PREMIER JOUR DE GREVE DES TRANSPORTEURS ROUTIERS : Le secteur paralysé, mais moins que la dernière fois

Jeudi 26 Janvier 2012

Comme ils l’avaient prévu, les transporteurs ont entamé leur mot d’ordre de grève de 72 heures. Ce qui a provoqué, certes, une paralysie du secteur, mais pas au niveau atteint par la grève du début janvier. En effet, hier, même si les cars de transports urbain et interurbain comme les «Ndiaga Ndiaye», les «cars rapides», étaient invisibles sur les routes de Dakar et sa banlieue, car tous garés pour respecter le mot d’ordre décrété, les bus «Tata», les Ddd et certains taxis ont assuré le déplacement de la population. Cependant, les passagers ont eu à éprouver quelques difficultés. Les attentes étaient longues au niveau des arrêts et les clients, pour rejoindre leur lieu de travail, s’entassaient dans les bus comme des sardines. Au terminus de la ligne 12 et 5 des bus Dakar dem dikk, une foule énorme s’y était massée, attendant avec impatience l’arrivée des bus. Il fallait jouer des coudes pour se trouver une place. La bousculade était telle que certains clients finissaient par se rabattre sur les charrettes jusqu’au rond- point «Case-bi». C’est le même panorama qui se dessinait à l’arrêt du bus «Tata» 38 et au croisement Case-bi. Au niveau de ces arrêts aussi, les clients sont obligés de faire le pied de grue pour trouver un moyen de locomotion. Trouvée au rond-point Case bi, Aïda Cissé, déclare : «j’ai fait plus d’une heure au niveau de cet arrêt, mais je ne parviens pas à avoir un bus. Tous les bus qui viennent de la banlieue sont pleins à craquer. Ils ne s’arrêtent même pas». A la question de savoir pourquoi elle ne prend pas les charrettes, elle lance : «s’il n’y avait pas de bus qui circulent, là je pourrais les prendre, mais comme il y en a, je vais patienter encore. Peut-être, avant midi, j’aurais un bus». Abondant dans le même sens, Pape Cissé, commerçant au marché Tilène de tonner : «tous ceux qui prennent les charrettes veulent juste se faire voir, ils aiment les événements. Je ne vois pas pourquoi prendre une charrette alors les bus circulent». Poursuivant il souligne : «les transporteurs savaient que leur grève ne va pas réussir. Ils devaient au moins écouter l’appel du Khalife des Tidianes et surseoir à leur grève jusqu’au terme du Gamou». D’une taille svelte, le teint clair, Cheikh Ndiaye que nous avons rencontré sur l’avenue Bourguiba soutient : «cette grève n’a pas connu une très grande réussite comme celle d’avant. On ne peut rien acquérir dans la discorde. Si les transporteurs ne s’unissent pas, ils n’auront jamais satisfaction de leurs revendications. C’est l’union qui fait la force». Très désolée de ne pouvoir rallier son lieu de travail en temps voulu, Sokhna Ndèye Fatou Sy une jeune fille de 27 ans teint clair rencontrée sur l’avenue El Hadji Malick Sy a Pikine, se lamente : «depuis ce matin je n’arrive pas à trouver un véhicule. C’est une situation catastrophique. Le gouvernement doit trouver le plus rapidement possible une solution. Rien ne va dans ce pays. Vouloir aller au boulot sans voir un moyen de transport n’est pas très amusant». Des propos qu’Ibrahima Diouf conforte. Trouvé a l’entrée de Pikine, ce Chef cuisinier la trentaine environ fulmine : «je suis là depuis 9h et je n’ai pas vu l’ombre d’un véhicule qui puisse m’amener à mon lieu de travail. Cette situation calamiteuse et je crois que ce
n’est pas la crise mondiale qui a eu des répercussions sur le prix du carburant. C’est surtout une mal gouvernance qui a favorisé cette situation». Comme lors de la dernière grève, les charretiers ont bien profité de la situation. Formant une file indienne à l’entrée de Pikine, les charrettes se substituent aux cars rapides sur les destinations Pikine-Thiaroye, Pikine-Yeumbeul ou encore Pikine-Patte-D’oie. Talla
Ndiaye très content de la situation se confie : «en toute franchise, je prie pour que la grève continue. Si cela ne dépendait que de moi, les transporteurs ne lâcheront pas prise. Quand les véhicules circulent, les charrettes sont totalement laissées en rade». Tenant les mêmes propos un autre charretier sous le couvert de l’anonymat se dit : «nous profitons autant que nous pouvons de la situation, car ce n’est pas tous les jours que nous faisons l’objet de convoitise. Nous avons augmenté les prix et pourtant les clients payent».

Un mot d’ordre largement suivi à Thiès

THIES - Dès la première journée des 72 heures de grève des transporteurs, les effets se sont bien fait sentir à Thiès. Presque tous les taxis «jaune noir» et «clandos», de même que les cars «Ndiaga Ndiaye» ont observé ce mouvement d’humeur. Tout semblait être à l’arrêt au niveau du trafic routier. Il n’y avait que les mototaxis «Jakarta» et les charrettes dont les tarifs étaient fortement revus à la hausse. A côté de ces moyens de locomotion, il y avait quelques rares véhicules particulières qui, face à la paralysie du secteur, donnent un coup de main à de vielles personnes dans leurs déplacements. Les populations étaient nombreuses dans la rue et avaient toutes les peines du monde pour se déplacer et vaquer à leurs occupations. Dans la cité du Rail, les gens ont décrié cette situation insoutenable et demandé aux autorités de revoir à la baisse le coût du carburant. Nombre de conducteurs de mototaxis «Jakarta» et de charrettes interpellés se frottent les mains du fait que «ce mouvement d’humeur fait bien (leurs) affaires». Toutefois, avec la particularité notée, en cette période de Gamou, dans le département de Thiès qui abrite plusieurs foyers religieux (Thiénaba, Ndiassane) dont la capitale du tidianisme, Tivaouane, la situation pourrait déboucher sur un état de fait lourd de conséquences. Et le président de l’union régionale des chauffeurs de Thiès, Abdoulaye Diakhaté, de faire comprendre le souci des grévistes qui «en sont conscients. Cette grève ne saurait être un acte de sabotage dans la mesure où tous les chauffeurs et les transporteurs sont des‘talibés’ ayant du respect à l’égard de toutes les familles religieuses. Pour cette raison, le mot d’ordre a été décrété presque une semaine avant le jour du Gamou fixé au 4 février».

ALASSANE NDOYE, SECRETAIRE GENERAL DU SNTTRS : «Dire que la grève a connu un échec est insensé»

«La grève du syndicat national des travailleurs du transport routier du Sénégal (Snttrs) affilié à la Cnts, déclenchée sur toute l’étendue du territoire, depuis hier, a été bien observée». Cette déclaration est du secrétaire général dudit syndicat, Alassane Ndoye. Joint par téléphone, il a soutenu «personne ne peut avancer que notre grève entamée est un fiasco. Toutes les régions du Sénégal ont observé le mouvement», a-t-il déclaré. Poursuivant, il souligne : «je ne dis pas que le secteur du transport routier a été paralysé à 100%, mais nous avons atteint notre objectif.
Donc dire que la grève a connu un échec est insensé. Vraiment nous nous réjouissons du début du mouvement et nous avons la certitude que cela va continuer ainsi jusqu’à l’épuisement des 72 heures décrétées». Par rapport aux transporteurs de l’Association pour le financement du transport urbain (Aftu), qui se sont démarqués du mouvement, Alassane Ndoye dira : «cette Association ne représente rien. Elle est minoritaire dans le secteur du transport. Parmi les 12 groupements d’intérêts économiques (Gie) que compte Aftu, seuls 3 Gie ont décidé de ne pas respecter le mot d’ordre de grève». Abordant l’appel du Khalife général des tidianes, il soutient : «le Khalife devait s’adresser aux autorités étatiques afin qu’elles solutionnent nos revendications. Mieux, le Khalife ne s’est pas adressé à nous directement, mais à d’autres syndicalistes qui n’ont rien à voir avec le mouvement. Mais je veux toutefois préciser que nous n’avons aucune intention de saboter le Gamou». Alassane Ndoye n’a pas manqué de jeter des piques dans le jardin du Premier ministre. «Quand on gouverne un pays, on doit toujours adopter la voie de la démocratie pour s’adresser à son peuple. Mais lui, la manière dont il se comporte n’est pas celui d’un bon politicien. Quel que soit son comportement, nous lui ferons face», martèle-t-il.
Aliou DIOUF & Aminatou AHNE & Tidiane CAMARA

TEUSS

Exactions

Les procureurs de la Cpi ont du pain sur la planche. Le Sénégal recèle actuellement de matière à enquête. Les répressions sanglantes des manifestations de ces derniers jours ont atteint un point tellement critique avec les morts qui se multiplient, qu’il devient urgent de braquer un faisceau de lumière judiciaire sur les contours dans lesquels ces drames sont survenus, dévoiler les auteurs de ces exactions, leurs commanditaires. Parce que ce qui se passe dépasse la seule répression de manifestations. Ça en devient de la torture pure et simple et les images de télé sont là pour souvent le prouver. Juste un oeil sur ce qui s’est passé à Cambérène avec des interpellés assaillis par des gendarmes qui leur donnent de violents coups de matraque. De la violence aveugle, comme quand la police tire à bout portant ses lacrymogènes sur des candidats, blesse d’autres manifestants. Il y a une question à laquelle il faudra répondre en attendant que l’heure des comptes arrive, certainement aussi pour les auteurs de ces violences et leurs commanditaires : qu’est ce qui fait que nos forces de l’ordre sont si violentes. Ontelles été (re)dressées pour tuer ?
Samba ALAAR

EDITORIAL

Wade ira-t-il même au 2ème tour ?

Il faut que la presse et tous les Sénégalais en général se libèrent d’un enfermement psychologique ourdi par les officines privées de propagande françaises, payées à prix d’or par Karim Wade, et qui veulent ancrer dans nos têtes que le président Wade gagnera la prochaine élection au premier tour. Pour justement nous enfermer dans une autre croyance, celle qui voudrait que le candidat sortant soit attendu, comme naturellement, au deuxième tour. C’est un tour de passe-passe à double détente. Parce qu’amener Wade au deuxième tour pourrait apparaître comme une victoire à ceux qui craignaient le pire, annoncé et déjà inconsciemment intégré comme une possibilité. Or, des organismes gouvernementaux occidentaux, qui font ce type de travail pour leurs gouvernements et non pour des profits surévalués, sont formels : il est une probabilité plus que forte que même cette étape du deuxième tour ne soit pas atteinte par le candidat des Fal.

Par Pape Samba KANE

LANCEMENT DU MOUVEMENT «YAMALE» : Discours de Bara TALL ( Vidéo )

Lancement national mouvement YAMALE

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