Vingt mars 1921 – vingt mars 2011.
Quatre-vingt-dix berges bien sonnées, bien remplies ; Dieu merci ! Plaise à Allah que vous restiez longtemps encore parmi nous.
Permettez au citoyen que je suis de se prononcer sur un pan de votre vie, un segment de l’histoire contemporaine de notre pays, j’allais dire de son histoire tout court ou de l’histoire de l’humanité. Un exercice, par ailleurs, difficile, mais, juste, une esquisse de témoignage que requiert l’exemplarité de votre cursus qui mérite d’être porté à l’attention des peuples d’Afrique et d’ailleurs, voire à l’endroit de la jeune génération. Car votre œuvre vous a assimilé aux pics qui percent les brumes de l’histoire.
De vos débuts comme professeur au collège de Rosso, en Mauritanie, en 1951, directeur du Service de l’éducation de base du Sénégal de 1953 à 1957, premier ministre de l’Éducation de notre pays en 1957, professeur au lycée Faidherbe de Saint-Louis de 1958 à 1964, puis à l’École normale supérieure de 1964 à 1966, ministre de la Culture et de la Jeunesse de 1968 à 1970, député à l’Assemblée nationale et conseiller municipal à la Commune de Saint-Louis ; sous–directeur général de l’Unesco de 1970 à 1974 ; Directeur général de la même institution pendant plus d’une décennie – de 1974 à 1987, votre séjour de dix ans au Maroc comme professeur à l’institut des sciences de l’information de Rabat, à la présidence des Assises nationales du Sénégal, vous vous êtes mis au service des autres. Logique d’accepter que c’est votre action sur terre qui vous a propulsé sur la trajectoire des élus au Panthéon.
Promenant votre silhouette dans les cieux de l’histoire et dans la vie active, vous devez faire des émules. Tant il est vrai qu’aujourd’hui, notre peuple, en mal de repères, ce qui est un truisme, devrait s’inspirer, tel un viatique, de votre cursus comme l’attribut de l’homme du troisième millénaire de quelque acabit qu’il soit. Faisant de la simplicité votre credo, vous avez cultivé, cette vie durant, la modestie, la quête de l’unité de l’homme et de tous les hommes, un meilleur devenir de la société, voire de l’humanité tout entière. En témoignent vos qualités intrinsèques, nonobstant les sacerdoces d’hier – cités plus haut – et d’aujourd’hui, que vous avez, toujours, su porter, de manière altière, en ayant les pieds sur terre.
Me rappelant à mes souvenirs de môme, je veux dire dans les années 1969-1970, où j’usais ma culotte à l’école coranique qui jouxtait la demeure contiguë à la vôtre, à la SIcap Dieuppeul II, je revois le ministre que vous étiez, tantôt sollicité par le voisinage, sur le chemin de la grande mosquée de Castors, votre natte à la main, répondant à vos interlocuteurs avec cette courtoisie innée, articulée à la patience et à l’écoute religieuse qui vous caractérisent. Effarant pour les gamins que nous étions à l’époque ! Ce monsieur est un ministre - en d’autres termes un surhomme -, disions-nous à chaque fois que l’on vous apercevait dans les méandres du quartier.
Comme par hasard, en rendant une visite de courtoisie à une vieille connaissance au centre-ville, j’ai eu à rencontrer un de vos anciens élèves du lycée Faidherbe qui témoignait de leur réussite à pour cent au Bepc et dès lors, en guise de cadeau, ils s’étaient cotisé et vous avaient acheté une ceinture ; et que, après de sincères remerciements, vous leur aviez dit que vous préfériez celle qui était autour de votre taille quelque vielle qu’elle soit, car étant le fruit de votre premier salaire. Inutile de dire que la conviction et la dignité ne se décrètent pas chez un homme.
Professeur, votre vie d’hier et d’aujourd’hui s’est résumée en enseignements ! Costumé des manteaux de ministre, de député ou de Directeur général de la prestigieuse Unesco, vous avez toujours eu la tête entre les épaules ; administrant à vos prochains des leçons de simplicité, de modestie, de rigueur, du sens de l’honneur, de convivialité, mais aussi sans faiblesse aucune, de courage comme attesté par votre libre choix d’adhérer au Bds, en 1951, en compagnie de maître Doudou Thiam, de Abdoulaye Ly, premier sénégalais docteur en histoire, de Ousmane Ndiawar Diallo, ingénieur des travaux publics et de Cheikh Fall, ingénieur diplômé de l’école Centrale en France, à l’effet de venir en aide aux masses laborieuses de l’époque et de manière désintéressée, sans revendiquer de poste, comme vous le citiez dans votre lettre d’ adhésion à ce parti.
Et last but not least, l’atteste, entre autres faits, l’acceptation de présider les Assises nationales, après un temps de réflexion inhérent à la démarche des grands hommes, au moment où une bonne frange du peuple en désarroi, a judicieusement pensé que les Sénégalais devaient se retrouver autour de l’essentiel et discuter sereinement dans l’unique but de sortir notre pays du ravin et diagnostiquer sans complaisance ses maux, afin de trouver la panacée susceptible de le projeter vers le phare de l’avenir.
Le Sénégalais lambda, ou le citoyen du monde sait pertinemment que vous n’avez pas perdu votre temps sur terre. Vous êtes entré dans l’histoire par votre œuvre, tant par les actes que vous avez posés que par vos nombreuses publications. Vous avez fait vôtres les vertus d’humilité et de sagesse, traits de caractère des grands hommes ; qui plus est, en participant à la formation de hautes personnalités de ce pays. En outre, sans écart de langage, ce qui est loin d’être un secret de polichinelle, vous avez «fabriqué de toutes pièces» des personnalités. Pour autant, vous ne vous êtes jamais bombé le torse. C’est le propre des élus de Dieu.
En répondant urbi et orbi à l’appel du devoir, tel que la présidence des Assises nationales et en échangeant avec tous les citoyens, sans exclusive, qui le désirent, chez vous ou à votre bureau des Assises nationales, sur des sujets d’intérêt commun ou autre, vous avez lancé un ballon d’essai en suscitant l’émulation chez les autorités actuelles et du Sénégal de demain. Puissent ces cours de savoir-vivre, de savoir-être et de savoir–devenir être appris par tout aspirant dirigeant de quelque bord qu’il soit, mais aussi par le simple citoyen.
Vous disiez en substance, dans votre discours du lancement officiel des Assises nationales quant à la sollicitation pour présider celles-ci : «Rester sourd serait un reniement de soi surtout lorsqu’on a intégré très tôt dans sa vie les valeurs de solidarité si chères aux cultures africaines, confortées par le principe sacré du scoutisme que j’ai pratiqué dans mon adolescence : ‘Toujours prêt à servir’» ; «C’est cet engagement de toute une vie qui, vous vous en doutez, ne fut pas un long fleuve tranquille, qui me vaut encore d’être aujourd’hui parmi vous» ; «Il est temps de rompre avec ces habitudes peu républicaines qui diluent les responsabilités, favorisent l’impunité».
Président, me plaît-il de souligner qu’à quatre-vingt-dix ans, vous recevez des messages écrits de téléphones portables - sms- et vous en rendez à chaque fois que de besoin, en dépit du poids de vos responsabilités et de l’âge, contrairement à ce prototype de Sénégalais qui, nouvellement élu ou nommé à un poste de responsabilité, est prompt à changer de numéros de téléphone ou à snober ses proches. Vous êtes dans l’air du temps. En vous, l’humilité s’est tout simplement personnifiée. Nonobstant tout, à cet âge, vous préparez l’avenir.
Un faisceau de lumière sur le colloque de trois jours organisé les lundi 9, mardi 10 et mercredi 11 mai 2011, atteste de votre dimension. Tant la richesse et la haute portée des divers témoignages émanant d’hommes illustres venant de tous horizons nous ancrent davantage dans notre conviction que vous êtes une fierté universelle. Et comme le dit l’adage : «On a toujours tort d’avoir raison très tôt».
Se succédant à la tribune du Méridien Président, ce mardi 9 Mai 2011, ces sommités intellectuelles mondialement respectées à travers la planète, je veux dire, entre autres, les professeurs agrégés Souleymane Bachir Diagne, Assane Seck, Ibrahima Fall, ancien sous-secrétaire général des Nations-Unies, Paul Akoto Yaho, ancien ministre ivoirien et ancien membre du Conseil exécutif de l’Unesco ; Henry Lopez, ancien ministre congolais, Hervé Bourges, ancien président du Haut conseil de l’audiovisuel en France ; votre successeur à la tête de l’Unesco, l’Espagnol Frederico Mayor et j’en passe, comme s’il s’étaient donné le mot, vous ont unanimement magnifié sous des angles différents.
Les mots du professeur Paul Akoto Yaho se ressassent encore dans ma mémoire : «Mahtar, le choisi, le désiré», en parlant de votre compagnonnage à l’Unesco « Ton sourire ravageur et ton amabilité ont effacé entre nous la différence d’âge et tu m’as adopté, un peu admiratif du jeune frère, agrégé de biologie et normalien». ; « Rigueur, méthode, force des convictions, ouverture aux autres et partage du savoir dans un mouvement dialectique du donner et du recevoir, voilà les principes qui guident l’action de Mahtar Mbow depuis Louga, en passant par Rosso, Saint-Louis et Dakar, dans l’exercice de ton sacerdoce de professeur, comme en politique aussi» ; évoquant votre ardeur au combat, comme ce fut le cas devant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Singapour, «Tout Mbow se découvrait dans cette résistance sereine face à l’imposture et la forfaiture, devant des positions à colorations racistes mal dissimulées de la part de certains qui avaient du mal à admettre la personne d’un noir à un si haut niveau de responsabilité, s’agissant de science, d’éducation et de culture».
Monsieur Frederico Mayor n’a-t-il pas, à votre endroit, humblement laissé entendre dans sa pertinente conférence : « Ma femme et moi étions fascinés par cet illustre homme noir qui dirigeait l’Unesco» ; «J’ai beaucoup appris auprès vous, Monsieur le Directeur général» ; faisant écho à votre bras de fer avec les Occidentaux : «Vous avez tenu la barque et vous avez gagné parce que vous regardiez toujours devant vous» ; puis «je voudrais vous féliciter par cette charte de gouvernance démocratique publiée par les Assises Nationales du Sénégal».
Sur cette même lancée, le cocktail dînatoire du mercredi 11 mai est on ne peut plus édifiant. Les travaux du jeudi 12 mai 2011, à l’Ucad II, par le truchement d’éminents intellectuels de tout bord, ont revisité votre vie, votre histoire sublime, votre combat où le Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (Nomic) occupe une place de choix, j’en veux pour preuve la publication en 1982 de votre livre «Aux sources du futur», plus que jamais d’actualité, qui en traite éloquemment.
Ainsi, pour couronner les colloque, sur le ton qui sied à son verbe atypique, empreint de courtoisie, le professeur Ibrahima Fall, s’est adressé à vous en ses mots dit : «Cher parrain et cher maître, votre élève vous donne la parole». Ce fut un grand moment et l’émotion était à son paroxysme.
Et vous avez rendu la monnaie à tous les participants à ce colloque, venus de notre pays comme d’ailleurs, membres du comité de parrainage, du comité de célébration, de la communauté scientifique internationale, compagnons de lutte, parents et autres, mais avant tout à votre éminente et discrète épouse Raymonde Fadhila Mbow dont vous avez parlé de votre complicité surtout intellectuelle qui date de vos humanités à la Sorbonne.
Ce fut extraordinaire d’entendre de votre bouche que durant votre carrière d’enseignant, vous n’avez jamais sanctionné un élève ; et que pour ceux–ci, vous avez toujours été considéré comme un oncle, voire un père. Et de dire, entre autres, que le dialogue a toujours été votre épithète.
Pour finir, je vais laisser retentir ce propos du professeur Paul Akoto Yaho : « Mahtar, tu as eu une vie de combat sain. Tu es resté un homme de vérité et tu as bataillé pour les bonnes causes. Tu mérites de jouir du seul vrai bonheur qui est le bonheur du soir, du grand soir».
Rendez vous pour le centenaire, s’il plaît à Dieu.
Que le Tout–Puissant donne à l’homme d’action que vous êtes la force et la volonté pour réaliser, encore et encore, les nobles objectifs que vous vous êtes assignés ici-bas–bas !
Mame Abdoulaye TOUNKARA
Premier adjoint au maire de la Commune
d’arrondissement de Dieuppeul-Derklé
Quatre-vingt-dix berges bien sonnées, bien remplies ; Dieu merci ! Plaise à Allah que vous restiez longtemps encore parmi nous.
Permettez au citoyen que je suis de se prononcer sur un pan de votre vie, un segment de l’histoire contemporaine de notre pays, j’allais dire de son histoire tout court ou de l’histoire de l’humanité. Un exercice, par ailleurs, difficile, mais, juste, une esquisse de témoignage que requiert l’exemplarité de votre cursus qui mérite d’être porté à l’attention des peuples d’Afrique et d’ailleurs, voire à l’endroit de la jeune génération. Car votre œuvre vous a assimilé aux pics qui percent les brumes de l’histoire.
De vos débuts comme professeur au collège de Rosso, en Mauritanie, en 1951, directeur du Service de l’éducation de base du Sénégal de 1953 à 1957, premier ministre de l’Éducation de notre pays en 1957, professeur au lycée Faidherbe de Saint-Louis de 1958 à 1964, puis à l’École normale supérieure de 1964 à 1966, ministre de la Culture et de la Jeunesse de 1968 à 1970, député à l’Assemblée nationale et conseiller municipal à la Commune de Saint-Louis ; sous–directeur général de l’Unesco de 1970 à 1974 ; Directeur général de la même institution pendant plus d’une décennie – de 1974 à 1987, votre séjour de dix ans au Maroc comme professeur à l’institut des sciences de l’information de Rabat, à la présidence des Assises nationales du Sénégal, vous vous êtes mis au service des autres. Logique d’accepter que c’est votre action sur terre qui vous a propulsé sur la trajectoire des élus au Panthéon.
Promenant votre silhouette dans les cieux de l’histoire et dans la vie active, vous devez faire des émules. Tant il est vrai qu’aujourd’hui, notre peuple, en mal de repères, ce qui est un truisme, devrait s’inspirer, tel un viatique, de votre cursus comme l’attribut de l’homme du troisième millénaire de quelque acabit qu’il soit. Faisant de la simplicité votre credo, vous avez cultivé, cette vie durant, la modestie, la quête de l’unité de l’homme et de tous les hommes, un meilleur devenir de la société, voire de l’humanité tout entière. En témoignent vos qualités intrinsèques, nonobstant les sacerdoces d’hier – cités plus haut – et d’aujourd’hui, que vous avez, toujours, su porter, de manière altière, en ayant les pieds sur terre.
Me rappelant à mes souvenirs de môme, je veux dire dans les années 1969-1970, où j’usais ma culotte à l’école coranique qui jouxtait la demeure contiguë à la vôtre, à la SIcap Dieuppeul II, je revois le ministre que vous étiez, tantôt sollicité par le voisinage, sur le chemin de la grande mosquée de Castors, votre natte à la main, répondant à vos interlocuteurs avec cette courtoisie innée, articulée à la patience et à l’écoute religieuse qui vous caractérisent. Effarant pour les gamins que nous étions à l’époque ! Ce monsieur est un ministre - en d’autres termes un surhomme -, disions-nous à chaque fois que l’on vous apercevait dans les méandres du quartier.
Comme par hasard, en rendant une visite de courtoisie à une vieille connaissance au centre-ville, j’ai eu à rencontrer un de vos anciens élèves du lycée Faidherbe qui témoignait de leur réussite à pour cent au Bepc et dès lors, en guise de cadeau, ils s’étaient cotisé et vous avaient acheté une ceinture ; et que, après de sincères remerciements, vous leur aviez dit que vous préfériez celle qui était autour de votre taille quelque vielle qu’elle soit, car étant le fruit de votre premier salaire. Inutile de dire que la conviction et la dignité ne se décrètent pas chez un homme.
Professeur, votre vie d’hier et d’aujourd’hui s’est résumée en enseignements ! Costumé des manteaux de ministre, de député ou de Directeur général de la prestigieuse Unesco, vous avez toujours eu la tête entre les épaules ; administrant à vos prochains des leçons de simplicité, de modestie, de rigueur, du sens de l’honneur, de convivialité, mais aussi sans faiblesse aucune, de courage comme attesté par votre libre choix d’adhérer au Bds, en 1951, en compagnie de maître Doudou Thiam, de Abdoulaye Ly, premier sénégalais docteur en histoire, de Ousmane Ndiawar Diallo, ingénieur des travaux publics et de Cheikh Fall, ingénieur diplômé de l’école Centrale en France, à l’effet de venir en aide aux masses laborieuses de l’époque et de manière désintéressée, sans revendiquer de poste, comme vous le citiez dans votre lettre d’ adhésion à ce parti.
Et last but not least, l’atteste, entre autres faits, l’acceptation de présider les Assises nationales, après un temps de réflexion inhérent à la démarche des grands hommes, au moment où une bonne frange du peuple en désarroi, a judicieusement pensé que les Sénégalais devaient se retrouver autour de l’essentiel et discuter sereinement dans l’unique but de sortir notre pays du ravin et diagnostiquer sans complaisance ses maux, afin de trouver la panacée susceptible de le projeter vers le phare de l’avenir.
Le Sénégalais lambda, ou le citoyen du monde sait pertinemment que vous n’avez pas perdu votre temps sur terre. Vous êtes entré dans l’histoire par votre œuvre, tant par les actes que vous avez posés que par vos nombreuses publications. Vous avez fait vôtres les vertus d’humilité et de sagesse, traits de caractère des grands hommes ; qui plus est, en participant à la formation de hautes personnalités de ce pays. En outre, sans écart de langage, ce qui est loin d’être un secret de polichinelle, vous avez «fabriqué de toutes pièces» des personnalités. Pour autant, vous ne vous êtes jamais bombé le torse. C’est le propre des élus de Dieu.
En répondant urbi et orbi à l’appel du devoir, tel que la présidence des Assises nationales et en échangeant avec tous les citoyens, sans exclusive, qui le désirent, chez vous ou à votre bureau des Assises nationales, sur des sujets d’intérêt commun ou autre, vous avez lancé un ballon d’essai en suscitant l’émulation chez les autorités actuelles et du Sénégal de demain. Puissent ces cours de savoir-vivre, de savoir-être et de savoir–devenir être appris par tout aspirant dirigeant de quelque bord qu’il soit, mais aussi par le simple citoyen.
Vous disiez en substance, dans votre discours du lancement officiel des Assises nationales quant à la sollicitation pour présider celles-ci : «Rester sourd serait un reniement de soi surtout lorsqu’on a intégré très tôt dans sa vie les valeurs de solidarité si chères aux cultures africaines, confortées par le principe sacré du scoutisme que j’ai pratiqué dans mon adolescence : ‘Toujours prêt à servir’» ; «C’est cet engagement de toute une vie qui, vous vous en doutez, ne fut pas un long fleuve tranquille, qui me vaut encore d’être aujourd’hui parmi vous» ; «Il est temps de rompre avec ces habitudes peu républicaines qui diluent les responsabilités, favorisent l’impunité».
Président, me plaît-il de souligner qu’à quatre-vingt-dix ans, vous recevez des messages écrits de téléphones portables - sms- et vous en rendez à chaque fois que de besoin, en dépit du poids de vos responsabilités et de l’âge, contrairement à ce prototype de Sénégalais qui, nouvellement élu ou nommé à un poste de responsabilité, est prompt à changer de numéros de téléphone ou à snober ses proches. Vous êtes dans l’air du temps. En vous, l’humilité s’est tout simplement personnifiée. Nonobstant tout, à cet âge, vous préparez l’avenir.
Un faisceau de lumière sur le colloque de trois jours organisé les lundi 9, mardi 10 et mercredi 11 mai 2011, atteste de votre dimension. Tant la richesse et la haute portée des divers témoignages émanant d’hommes illustres venant de tous horizons nous ancrent davantage dans notre conviction que vous êtes une fierté universelle. Et comme le dit l’adage : «On a toujours tort d’avoir raison très tôt».
Se succédant à la tribune du Méridien Président, ce mardi 9 Mai 2011, ces sommités intellectuelles mondialement respectées à travers la planète, je veux dire, entre autres, les professeurs agrégés Souleymane Bachir Diagne, Assane Seck, Ibrahima Fall, ancien sous-secrétaire général des Nations-Unies, Paul Akoto Yaho, ancien ministre ivoirien et ancien membre du Conseil exécutif de l’Unesco ; Henry Lopez, ancien ministre congolais, Hervé Bourges, ancien président du Haut conseil de l’audiovisuel en France ; votre successeur à la tête de l’Unesco, l’Espagnol Frederico Mayor et j’en passe, comme s’il s’étaient donné le mot, vous ont unanimement magnifié sous des angles différents.
Les mots du professeur Paul Akoto Yaho se ressassent encore dans ma mémoire : «Mahtar, le choisi, le désiré», en parlant de votre compagnonnage à l’Unesco « Ton sourire ravageur et ton amabilité ont effacé entre nous la différence d’âge et tu m’as adopté, un peu admiratif du jeune frère, agrégé de biologie et normalien». ; « Rigueur, méthode, force des convictions, ouverture aux autres et partage du savoir dans un mouvement dialectique du donner et du recevoir, voilà les principes qui guident l’action de Mahtar Mbow depuis Louga, en passant par Rosso, Saint-Louis et Dakar, dans l’exercice de ton sacerdoce de professeur, comme en politique aussi» ; évoquant votre ardeur au combat, comme ce fut le cas devant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Singapour, «Tout Mbow se découvrait dans cette résistance sereine face à l’imposture et la forfaiture, devant des positions à colorations racistes mal dissimulées de la part de certains qui avaient du mal à admettre la personne d’un noir à un si haut niveau de responsabilité, s’agissant de science, d’éducation et de culture».
Monsieur Frederico Mayor n’a-t-il pas, à votre endroit, humblement laissé entendre dans sa pertinente conférence : « Ma femme et moi étions fascinés par cet illustre homme noir qui dirigeait l’Unesco» ; «J’ai beaucoup appris auprès vous, Monsieur le Directeur général» ; faisant écho à votre bras de fer avec les Occidentaux : «Vous avez tenu la barque et vous avez gagné parce que vous regardiez toujours devant vous» ; puis «je voudrais vous féliciter par cette charte de gouvernance démocratique publiée par les Assises Nationales du Sénégal».
Sur cette même lancée, le cocktail dînatoire du mercredi 11 mai est on ne peut plus édifiant. Les travaux du jeudi 12 mai 2011, à l’Ucad II, par le truchement d’éminents intellectuels de tout bord, ont revisité votre vie, votre histoire sublime, votre combat où le Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (Nomic) occupe une place de choix, j’en veux pour preuve la publication en 1982 de votre livre «Aux sources du futur», plus que jamais d’actualité, qui en traite éloquemment.
Ainsi, pour couronner les colloque, sur le ton qui sied à son verbe atypique, empreint de courtoisie, le professeur Ibrahima Fall, s’est adressé à vous en ses mots dit : «Cher parrain et cher maître, votre élève vous donne la parole». Ce fut un grand moment et l’émotion était à son paroxysme.
Et vous avez rendu la monnaie à tous les participants à ce colloque, venus de notre pays comme d’ailleurs, membres du comité de parrainage, du comité de célébration, de la communauté scientifique internationale, compagnons de lutte, parents et autres, mais avant tout à votre éminente et discrète épouse Raymonde Fadhila Mbow dont vous avez parlé de votre complicité surtout intellectuelle qui date de vos humanités à la Sorbonne.
Ce fut extraordinaire d’entendre de votre bouche que durant votre carrière d’enseignant, vous n’avez jamais sanctionné un élève ; et que pour ceux–ci, vous avez toujours été considéré comme un oncle, voire un père. Et de dire, entre autres, que le dialogue a toujours été votre épithète.
Pour finir, je vais laisser retentir ce propos du professeur Paul Akoto Yaho : « Mahtar, tu as eu une vie de combat sain. Tu es resté un homme de vérité et tu as bataillé pour les bonnes causes. Tu mérites de jouir du seul vrai bonheur qui est le bonheur du soir, du grand soir».
Rendez vous pour le centenaire, s’il plaît à Dieu.
Que le Tout–Puissant donne à l’homme d’action que vous êtes la force et la volonté pour réaliser, encore et encore, les nobles objectifs que vous vous êtes assignés ici-bas–bas !
Mame Abdoulaye TOUNKARA
Premier adjoint au maire de la Commune
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