Faisant partie des «Penc» qui sont restés dans le haut plateau, «Mbot» a aussi été victime de déguerpissement. Selon l’actuel Grand Jaraaf de Dakar, Ibra Guèye Paye, ce «Penc» se trouvait sur le nouveau site qui abrite, aujourd’hui, le siège de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) et le marché Kermel. Il doit son nom à un arbre appelé «bot» par les Lébous et «gang» par les habitants du Cayor. Ses fruits, renseigne le Grand Jaraaf, s’utilisaient entre autres bienfaits en guise de «lalo» (produit rendant le couscous gluant). Ainsi, c’est suite à l’arrivée des Français que le «Penc» de «Mbot» fut délocalisé. Du haut du plateau, «Mbot» trouve refuge au coeur du quartier, sur la rue Thiong, vers l’actuel commissariat central de Dakar. «Mbot» s’étend d’ailleurs de l’avenue William Ponty à l’avenue Ngalandou Diouf, en passant par la rue Vincent. Actuellement, selon le chef de «Penc», Jaraaf Ibra Guèye Paye, petit-fils de Jaraaf Farba Paye, celui que l’on surnommait «Commandeur des abeilles», «Mbot» se noie dans l’environnement commercial du marché Sandaga.
«Mbot», un village plein de mystères et de mysticisme
«Mame Niokhor avait ciblé un endroit à côté d’un lac avec un grand fromager pour y réinstaller le ‘Penc’. Ce lieu était un endroit de prédilection pour les animaux qui s’y abreuvaient», indique Ibra Guèye Paye. «La particularité de cet endroit, à l’époque, c’est qu’il y avait un lion qui terrorisait les troupeaux. Niokhor et Mame Mbacine Mbaye, deux amis guerriers, décident alors de le tuer afin d’assurer la quiétude des populations, ainsi que du bétail. C’est finalement le vieux Niokhor qui a réussi à tuer le lion en brisant une de ses pattes. La patte est ainsi enterrée à l’endroit où la bête a été tuée pour des raisons mystiques», ajoute-t-il. Depuis lors, confie le Jaraaf, «Mbot» est devenu un village plein de mystères et de mysticisme. Ce lieu a été repéré du fait de sa dimension symbolique. Ce qui explique l’emplacement de ce «Penc» après son déguerpissement de sa localité originelle. Sous prétexte d’une épidémie de peste en 1914, le «Penc» sera à nouveau menacé. Et pour éviter un autre déplacement à la Médina qui était une forêt à l’époque, le Jaraaf Farba Paye fit un miracle qui sauva «Mbot». Il consistait à jeter ses abeilles mystiques sur les soldats français.
Quand le monde invisible côtoie le monde visible
Considéré comme étant le siège du Parlement dans la société léboue, ce nouveau site, raconte le Grand Jaraaf de Dakar, abrite un grand fromager. Cette place fut aussi un lieu où les dignitaires se réunissaient périodiquement pour non seulement discuter des affaires de la cité, mais aussi y accueillir leurs hôtes. C’est d’ailleurs de cet arbre mythique à fonctions multiples que l’ancien Jaraaf Farba Paye avait fait sortir des abeilles pour faire fuir les envahisseurs. Depuis ce jour, le Jaraaf Farba Paye est surnommé le «Commandeur des abeilles». «Le fromager est habité par des créatures invisibles qui sont en parfaite symbiose avec celles visibles. Ces créatures mystérieuses participent à la protection des résidents», témoigne le 30e Grand Jaraaf de Dakar. C’est cette symbiose entre les deux dimensions qui fait que la chambre du Jaraaf fait toujours face à cet arbre mythique, dont le tronc est divisé en 12 parties. Il en est de même pour la grande porte de la concession du Jaraaf qui reste toujours ouverte et qui non seulement fait face à l’arbre, mais également bénéficie de la protection omniprésente des génies qui y résident.
C’est, en effet, pour cette raison que, malgré l’urbanisation galopante sanctionnée par les immeubles qui pullulent dans la capitale, les arbres, qui sont les lieux préférés des génies, sont toujours conservés. «La conservation des arbres constitue une impérieuse nécessité pour la communauté léboue», soutient d’ailleurs le Grand Jaraaf. Une option qui s’inscrit dans la logique de la spécificité de «Mbot» est le «Ndawraguine» (et non ndawrabine) et l’hymne de «Mbot». Deux institutions qui renferment plusieurs significations réservées aux initiés.
Malgré la pression démographique qui bouleverse la tradition, les arbres mythiques continuent de résister aux vicissitudes et agressions du temps et à la modernité.
«Mbot», un village plein de mystères et de mysticisme
«Mame Niokhor avait ciblé un endroit à côté d’un lac avec un grand fromager pour y réinstaller le ‘Penc’. Ce lieu était un endroit de prédilection pour les animaux qui s’y abreuvaient», indique Ibra Guèye Paye. «La particularité de cet endroit, à l’époque, c’est qu’il y avait un lion qui terrorisait les troupeaux. Niokhor et Mame Mbacine Mbaye, deux amis guerriers, décident alors de le tuer afin d’assurer la quiétude des populations, ainsi que du bétail. C’est finalement le vieux Niokhor qui a réussi à tuer le lion en brisant une de ses pattes. La patte est ainsi enterrée à l’endroit où la bête a été tuée pour des raisons mystiques», ajoute-t-il. Depuis lors, confie le Jaraaf, «Mbot» est devenu un village plein de mystères et de mysticisme. Ce lieu a été repéré du fait de sa dimension symbolique. Ce qui explique l’emplacement de ce «Penc» après son déguerpissement de sa localité originelle. Sous prétexte d’une épidémie de peste en 1914, le «Penc» sera à nouveau menacé. Et pour éviter un autre déplacement à la Médina qui était une forêt à l’époque, le Jaraaf Farba Paye fit un miracle qui sauva «Mbot». Il consistait à jeter ses abeilles mystiques sur les soldats français.
Quand le monde invisible côtoie le monde visible
Considéré comme étant le siège du Parlement dans la société léboue, ce nouveau site, raconte le Grand Jaraaf de Dakar, abrite un grand fromager. Cette place fut aussi un lieu où les dignitaires se réunissaient périodiquement pour non seulement discuter des affaires de la cité, mais aussi y accueillir leurs hôtes. C’est d’ailleurs de cet arbre mythique à fonctions multiples que l’ancien Jaraaf Farba Paye avait fait sortir des abeilles pour faire fuir les envahisseurs. Depuis ce jour, le Jaraaf Farba Paye est surnommé le «Commandeur des abeilles». «Le fromager est habité par des créatures invisibles qui sont en parfaite symbiose avec celles visibles. Ces créatures mystérieuses participent à la protection des résidents», témoigne le 30e Grand Jaraaf de Dakar. C’est cette symbiose entre les deux dimensions qui fait que la chambre du Jaraaf fait toujours face à cet arbre mythique, dont le tronc est divisé en 12 parties. Il en est de même pour la grande porte de la concession du Jaraaf qui reste toujours ouverte et qui non seulement fait face à l’arbre, mais également bénéficie de la protection omniprésente des génies qui y résident.
C’est, en effet, pour cette raison que, malgré l’urbanisation galopante sanctionnée par les immeubles qui pullulent dans la capitale, les arbres, qui sont les lieux préférés des génies, sont toujours conservés. «La conservation des arbres constitue une impérieuse nécessité pour la communauté léboue», soutient d’ailleurs le Grand Jaraaf. Une option qui s’inscrit dans la logique de la spécificité de «Mbot» est le «Ndawraguine» (et non ndawrabine) et l’hymne de «Mbot». Deux institutions qui renferment plusieurs significations réservées aux initiés.
Malgré la pression démographique qui bouleverse la tradition, les arbres mythiques continuent de résister aux vicissitudes et agressions du temps et à la modernité.
IBRA GUEYE PAYE, GRAND JARAAF DE DAKAR, CHEF DU «PENC» DE «MBOT» : «Il faut une politique qui vise à moderniser les habitats tout en conservant l’authenticité de la tradition léboue»
Trouvé dans sa baraque réfectionnée entourée d’immeubles, le Grand Jaraaf de Dakar, Ibra Guèye Paye a fait le choix d’y vivre pour essayer de se conformer autant que possible aux principes de la tradition. A l’époque, vivre dans une baraque, c’est vivre dans le luxe. Aujourd’hui, «Mbot» est noyé dans le marché Sandaga qui l’entoure de presque toutes parts. Ce village se fait petit au milieu des bâtisses qui l’encerclent. Conscient d’un tel changement, le chef du «Penc» de «Mbot» dit pas être contre une modernisation. «Il faut une politique qui vise à moderniser les habitats tout en conservant l’authenticité de la tradition léboue», souligne-t-il. C’est pourquoi, aujourd’hui, malgré les bâtisses qui y abondent, certaines concessions des circonscriptions traditionnelles continuent de conserver de façon symbolique au moins une baraque. C’est une façon pour les Lébous de perpétuer la tradition et de transmettre le legs à la nouvelle génération. D’ailleurs, c’est ce qui explique la présence au sein de la mosquée de «Mbot» d’un gros fromager et de deux autres arbres. Ils y sont délicatement conservés au milieu des constructions à étages. L’unique but d’une telle conception est de préserver la tradition de la communauté. «Car, précise le Grand Jaraaf de Dakar, ces arbres ont une signification importante. C’est pourquoi la configuration traditionnelle de certaines concessions léboues garde leurs empreintes».
«PENC» DE «DIECKO» : Un village victime, à trois reprises, des subterfuges des colons français
Installé à la Médina suite à une épidémie de peste, le «Penc» de «Diécko» fait partie des 6 «Penc» de la Médina qui ont été victimes de déguerpissement hors du Plateau en 1914. El Hadji Issakha Ndir, notable et arrière petit-fils du fondateur de ce «Penc», retrace l’histoire qui lui a été racontée par ses aïeux.
Du Plateau à la Médina, «Diécko» a connu, suite à la dislocation des «Penc» de la communauté léboue, trois séries de déguerpissement. L’un des détenteurs de l’histoire de cette circonscription traditionnelle, El Hadji Issakha Ndir, arrière petit-fils du fondateur de ce «Penc», raconte l’histoire qu’il a reçue de ses aïeux et qui est rattachée à ce «Penc». «Ce village est victime à trois reprises de la vague de délocalisation de la part de l’occident», renseigne-t-il. Les Colons français voulaient, en effet, coûte que coûte occuper le haut Plateau du fait de sa position stratégique. A l’origine, explique le notable et chef de quartier de «Diécko», El Hadji I. Ndir : «Diécko était localisé sur l’avenue Faidherbe et le site qui abrite l’actuelle Maison des douanes et environs». A l’époque où le «Penc» était au Plateau, remarque-t-il, ce fut une très grande concession qui regroupait toute la famille Diagne, digne fondateur de ce village, en plus des familles Mbengue, Ndoye et Faye. Le «Penc» se présentait, comme suit, renseigne-t-il, : «Les trois portes de la concession sont stratégiquement érigées pour faire face à l’envahisseur. Elles étaient respectivement surveillées par Baba Diagne, Médoune Sallou Mbengue et Magor Ndella Ndoye, trois dignitaires qui se sont illustrés par leur attachement à l’unité de la communauté léboue». C’est par la suite que «Diécko» fut délocalisé à l’emplacement actuel de l’hôtel Métropole, avant de s’installer aux allées Canard jusqu’à l’avenue Lamine Guèye. Quelque temps plus tard, c'est-à-dire en 1914, tout juste avant l’éclatement de la première guerre mondiale, informe El Hadji Issakha Ndir, le «Penc» de «Diécko» est définitivement transféré à la Médina par El Hadji Mbor Diagne avec l’accord du gouverneur général de l’époque, William Ponty. Sa délimitation actuelle est comprise entre la rue 25x6 et la rue 22, en passant par le canal de la Gueule Tapée, jusqu’à l’actuelle rue 26. Dirigé par la famille Diagne, le fondateur El Hadji Mbor Diagne y
a vécu avec certains de ses parents et cousins «Ndoyène», «Mbenguène», «Fayène» et d’autres personnes en quête de bien-être.
Un passage presque obligé pour les différents chefs religieux
Par ailleurs, Diécko «était un endroit idéal où il faisait bon vivre. Les habitants contents de cette trouvaille disaient «diekkunañu ko». C’est de là qu’est venu le nom «Diécko», a expliqué El Hadji Issakha Ndir, actuel délégué de quartier portant le nom de ce «Penc» qui a révélé que «Diécko est l’un des ‘Penc’ qui a la particularité d’accueillir en premier la plupart des hommes religieux du pays qui arrivent à Dakar, avant de poursuivre leur chemin». D’ailleurs, tous les imams de Dakar, fait savoir le notable, à part Moustapha Diop et Baye Amadou Assane Ndoye, sont de Diécko». L’autre spécificité de ce «Penc», indique M. Ndir, est qu’en dehors de compter parmi ses fils presque tous les imams et grands Serigne de Dakar, «Diécko» avait le privilège d’envoyer des représentants à la mairie de Dakar. «En 1919, Alassane Codou Faye, puis Baye Mbor Diagne en 1941, ont siégé à la mairie de Dakar à côté des Blancs pour défendre les intérêts de la collectivité léboue dans une capitale en pleine mutation», confie le petit-fils d’El Hadji Mbor Diagne. Toutefois, cette logique sera consolidée par les envois successifs de Baye Sellé Diop, El Hadj Ndiaye Paye, Daour Guèye, Ibra Binta Guèye. Ces derniers ont été tour à tour conseillers à la mairie au nom des différents «Penc» que comptaient Dakar. Ils ont précédé Amadou Assane Ndoye qui a siège au Conseil municipal à l’avènement de Lamine Guèye à la mairie.
Cependant, pour mieux perpétuer «l’ordre évolutif de l’histoire», le vieux Ndir trouve que certaines rues doivent porter les noms de ces premiers dignitaires qui ont eu à siéger à la mairie au nom de la communauté léboue.
Du Plateau à la Médina, «Diécko» a connu, suite à la dislocation des «Penc» de la communauté léboue, trois séries de déguerpissement. L’un des détenteurs de l’histoire de cette circonscription traditionnelle, El Hadji Issakha Ndir, arrière petit-fils du fondateur de ce «Penc», raconte l’histoire qu’il a reçue de ses aïeux et qui est rattachée à ce «Penc». «Ce village est victime à trois reprises de la vague de délocalisation de la part de l’occident», renseigne-t-il. Les Colons français voulaient, en effet, coûte que coûte occuper le haut Plateau du fait de sa position stratégique. A l’origine, explique le notable et chef de quartier de «Diécko», El Hadji I. Ndir : «Diécko était localisé sur l’avenue Faidherbe et le site qui abrite l’actuelle Maison des douanes et environs». A l’époque où le «Penc» était au Plateau, remarque-t-il, ce fut une très grande concession qui regroupait toute la famille Diagne, digne fondateur de ce village, en plus des familles Mbengue, Ndoye et Faye. Le «Penc» se présentait, comme suit, renseigne-t-il, : «Les trois portes de la concession sont stratégiquement érigées pour faire face à l’envahisseur. Elles étaient respectivement surveillées par Baba Diagne, Médoune Sallou Mbengue et Magor Ndella Ndoye, trois dignitaires qui se sont illustrés par leur attachement à l’unité de la communauté léboue». C’est par la suite que «Diécko» fut délocalisé à l’emplacement actuel de l’hôtel Métropole, avant de s’installer aux allées Canard jusqu’à l’avenue Lamine Guèye. Quelque temps plus tard, c'est-à-dire en 1914, tout juste avant l’éclatement de la première guerre mondiale, informe El Hadji Issakha Ndir, le «Penc» de «Diécko» est définitivement transféré à la Médina par El Hadji Mbor Diagne avec l’accord du gouverneur général de l’époque, William Ponty. Sa délimitation actuelle est comprise entre la rue 25x6 et la rue 22, en passant par le canal de la Gueule Tapée, jusqu’à l’actuelle rue 26. Dirigé par la famille Diagne, le fondateur El Hadji Mbor Diagne y
a vécu avec certains de ses parents et cousins «Ndoyène», «Mbenguène», «Fayène» et d’autres personnes en quête de bien-être.
Un passage presque obligé pour les différents chefs religieux
Par ailleurs, Diécko «était un endroit idéal où il faisait bon vivre. Les habitants contents de cette trouvaille disaient «diekkunañu ko». C’est de là qu’est venu le nom «Diécko», a expliqué El Hadji Issakha Ndir, actuel délégué de quartier portant le nom de ce «Penc» qui a révélé que «Diécko est l’un des ‘Penc’ qui a la particularité d’accueillir en premier la plupart des hommes religieux du pays qui arrivent à Dakar, avant de poursuivre leur chemin». D’ailleurs, tous les imams de Dakar, fait savoir le notable, à part Moustapha Diop et Baye Amadou Assane Ndoye, sont de Diécko». L’autre spécificité de ce «Penc», indique M. Ndir, est qu’en dehors de compter parmi ses fils presque tous les imams et grands Serigne de Dakar, «Diécko» avait le privilège d’envoyer des représentants à la mairie de Dakar. «En 1919, Alassane Codou Faye, puis Baye Mbor Diagne en 1941, ont siégé à la mairie de Dakar à côté des Blancs pour défendre les intérêts de la collectivité léboue dans une capitale en pleine mutation», confie le petit-fils d’El Hadji Mbor Diagne. Toutefois, cette logique sera consolidée par les envois successifs de Baye Sellé Diop, El Hadj Ndiaye Paye, Daour Guèye, Ibra Binta Guèye. Ces derniers ont été tour à tour conseillers à la mairie au nom des différents «Penc» que comptaient Dakar. Ils ont précédé Amadou Assane Ndoye qui a siège au Conseil municipal à l’avènement de Lamine Guèye à la mairie.
Cependant, pour mieux perpétuer «l’ordre évolutif de l’histoire», le vieux Ndir trouve que certaines rues doivent porter les noms de ces premiers dignitaires qui ont eu à siéger à la mairie au nom de la communauté léboue.

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