Le mémorial des tirailleurs de «Thiaroye 44» n’en est que de nom. C’est un sanctuaire qui évolue dans une situation léthargique. De son inauguration à nos jours, les choses ne semblent pas bouger dans ce lieu qui jouxte le cimetière où reposent les tirailleurs tombés après les tristes événements de «Thiaroye 44».
«On appelait ici ‘Armelu Tubaab’ (cimetière des Blancs)»
C’est le 31 décembre 2010 que le musée des tirailleurs de Thiaroye a ouvert ses portes. C’était en marge de la journée du tirailleur. Il se situe sur la route de Rufisque, tout près du célèbre carrefour «Poste Thiaroye». Au départ, il n’y avait rien sur ce site. Un riverain se souvient que c’était un endroit qui faisait peur. «On appelait ici ‘Armelu Tubaab’ (cimetière des Blancs). Il était recouvert de bougainvilliers et il était facile de le dépasser sans même se douter de la présence d’un cimetière, à plus forte raison de penser que dans ce lieu reposent des gens aussi nobles que les tirailleurs», s’exclame M. Dieng, enseignant à la retraite. Aujourd’hui, l’endroit a bien changé de visage. Le cimetière y est toujours, son énorme façade attire l’attention des passants avec sa peinture blanche. Tout près de lui, s’érige le mémorial. Selon des sources bien averties, l’idée de sa conception viendrait de l’actuel maire de Pikine, Pape Sagna Mbaye, qui l’aurait exposé au Conseil municipal. Le projet a rencontré l’adhésion du ministère des Forces armées et aussi des populations. Après adoption par le Conseil municipal, la construction du mémorial a commencé avec l’appui technique du génie militaire.
Un joyau qui a coûté 23 millions à la mairie de Pikine
Une fois la construction achevée, un bâtiment de trois pièces est livré à la mairie de la ville de Pikine. La première pièce qui est la plus grande sert de salle d’expositions. La seconde est une salle audiovisuelle, et la troisième pièce fait office de bureau pour le conservateur. Il y a également une muraille symbolique qui supporte 35 drapeaux représentant les nationalités qui reposent dans le cimetière. Des sources proches de la mairie nous ont confié que le coût global de ce joyau tourne autour de 23 millions francs Cfa. Il est alors troublant de constater que rien n’est fait dans ce mémorial. Il n’y a que des murs avec de la peinture encore fraîche. Le gardien qui se trouve à l’entrée de la bâtisse se tourne les pouces. Certains habitants rencontrés indexent les autorités municipales. F. Diène, une étudiante trouvée devant un kiosque de journaux, trouve que les autorités n’ont pas fait leur travail. «Elles ont mobilisé de l’argent pour construire un musée qui ne sert à rien. Cet argent aurait pu servir à autre chose», dit-elle. Un homme qui habite près du mémorial abonde dans le même sens : «Au Sénégal, nous n’avons
pas la politique du suivi. Bientôt ces bâtiments vont se fissurer sans que sa finalité ne soit atteinte». Du côté de la mairie, on dégage en touche. Selon un conseiller municipal, qui a souhaité se prononcer sous le couvert de l’anonymat, l’animation de ce mémorial n’est pas de leur ressort. «Certes nous avons construit le mémorial. Mais, il faut comprendre que ce mémorial est un patrimoine militaire. Nous l’avons remis à l’armée nationale à cet effet», souligne-t-il. Nos recherches nous ont permis de savoir que ce monument a été construit dans le but de faire connaître l’histoire des tirailleurs africains en général et sénégalais en particulier. Même si la conception est civile, l’animation devrait être l’apanage de l’armée, car on doit y exposer des documents et archives militaires.
Hollande, le sauveur ?
Les férus d’histoire, les habitants de Pikine et bien des Sénégalais ont beaucoup apprécié les mots prononcés par le président français, lors de sa visite dans notre pays, vendredi dernier. François Hollande a d’abord reconnu la culpabilité de la France dans la tuerie de «Thiaroye 44». «La part d'ombre de notre histoire, c'est aussi la répression sanglante qui, en 1944, au camp de Thiaroye, provoqua la mort de 35 soldats africains qui s'étaient pourtant battus pour la France», concédait le chef de l’Etat français. Mais ce qui a fait plus plaisir aux autorités municipales de la ville de Pikine, c’est quand le président français a promis un geste envers ce musée. «J'ai donc décidé de donner au Sénégal toutes les archives dont la France dispose sur ce drame afin qu'elles puissent être exposées au musée du mémorial», ajoutait en effet François Hollande. Une promesse qui, une fois tenue, pourrait procurer un nouveau souffle au mémorial des tirailleurs. Les documents et les archives venant d’Outre-mer, cumulés à ceux dont dispose le musée des Forces armées du Sénégal, pourraient être d’un grand apport pédagogique aux générations actuelles. François Hollande est ainsi vu comme un sauveur par Saliou Maal, un homme d’une quarantaine d’années trouvé en train de se recueillir sur une tombe, dans le cimentière des tirailleurs. Selon lui, «il faut juste espérer que ces propos soient traduits en actes. Car moi, c’est mon grand-père qui repose ici. Il a fait toutes les deux guerres pour la France, mais nous ignorons ce qui s’est réellement passé. Hollande nous sauverait en sauvant ce musée». Du côté de la mairie, aucune voix officielle ne s’est encore fait entendre. Cependant, des sources autorisées disent beaucoup attendre des propos du Président français. Ces personnes disent se battre jour et nuit pour une valorisation de ce mémorial. Elles soulignent que des correspondances ont été envoyées aux autorités concernées et des sensibilisations menées, mais c’est encore une léthargie qui recouvre ce sanctuaire. Même l’armée tarde à réagir.
«On appelait ici ‘Armelu Tubaab’ (cimetière des Blancs)»
C’est le 31 décembre 2010 que le musée des tirailleurs de Thiaroye a ouvert ses portes. C’était en marge de la journée du tirailleur. Il se situe sur la route de Rufisque, tout près du célèbre carrefour «Poste Thiaroye». Au départ, il n’y avait rien sur ce site. Un riverain se souvient que c’était un endroit qui faisait peur. «On appelait ici ‘Armelu Tubaab’ (cimetière des Blancs). Il était recouvert de bougainvilliers et il était facile de le dépasser sans même se douter de la présence d’un cimetière, à plus forte raison de penser que dans ce lieu reposent des gens aussi nobles que les tirailleurs», s’exclame M. Dieng, enseignant à la retraite. Aujourd’hui, l’endroit a bien changé de visage. Le cimetière y est toujours, son énorme façade attire l’attention des passants avec sa peinture blanche. Tout près de lui, s’érige le mémorial. Selon des sources bien averties, l’idée de sa conception viendrait de l’actuel maire de Pikine, Pape Sagna Mbaye, qui l’aurait exposé au Conseil municipal. Le projet a rencontré l’adhésion du ministère des Forces armées et aussi des populations. Après adoption par le Conseil municipal, la construction du mémorial a commencé avec l’appui technique du génie militaire.
Un joyau qui a coûté 23 millions à la mairie de Pikine
Une fois la construction achevée, un bâtiment de trois pièces est livré à la mairie de la ville de Pikine. La première pièce qui est la plus grande sert de salle d’expositions. La seconde est une salle audiovisuelle, et la troisième pièce fait office de bureau pour le conservateur. Il y a également une muraille symbolique qui supporte 35 drapeaux représentant les nationalités qui reposent dans le cimetière. Des sources proches de la mairie nous ont confié que le coût global de ce joyau tourne autour de 23 millions francs Cfa. Il est alors troublant de constater que rien n’est fait dans ce mémorial. Il n’y a que des murs avec de la peinture encore fraîche. Le gardien qui se trouve à l’entrée de la bâtisse se tourne les pouces. Certains habitants rencontrés indexent les autorités municipales. F. Diène, une étudiante trouvée devant un kiosque de journaux, trouve que les autorités n’ont pas fait leur travail. «Elles ont mobilisé de l’argent pour construire un musée qui ne sert à rien. Cet argent aurait pu servir à autre chose», dit-elle. Un homme qui habite près du mémorial abonde dans le même sens : «Au Sénégal, nous n’avons
pas la politique du suivi. Bientôt ces bâtiments vont se fissurer sans que sa finalité ne soit atteinte». Du côté de la mairie, on dégage en touche. Selon un conseiller municipal, qui a souhaité se prononcer sous le couvert de l’anonymat, l’animation de ce mémorial n’est pas de leur ressort. «Certes nous avons construit le mémorial. Mais, il faut comprendre que ce mémorial est un patrimoine militaire. Nous l’avons remis à l’armée nationale à cet effet», souligne-t-il. Nos recherches nous ont permis de savoir que ce monument a été construit dans le but de faire connaître l’histoire des tirailleurs africains en général et sénégalais en particulier. Même si la conception est civile, l’animation devrait être l’apanage de l’armée, car on doit y exposer des documents et archives militaires.
Hollande, le sauveur ?
Les férus d’histoire, les habitants de Pikine et bien des Sénégalais ont beaucoup apprécié les mots prononcés par le président français, lors de sa visite dans notre pays, vendredi dernier. François Hollande a d’abord reconnu la culpabilité de la France dans la tuerie de «Thiaroye 44». «La part d'ombre de notre histoire, c'est aussi la répression sanglante qui, en 1944, au camp de Thiaroye, provoqua la mort de 35 soldats africains qui s'étaient pourtant battus pour la France», concédait le chef de l’Etat français. Mais ce qui a fait plus plaisir aux autorités municipales de la ville de Pikine, c’est quand le président français a promis un geste envers ce musée. «J'ai donc décidé de donner au Sénégal toutes les archives dont la France dispose sur ce drame afin qu'elles puissent être exposées au musée du mémorial», ajoutait en effet François Hollande. Une promesse qui, une fois tenue, pourrait procurer un nouveau souffle au mémorial des tirailleurs. Les documents et les archives venant d’Outre-mer, cumulés à ceux dont dispose le musée des Forces armées du Sénégal, pourraient être d’un grand apport pédagogique aux générations actuelles. François Hollande est ainsi vu comme un sauveur par Saliou Maal, un homme d’une quarantaine d’années trouvé en train de se recueillir sur une tombe, dans le cimentière des tirailleurs. Selon lui, «il faut juste espérer que ces propos soient traduits en actes. Car moi, c’est mon grand-père qui repose ici. Il a fait toutes les deux guerres pour la France, mais nous ignorons ce qui s’est réellement passé. Hollande nous sauverait en sauvant ce musée». Du côté de la mairie, aucune voix officielle ne s’est encore fait entendre. Cependant, des sources autorisées disent beaucoup attendre des propos du Président français. Ces personnes disent se battre jour et nuit pour une valorisation de ce mémorial. Elles soulignent que des correspondances ont été envoyées aux autorités concernées et des sensibilisations menées, mais c’est encore une léthargie qui recouvre ce sanctuaire. Même l’armée tarde à réagir.
De l’histoire des tireurs de «Thiaroye 44»
Les tirailleurs étaient un corps militaire appartenant à «l’armée coloniale» constitué au sein de «l’Empire colonial français» en 1857. Le corps des tirailleurs a été institué suite à un décret de Napoléon III. On les nommait aussi la force noire. Il faut cependant comprendre que les tirailleurs ne venaient pas seulement du Sénégal. Ils étaient recrutés sur toute l’étendue des colonies de la France, aussi bien en Afrique de l’ouest qu’en Afrique centrale. Si l’appellation de tirailleurs sénégalais est largement répandue, c’est bien parce que le premier régiment connu des tirailleurs venait du Sénégal. Leur apport dans les deux guerres mondiales a été plus que déterminant. Dans la première guerre (1914-1918), ils ont été plus de 161 250 tirailleurs africains et malgaches qui ont été recrutés. Environ 36 000 tirailleurs sont blessés et 29 000 sont tués ou déclarés disparus. Dans la seconde (1939-1945), ils ont été plus de 179 000 tirailleurs à s’engager pour la République de Marianne. C’est à l’issue de cette guerre qu’interviendront les malheureux événements de «Thiaroye 44». En effet, plusieurs révoltes de tirailleurs, qui réclamaient le paiement de leurs indemnités, avaient éclaté. Toutes ont été réprimées par l’autorité militaire coloniale. Le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944 n’en est qu’un, parce qu’ayant été le plus sanglant, parmi tant d’autres : dans les casernes françaises de Versailles, Hyères, Marseille, Sète et Morlaix. La France a tué 35 soldats au camp de Thiaroye en ce 1er décembre de l’année 1944. Depuis, le silence a toujours prévalu du côté français et cela n’a pas aidé à faire jaillir la lumière sur cette tuerie. Voilà qui a poussé les autorités municipales de Pikine, où se trouve le cimetière des tirailleurs, à ériger un mémorial en leur honneur. Un site qui permettrait d’imprégner
les jeunes générations de la dure réalité coloniale, de cette page sombre de l’histoire commune entre la France et le Sénégal. Un site qui peine encore à briller de son importance.
les jeunes générations de la dure réalité coloniale, de cette page sombre de l’histoire commune entre la France et le Sénégal. Un site qui peine encore à briller de son importance.
LES ASSURANCES DE L’ARMEE : L’animation du musée devrait commencer en 2013
Les militaires sont bien d’accord avec les autorités municipales de la ville de Pikine. C’est au musée des forces armées que revient la charge d’animer le mémorial des tirailleurs de «Thiaroye 44» qui est un patrimoine militaire. Le colonel Birama Thioune, Directeur des archives et du patrimoine historique de l’armée sénégalaise, a tenu à rassurer les usagers. La grande muette n’a pas oublié ce mémorial, dit-il. «Il ne nous reste actuellement qu’à mettre un équipement muséal. Nous savons déjà ce que nous allons mettre, les équipements sont déjà ciblés. Nous l’avons demandé dans notre projet de budget et nous pensons qu’au cours de l’année 2013 l’équipement muséal du mémorial des tirailleurs de ‘Thiaroye 44’ sera mis en place. Nous l’avons inscrit dans le cadre des besoins du budget à venir», nous a-t-il déclaré dans son bureau. L’officier a ajouté : «Si nous avons mis un peu de temps pour équiper ce mémorial, c’est parce que le musée des forces armées a beaucoup de
chantiers en cours». Le Directeur du musée des forces armées, dont l’appellation officielle est la direction des archives et du patrimoine historique, s’est félicité de leur collaboration avec la mairie de Pikine. «L’assistance de la mairie de Pikine a été appréciable dans le cadre de la rénovation de ce cimetière. Elle a fait mieux en construisant un mémorial. Elle a fait plus en proposant de nous faire une boutique de souvenirs et un lieu de culte», dira-t-il. Sur le musée, le colonel Diouf a tenu à apporter quelques précisions : «les forces armées, bien appuyés par la mairie de Pikine, ont entièrement réhabilité ce lieu de mémoire. Le cimetière de Thiaroye est un gîte pour d’autres tirailleurs sénégalais, pas seulement ceux morts dans les évènements de ‘Thiaroye 44’. Dans ce cimetière reposent aussi d’autres tirailleurs venus de 17 pays africains et de Madagascar». L’officier de l’armée sénégalaise de terminer en faisant savoir que le Sénégal regorgeait de cimetières pour tirailleurs, et que
celui de Thiaroye est juste le plus célèbre.
chantiers en cours». Le Directeur du musée des forces armées, dont l’appellation officielle est la direction des archives et du patrimoine historique, s’est félicité de leur collaboration avec la mairie de Pikine. «L’assistance de la mairie de Pikine a été appréciable dans le cadre de la rénovation de ce cimetière. Elle a fait mieux en construisant un mémorial. Elle a fait plus en proposant de nous faire une boutique de souvenirs et un lieu de culte», dira-t-il. Sur le musée, le colonel Diouf a tenu à apporter quelques précisions : «les forces armées, bien appuyés par la mairie de Pikine, ont entièrement réhabilité ce lieu de mémoire. Le cimetière de Thiaroye est un gîte pour d’autres tirailleurs sénégalais, pas seulement ceux morts dans les évènements de ‘Thiaroye 44’. Dans ce cimetière reposent aussi d’autres tirailleurs venus de 17 pays africains et de Madagascar». L’officier de l’armée sénégalaise de terminer en faisant savoir que le Sénégal regorgeait de cimetières pour tirailleurs, et que
celui de Thiaroye est juste le plus célèbre.

ACCUEIL






