour elle. La connaissant, elle donnera la plus grosse part à Lucien, son époux chéri. Qui pourrait penser à Jacqueline sans penser à Lucien ? Un couple d’oiseaux avec chacun une aile et qui volent ensemble, comme le chantait le poète. J’ai toujours dit que le souvenir nous vengeait toujours quelque part de la mort. A condition de se souvenir de ceux que nous avons aimés et qui nous ont tant donné. Le couple Lemoine comme Senghor m’ont appris de belles et d’inoubliables leçons de vie. Comme l’amour de la poésie, la passion pour la littérature, la connaissance des grands textes, la soif de tous les arts, la curiosité tendue pour la musique, l’exigence dans la création, la patience dans le travail, l’humilité. Mais cette dernière ne se manifestait pas de la même manière chez Jacqueline que chez Sédar. Celle du maître sérère m’a beaucoup assagi dans ma rage de devoir toujours dire sans détour ce que je pensais de toute cette nouvelle littérature africaine avec ses mauvais écrivains qui avaient hâte de se mettre une pancarte sur le front, alors que pas une seule de leurs pages n’allumait la moindre étoile. L’humilité apprise chez Jacqueline n’était pas dompteuse. Etrangement, elle m’inoculait cette rage de refuser le compromis et de mettre en joue ceux qui ruinaient la réputation de notre littérature. Curieuse leçon chez deux êtres d’exception ! Peut-être parce qu’elle était une femme, Jacqueline, et quelle femme, femme de refus, femme de révolte, femme de foi
et d’esprit. Les hommes s’accommodaient peut être mieux des compromis. Désormais, j’avais pourtant opté pour la grande leçon d’humilité que j’avais également retrouvée chez l’immense écrivain et poète argentin Jorge Luis Borges, que j’avais rencontré à Marrakech où je séjournais en compagnie de Senghor, Borges vieux et aveugle que je vois encore se jeter dans les bras de Sédar. Chez tout écrivain, il faut aller chercher et ne retenir que les meilleures pages, disait Borges. J’ai aimé cette générosité et cette humilité là ! Comment te dire merci Jacqueline pour ce que tu as été avec Lucien pour moi ? Tout jeune poète aspirant -et je le suis resté encore dans une quête infinie, car la perfection est au-delà de la tombe- vous m’avez tenu le coeur et aiguisé la plume au bout d’innombrables jours, d’innombrables années, et j’ai fini par pouvoir cheminer seul jusque dans les plus sombres allées, car votre lampe éclairait les chemins de mes mots. Jamais avec vous, toute votre bibliothèque bue, je n’ai autant pris conscience de la puissance de la pensée et de l’élévation de l’esprit. Jamais je n’ai autant rencontré d’écrivains et de poètes
marchant par-dessus les sommets des montagnes. Quand on a la chance d’avoir entendu de jour comme de nuit, dans son corps et au travers de son corps, la parole de tant de livres, on sait pourquoi ceux qui ont fait au sommet de l’État la politique de l’élevage des pauvres meurent à Saint Hélène sans être Napoléon ! Dans notre monde, il y a tellement de « lumières » qui n’éclairent plus rien ! Nous reviendrons te dire Jacqueline combien nous t’avons aimée. Avec toi, j’ai pour ma part compris, que la vie seule ne suffit pas, et qu’elle doit être remplie de passagers et de pèlerins qui en donnent le relief. Tu auras toujours une place réservée et numérotée dans nos coeurs.
et d’esprit. Les hommes s’accommodaient peut être mieux des compromis. Désormais, j’avais pourtant opté pour la grande leçon d’humilité que j’avais également retrouvée chez l’immense écrivain et poète argentin Jorge Luis Borges, que j’avais rencontré à Marrakech où je séjournais en compagnie de Senghor, Borges vieux et aveugle que je vois encore se jeter dans les bras de Sédar. Chez tout écrivain, il faut aller chercher et ne retenir que les meilleures pages, disait Borges. J’ai aimé cette générosité et cette humilité là ! Comment te dire merci Jacqueline pour ce que tu as été avec Lucien pour moi ? Tout jeune poète aspirant -et je le suis resté encore dans une quête infinie, car la perfection est au-delà de la tombe- vous m’avez tenu le coeur et aiguisé la plume au bout d’innombrables jours, d’innombrables années, et j’ai fini par pouvoir cheminer seul jusque dans les plus sombres allées, car votre lampe éclairait les chemins de mes mots. Jamais avec vous, toute votre bibliothèque bue, je n’ai autant pris conscience de la puissance de la pensée et de l’élévation de l’esprit. Jamais je n’ai autant rencontré d’écrivains et de poètes
marchant par-dessus les sommets des montagnes. Quand on a la chance d’avoir entendu de jour comme de nuit, dans son corps et au travers de son corps, la parole de tant de livres, on sait pourquoi ceux qui ont fait au sommet de l’État la politique de l’élevage des pauvres meurent à Saint Hélène sans être Napoléon ! Dans notre monde, il y a tellement de « lumières » qui n’éclairent plus rien ! Nous reviendrons te dire Jacqueline combien nous t’avons aimée. Avec toi, j’ai pour ma part compris, que la vie seule ne suffit pas, et qu’elle doit être remplie de passagers et de pèlerins qui en donnent le relief. Tu auras toujours une place réservée et numérotée dans nos coeurs.

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