Quelle appréciation faites-vous des six premiers mois du Président Macky Sall à la tête du Sénégal ?
Je crois que, évaluer les actions du gouvernement sur six mois, ce serait une bonne chose, mais, quelque part aussi, c’est aller trop vite en besogne. Vous savez, le Pds est resté douze ans au pouvoir. Ce sont les Sénégalais qui en ont eu le ras-le-bol, pour, à l’unanimité, se mobiliser, et avec un score de 65%, dire non à Abdoulaye Wade. Mais, ce qui est fondamental, c’est que Wade a eu à tenir un discours clair, net et précis, en disant : «Je vais partir, mais je suis sûr et certain que, si vous ne m’élisez pas, deux mois après, les fonctionnaires sénégalais ne vont pas percevoir leur salaire. Si vous ne m’élisez pas, les chantiers ne se poursuivront pas». Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que lui-même était conscient qu’il avait fini de vider les caisses de l’Etat. Il y a certains détails, je pense que ma responsabilité de ministre de la République ne me permet pas d’y entrer. Les audits qui seront réalisés vont s’en charger. Maintenant, s’agissant de ce que le Président Macky Sall et le gouvernement de Abdoul Mbaye ont réalisé, je commencerai, d’abord, par l’approche qu’on a eue. Le Président, aussitôt élu, a dit aux Sénégalais qu'il ne ferait pas sept ans au pouvoir, mais cinq ans. Cela veut dire que, lui-même, pendant ces cinq ans, il va s’évertuer à faire davantage dans le sens de résoudre la demande sociale, parce qu’il est sûr et certain qu’au bout de ces cinq ans, il va se représenter. Il va se faire évaluer par les Sénégalais. Il est passé de la réduction de la taille du gouvernement (plus de 40 ministres à 25). Vous allez me dire qu’il a un nombre important de ministres-conseillers. Vous savez, la charge ministérielle mérite plus d’une centaine de conseillers. Parce qu’il
doit être capable de répondre à toutes les questions qui se posent à lui, aussi bien pour la prise en charge des affaires de l’Etat, que la prise en charge du Sénégal vis-à-vis du monde entier. Ce qu’il avait promis à la diaspora, avec l’affaire des appels entrants, a été réalisé de la manière la plus claire. L’augmentation de l’âge des véhicules-à-importer a été respectée, la réduction des billets, surtout sur le trajet Paris-Dakar, a été fait. Bientôt, vous allez voir une nouvelle compagnie assurer la desserte Paris-Dakar ou Dakar-Paris. Sans compter aussi les appuis qu’il y a eus au niveau de l’agriculture. Il y a eu un appui de plus de 30 milliards. Mais, également une aide alimentaire de 30 milliards, toujours en faveur du monde rural. Et la subvention qui tourne autour de 124 milliards pour l’énergie. Tout cela a été réalisé en moins de six mois. Mais, là où je voudrais vraiment attirer l’attention des Sénégalais, c’est que nous ne pouvons pas tout réaliser en si peu de temps. Parce que le marasme financier que nous avons trouvé est énorme. Le Fesman est passé par là, l’Anoci, qui n’a pas été auditée, est passée par là, les véhicules qui ont été achetés pour les chefs de village sont passés par là, le monument de la Renaissance est passé par là. Combien d’argent ce monument a englouti et comment ça a été monté? Je crois qu’on va revenir sur tout ça par les audits. A côté de tout cela, il y a la gestion des inondations. Tout le monde se rappelle ce que Abdoulaye Wade et son ministre Oumar Sarr- qui ose appeler à une marche- ont fait. Ces gens du Pds ont intérêt à faire profil bas, parce que, ce qu’ils ont fait est resté dans la mémoire fraîche des Sénégalais.
Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait au niveau de votre département ministériel ?
C’est avec plaisir et aisance que je vais en parler. Commençons d’abord par le transport aérien. Quand je suis arrivé, le premier jour, j’ai reçu le Directeur général de Sénégal Airlines et son Directeur administratif et financier. La compagnie battait de l’aile. Cette compagnie était sous capitalisée avec un management hésitant qui avait permis à certains de pavoiser. J’ai pris mon téléphone, sur instruction du président de la République et de son Premier ministre, et j’ai appelé ce qu’on peut appeler les fournisseurs bloquants. Certains ont tout de suite accepté de laisser les avions de la compagnie continuer à voler, parce que nous leur avons montré une volonté politique de soutenir la compagnie. Nous avons aussi fait appel à une institution financière qui a accepté avec le Bsp de la compagnie de faire un geste. Je profite de l’occasion pour les saluer. Ce sont des patriotes qui ont bien voulu participer à la survie de ce pavillon national. Nous nous sommes rendu compte que cette compagnie était sous capitalisée et que les modules n'étaient pas adaptés. Nous sommes, aujourd’hui, dans une phase de re-capitalisation pour pouvoir réadapter et ré-analyser tout cela et remettre la compagnie sur les rails, avec tout ce qu’il faut comme appareils, comme partenariat, pour qu’elle soit compétitive comme toutes les autres compagnies aériennes du monde entier. L’aéroport Aibd que nous sommes en train de construire, il nous faut une très bonne compagnie avec un pavillon national digne de ce nom pour pouvoir mieux vendre le Sénégal, mais aussi rassurer tous ceux qui prennent ces avions pour venir visiter notre pays. Venons-en au transport routier et aux infrastructures routières. Wade avait dit que les chantiers ne se poursuivraient pas. Je suis désolé. Linguère-Matam, tous les Sénégalais s’en rappellent, plus de trois ans, les chantiers ont été bloqués. Sous l’égide du Président Macky Sall, les chantiers ont repris de belle manière. Nous nous sommes rendus sur les lieux pour nous enquérir de l’état d’avancement des chantiers. Idem pour les trois ponts de Matam. De là-bas, nous avons été en Casamance, où nous avons repris la piste de Cap-Skirring qui a toujours posé des problèmes. Aujourd’hui, la reprise de cette piste est effective. Les travaux vont se terminer. Et d’ici à l’ouverture de la saison touristique, les avions pourront se poser sur la piste. Mieux, pour la cuve à kérosène, des dispositions ont été prises pour qu’elle soit mise en place et exploitée. Ça va permettre aux avions de ne plus calculer cette charge. Au niveau de l’aéroport de Ziguinchor, les mêmes dispositions seront prises. Nous avons fait aussi la route Cap-Skirring-Djimbéring, Les habitants de ces deux localités nous ont réservé un accueil extraordinaire. Il y a également le pont de Katacoulousse que nous avons visité. Cet ouvrage
commençait à présenter des défaillances. Nous avons pris une entreprise qui est en train de reprendre ce pont. Après cela, nous sommes revenus à Ziguinchor, où nous avons visité le pont Emile Badiane qui va être entièrement repris. Nous avons aussi visité les pavages réalisés sur la voierie de Ziguinchor et nous avons donné des instructions pour que les travaux soient accélérés. De Ziguinchor, nous nous sommes rendus à Bignona, où nous avons visité la place Emile Badiane qui était dans une situation qui méritait d’être entretenue. De Bignona, nous sommes allés à Diouloulou. Nous avons visité le pont de Baïla qui présente quelques difficultés. L’Ageroute a déjà prévu le remplacement du pont de Baïla et celui de Diouloulou. Et cerise sur le gâteau, la route Diouloulou-Kafountine est en chantier.
En dehors de Ziguinchor, avez-vous prévu de vous rendre dans les autres régions du pays pour vous enquérir de la situation des infrastructures ?
Nous sommes dans une phase d’évaluation et de visite de l’ensemble de nos chantiers. Avant Ziguinchor, nous avons été au Nord. Nous avons un très grand programme. Nous comptons nous rendre à Tambacounda. Il y a la Rn6 qui va partir de Tambacounda, en passant par le pont de Gouloumbou, Vélingara, Kolda et Ziguinchor. Ce projet fort important et structurant va rentrer dans la prise en charge du contournement de la Gambie. Il suffira de prendre ce corridor Dakar-Tamba-Bamako pour que, arrivé au niveau de Tamba, trouver une voie qui permettra de contourner la Gambie. Le projet du Mca prend en charge l’ensemble de ce projet. Il y a d’autres projets que nous allons visiter au niveau de Tambacounda. Mais là, le projet majeur de désenclavement, c’est les voies ferrées. Je suis allé rendre visite à mon homologue malien. C’était pour pouvoir faire avec lui le diagnostic des voies ferrées. Nous l’avons fait. La semaine qui a suivi, lui-même a fait le déplacement sur Dakar. Ce que nous avons retenu, c’est de mettre en place deux sociétés d’Etat de patrimoine, mais qui vont signer une convention pour pouvoir garantir les investissements et pouvoir réaliser tout ce qu’il faut comme infrastructures. Nous allons aller vers les écartements standards. C’est ce qui existe dans les pays développés. Nous avons été reçus par le Président Macky Sall qui pense déjà aux Tgv, et ce serait extraordinaire, si on arrivait à réaliser des Tgv entre Dakar et Bamako. Une fois ces projets réalisés, nous allons nous atteler à la réalisation du chemin de fer
Tambacounda-Ziguinchor, mais surtout Tambacounda-Matam. Parce qu’il y a les ressources minières à Matam. Nous avons d’autres projets de désenclavement de l’île à Morphil, dans le nord. Nous allons continuer la Vdn. Il y a la route des Niayes. L’appel d’offres a déjà été fait. L’entreprise a été retenue. Bientôt les travaux vont démarrer. Il y a aussi cette route qui va aller jusqu’à Lompoul. Il y a énormément de projets en cours. Nous allons davantage nous engager vers une résolution significative de la demande sociale.
Des voix s’élèvent de plus en plus pour appeler Macky Sall à respecter ses engagements. En dehors des «Y en a marristes», il y a les jeunes du M23 et les membres du M23/patriotique qui menacent même de descendre dans la rue…
Le droit de manifester est là, mais je crois qu’on doit avoir confiance pour nous projeter dans un avenir. Mais avant cela, nous devons regarder notre passé. S’agissant du M23, moi, je peux en parler avec aisance. Pourquoi ? Parce que, jusqu’à présent d’ailleurs, je suis le président de la Commission d’organisation du M23. A ce que je sache, il n’y a pas eu une Assemblée générale nommant un nouveau président de la Commission d’organisation. Ceux qui se réclament, aujourd’hui, du M23/patriotique, je les connais très bien et ils me connaissent très bien. Ils savent de quoi je parle. Il y a des choses qui se sont passées entre nous, je n’ai pas besoin de revenir là-dessus. Le Président Macky Sall les connaît très bien. Respectons-nous. L’élan patriotique du M23 qui s’était érigé en sentinelle pour la démocratie sénégalaise est là. Et cet élan est à saluer. Si nous en sommes arrivés là, aujourd’hui, je crois qu’en partie, nous le devons à cet élan généreux, responsable du M23. «Y en a marre», c’est une autre question. J’ai toujours salué leur engagement, j’ai toujours respecté leur manière de faire. Ce sont des gens que j’ai côtoyés et fréquentés dans l’opposition. A la limite, je ne peux que les encourager. Je me permets aussi de les appeler à plus de raison, à plus de sérénité, parce que, ce que le Président Macky Sall est en train de faire, il le fait de manière inclusive. Le Président Macky Sall a compris qu’au Sénégal, un Président ne peut plus être un omniscient, qui décide de tout. C’est pourquoi il prend, à chaque fois de besoin, le pouls des
Sénégalais, mais aussi celui de ceux qui l’ont accompagné pour qu’il arrive là où il est. Ce n’est pas une minorité qui décide de ce que nous faisons. C’est une majorité. Et cette majorité, elle est sénégalaise. J’invite tous ceux qui ont le sentiment que nous sommes en train de dévier à se ressaisir. Ils peuvent manifester, mais avec respect.
Ne croyez-vous pas que ceux qui élèvent la voix ont raison de le faire, vu qu’ils portent un immense espoir en Macky Sall ?
Nous pouvons aussi comprendre la détresse vécue par ces Sénégalais. Les Sénégalais ont été blessés dans leur chair avant les six mois. L’extravagance qu’il y a eu, le manque d’humilité qu’il y a eu, les Sénégalais en avaient ras-le-bol. C’est la raison pour laquelle, ils sont, aujourd’hui, dans l’impatience. Six mois se sont écoulés, mais cela représente des années pour les Sénégalais. Aujourd’hui, l’argent ne circule plus dans ce pays-là. Les gens disent qu’il n’y a plus d’argent. Oui. C’est vrai qu’il n’y a plus d’argent. Il n’y a plus d’argent sale dans ce pays. C’est l’argent sale qui circulait et qui était à la portée de tout le monde. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de réduction de tout gaspillage. C’est tout à fait normal que tout cet argent sale qui circulait se fait rare. Vous savez, ce qui s’est passé dans ce pays, je ne peux même pas être là à le décrire. Une femme s’est permis d’acheter des cuillères à des montants faramineux. Karim Wade, dans un livre d’investigation, on nous a parlé d’une lampe qui coûterait, je ne sais pas, des millions que je n’ai d’ailleurs jamais retrouvée, après passation. J’aimerais bien qu’on me dise où est passée cette lampe. L’impatience des Sénégalais se justifie.
Avez-vous audité la gestion de votre prédécesseur, Karim Wade ?
Non. Vous savez, nous avons commandité des audits. Ces audits vont se faire. Ce que nous avons fait, c’est la passation de service par un Inspecteur général d’Etat. Normalement, sous peu, l’ensemble de la gestion de ces gouvernants sera réalisée. D’ailleurs, il y a certains audits qui ont démarré.
Comment expliquez-vous la hausse des prix des denrées de première nécessité, si l’on sait que Macky Sall avait promis de les réduire sensiblement ?
Le Président Macky Sall avait promis une baisse de ces denrées. Ce qui a été fait. Mais cela ne s’est pas fait trop sentir dans le panier de la ménagère. Parce que, simplement, il y a eu des réticences d’application de ces prix. Chemin faisant, nous avons appris qu’il y aurait eu une hausse du prix de l’huile. Heureusement que le ministre du Commerce et les huiliers ont décidé de garder le même prix. S’agissant des produits pétroliers, il faut constater qu’il y a eu hausse, parce qu’il y a des facteurs exogènes qui ne dépendent pas de nous. Nous ne produisons pas de pétrole. Le prix du baril est fixé en dehors du Sénégal. Tout ce que nous faisons, c’est subventionner ce produit pour pouvoir le garder à un prix raisonnable, accessible aux Sénégalais. Il y a une hausse qui est conjoncturelle. A chaque fois qu’une fête approche, nous constatons dans le marché des hausses. C’est sûr qu’après la Tabaski, les choses vont revenir à la normale.
L’audience que Macky Sall a accordée à une délégation du Pds à Abidjan a fait couler beaucoup de salive…
Le président s’est déjà exprimé sur cette rencontre. Nous avons vu, à travers la télévision, les images de cette rencontre. Les membres du Pds ont formulé une demande d’audience que le président a acceptée. Ils ont échangé. Le Président a accordé d’autres audiences à d’autres Sénégalais rencontrés à Abidjan. Pourquoi veut-on se limiter à cette seule audience ? Je peux vous assurer que cette rencontre n’a été qu'une entrevue entre le président de la République et des citoyens sénégalais.
Que vous inspire l’affaire Cheikh Béthio Thioune qui a pris des proportions inquiétantes?
Je suis à l’aise pour parler de cela. Je suis mouride et je respecte Cheikh Béthio Thioune. Mais, dans la vie, il y a des moments où nous devons nous arrêter et nous poser des questions. Cheikh Béthio Thioune est, aujourd’hui, entre les mains de la justice sénégalaise que nous partageons tous. Nous sommes tous égaux devant la justice. Il y a une instruction qui est en cours. Moi, ministre Mor Ngom, je n’ai pas le droit, ni le pouvoir, de lever un seul petit doigt, pour influer sur la bonne marche de cette instruction. Est-ce qu’il y a un seul Sénégalais, supérieur à un autre, qui a cette possibilité ? Je dis non. Ils ont le droit de manifester. Mais, la manifestation requiert des normes. Aucune manifestation ne doit troubler l’ordre public. J’ai entendu le directeur de l’administration pénitentiaire expliquer, dans les médias, les raisons du transfèrement de Cheikh Béthio Thioune à Dakar. J’ai entendu la famille de Cheikh Béthio Thioune appeler à l’apaisement et au calme. C’est le lieu pour moi de les encourager et d’appeler les «talibés» à la raison. Personne n’est au-dessus de la loi. L’administration pénitentiaire a déclaré qu’elle va prendre toutes les dispositions sécuritaires et veiller sur la santé de Cheikh Béthio. Le Sénégal est un et indivisible, et force doit rester à la loi. Je lance un appel à tous les Sénégalais, surtout à ceux, qui ne sont pas les «talibés» du Cheikh, mais qui veulent faire de cette affaire une exploitation politique. C’est anormal et inacceptable. Le Sénégal ne mérite pas ça. Il n’y a pas une seule organisation politique qui a le droit
de transgresser les lois et les normes en vigueur dans ce pays. Ils doivent se ressaisir.
Je crois que, évaluer les actions du gouvernement sur six mois, ce serait une bonne chose, mais, quelque part aussi, c’est aller trop vite en besogne. Vous savez, le Pds est resté douze ans au pouvoir. Ce sont les Sénégalais qui en ont eu le ras-le-bol, pour, à l’unanimité, se mobiliser, et avec un score de 65%, dire non à Abdoulaye Wade. Mais, ce qui est fondamental, c’est que Wade a eu à tenir un discours clair, net et précis, en disant : «Je vais partir, mais je suis sûr et certain que, si vous ne m’élisez pas, deux mois après, les fonctionnaires sénégalais ne vont pas percevoir leur salaire. Si vous ne m’élisez pas, les chantiers ne se poursuivront pas». Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que lui-même était conscient qu’il avait fini de vider les caisses de l’Etat. Il y a certains détails, je pense que ma responsabilité de ministre de la République ne me permet pas d’y entrer. Les audits qui seront réalisés vont s’en charger. Maintenant, s’agissant de ce que le Président Macky Sall et le gouvernement de Abdoul Mbaye ont réalisé, je commencerai, d’abord, par l’approche qu’on a eue. Le Président, aussitôt élu, a dit aux Sénégalais qu'il ne ferait pas sept ans au pouvoir, mais cinq ans. Cela veut dire que, lui-même, pendant ces cinq ans, il va s’évertuer à faire davantage dans le sens de résoudre la demande sociale, parce qu’il est sûr et certain qu’au bout de ces cinq ans, il va se représenter. Il va se faire évaluer par les Sénégalais. Il est passé de la réduction de la taille du gouvernement (plus de 40 ministres à 25). Vous allez me dire qu’il a un nombre important de ministres-conseillers. Vous savez, la charge ministérielle mérite plus d’une centaine de conseillers. Parce qu’il
doit être capable de répondre à toutes les questions qui se posent à lui, aussi bien pour la prise en charge des affaires de l’Etat, que la prise en charge du Sénégal vis-à-vis du monde entier. Ce qu’il avait promis à la diaspora, avec l’affaire des appels entrants, a été réalisé de la manière la plus claire. L’augmentation de l’âge des véhicules-à-importer a été respectée, la réduction des billets, surtout sur le trajet Paris-Dakar, a été fait. Bientôt, vous allez voir une nouvelle compagnie assurer la desserte Paris-Dakar ou Dakar-Paris. Sans compter aussi les appuis qu’il y a eus au niveau de l’agriculture. Il y a eu un appui de plus de 30 milliards. Mais, également une aide alimentaire de 30 milliards, toujours en faveur du monde rural. Et la subvention qui tourne autour de 124 milliards pour l’énergie. Tout cela a été réalisé en moins de six mois. Mais, là où je voudrais vraiment attirer l’attention des Sénégalais, c’est que nous ne pouvons pas tout réaliser en si peu de temps. Parce que le marasme financier que nous avons trouvé est énorme. Le Fesman est passé par là, l’Anoci, qui n’a pas été auditée, est passée par là, les véhicules qui ont été achetés pour les chefs de village sont passés par là, le monument de la Renaissance est passé par là. Combien d’argent ce monument a englouti et comment ça a été monté? Je crois qu’on va revenir sur tout ça par les audits. A côté de tout cela, il y a la gestion des inondations. Tout le monde se rappelle ce que Abdoulaye Wade et son ministre Oumar Sarr- qui ose appeler à une marche- ont fait. Ces gens du Pds ont intérêt à faire profil bas, parce que, ce qu’ils ont fait est resté dans la mémoire fraîche des Sénégalais.
Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait au niveau de votre département ministériel ?
C’est avec plaisir et aisance que je vais en parler. Commençons d’abord par le transport aérien. Quand je suis arrivé, le premier jour, j’ai reçu le Directeur général de Sénégal Airlines et son Directeur administratif et financier. La compagnie battait de l’aile. Cette compagnie était sous capitalisée avec un management hésitant qui avait permis à certains de pavoiser. J’ai pris mon téléphone, sur instruction du président de la République et de son Premier ministre, et j’ai appelé ce qu’on peut appeler les fournisseurs bloquants. Certains ont tout de suite accepté de laisser les avions de la compagnie continuer à voler, parce que nous leur avons montré une volonté politique de soutenir la compagnie. Nous avons aussi fait appel à une institution financière qui a accepté avec le Bsp de la compagnie de faire un geste. Je profite de l’occasion pour les saluer. Ce sont des patriotes qui ont bien voulu participer à la survie de ce pavillon national. Nous nous sommes rendu compte que cette compagnie était sous capitalisée et que les modules n'étaient pas adaptés. Nous sommes, aujourd’hui, dans une phase de re-capitalisation pour pouvoir réadapter et ré-analyser tout cela et remettre la compagnie sur les rails, avec tout ce qu’il faut comme appareils, comme partenariat, pour qu’elle soit compétitive comme toutes les autres compagnies aériennes du monde entier. L’aéroport Aibd que nous sommes en train de construire, il nous faut une très bonne compagnie avec un pavillon national digne de ce nom pour pouvoir mieux vendre le Sénégal, mais aussi rassurer tous ceux qui prennent ces avions pour venir visiter notre pays. Venons-en au transport routier et aux infrastructures routières. Wade avait dit que les chantiers ne se poursuivraient pas. Je suis désolé. Linguère-Matam, tous les Sénégalais s’en rappellent, plus de trois ans, les chantiers ont été bloqués. Sous l’égide du Président Macky Sall, les chantiers ont repris de belle manière. Nous nous sommes rendus sur les lieux pour nous enquérir de l’état d’avancement des chantiers. Idem pour les trois ponts de Matam. De là-bas, nous avons été en Casamance, où nous avons repris la piste de Cap-Skirring qui a toujours posé des problèmes. Aujourd’hui, la reprise de cette piste est effective. Les travaux vont se terminer. Et d’ici à l’ouverture de la saison touristique, les avions pourront se poser sur la piste. Mieux, pour la cuve à kérosène, des dispositions ont été prises pour qu’elle soit mise en place et exploitée. Ça va permettre aux avions de ne plus calculer cette charge. Au niveau de l’aéroport de Ziguinchor, les mêmes dispositions seront prises. Nous avons fait aussi la route Cap-Skirring-Djimbéring, Les habitants de ces deux localités nous ont réservé un accueil extraordinaire. Il y a également le pont de Katacoulousse que nous avons visité. Cet ouvrage
commençait à présenter des défaillances. Nous avons pris une entreprise qui est en train de reprendre ce pont. Après cela, nous sommes revenus à Ziguinchor, où nous avons visité le pont Emile Badiane qui va être entièrement repris. Nous avons aussi visité les pavages réalisés sur la voierie de Ziguinchor et nous avons donné des instructions pour que les travaux soient accélérés. De Ziguinchor, nous nous sommes rendus à Bignona, où nous avons visité la place Emile Badiane qui était dans une situation qui méritait d’être entretenue. De Bignona, nous sommes allés à Diouloulou. Nous avons visité le pont de Baïla qui présente quelques difficultés. L’Ageroute a déjà prévu le remplacement du pont de Baïla et celui de Diouloulou. Et cerise sur le gâteau, la route Diouloulou-Kafountine est en chantier.
En dehors de Ziguinchor, avez-vous prévu de vous rendre dans les autres régions du pays pour vous enquérir de la situation des infrastructures ?
Nous sommes dans une phase d’évaluation et de visite de l’ensemble de nos chantiers. Avant Ziguinchor, nous avons été au Nord. Nous avons un très grand programme. Nous comptons nous rendre à Tambacounda. Il y a la Rn6 qui va partir de Tambacounda, en passant par le pont de Gouloumbou, Vélingara, Kolda et Ziguinchor. Ce projet fort important et structurant va rentrer dans la prise en charge du contournement de la Gambie. Il suffira de prendre ce corridor Dakar-Tamba-Bamako pour que, arrivé au niveau de Tamba, trouver une voie qui permettra de contourner la Gambie. Le projet du Mca prend en charge l’ensemble de ce projet. Il y a d’autres projets que nous allons visiter au niveau de Tambacounda. Mais là, le projet majeur de désenclavement, c’est les voies ferrées. Je suis allé rendre visite à mon homologue malien. C’était pour pouvoir faire avec lui le diagnostic des voies ferrées. Nous l’avons fait. La semaine qui a suivi, lui-même a fait le déplacement sur Dakar. Ce que nous avons retenu, c’est de mettre en place deux sociétés d’Etat de patrimoine, mais qui vont signer une convention pour pouvoir garantir les investissements et pouvoir réaliser tout ce qu’il faut comme infrastructures. Nous allons aller vers les écartements standards. C’est ce qui existe dans les pays développés. Nous avons été reçus par le Président Macky Sall qui pense déjà aux Tgv, et ce serait extraordinaire, si on arrivait à réaliser des Tgv entre Dakar et Bamako. Une fois ces projets réalisés, nous allons nous atteler à la réalisation du chemin de fer
Tambacounda-Ziguinchor, mais surtout Tambacounda-Matam. Parce qu’il y a les ressources minières à Matam. Nous avons d’autres projets de désenclavement de l’île à Morphil, dans le nord. Nous allons continuer la Vdn. Il y a la route des Niayes. L’appel d’offres a déjà été fait. L’entreprise a été retenue. Bientôt les travaux vont démarrer. Il y a aussi cette route qui va aller jusqu’à Lompoul. Il y a énormément de projets en cours. Nous allons davantage nous engager vers une résolution significative de la demande sociale.
Des voix s’élèvent de plus en plus pour appeler Macky Sall à respecter ses engagements. En dehors des «Y en a marristes», il y a les jeunes du M23 et les membres du M23/patriotique qui menacent même de descendre dans la rue…
Le droit de manifester est là, mais je crois qu’on doit avoir confiance pour nous projeter dans un avenir. Mais avant cela, nous devons regarder notre passé. S’agissant du M23, moi, je peux en parler avec aisance. Pourquoi ? Parce que, jusqu’à présent d’ailleurs, je suis le président de la Commission d’organisation du M23. A ce que je sache, il n’y a pas eu une Assemblée générale nommant un nouveau président de la Commission d’organisation. Ceux qui se réclament, aujourd’hui, du M23/patriotique, je les connais très bien et ils me connaissent très bien. Ils savent de quoi je parle. Il y a des choses qui se sont passées entre nous, je n’ai pas besoin de revenir là-dessus. Le Président Macky Sall les connaît très bien. Respectons-nous. L’élan patriotique du M23 qui s’était érigé en sentinelle pour la démocratie sénégalaise est là. Et cet élan est à saluer. Si nous en sommes arrivés là, aujourd’hui, je crois qu’en partie, nous le devons à cet élan généreux, responsable du M23. «Y en a marre», c’est une autre question. J’ai toujours salué leur engagement, j’ai toujours respecté leur manière de faire. Ce sont des gens que j’ai côtoyés et fréquentés dans l’opposition. A la limite, je ne peux que les encourager. Je me permets aussi de les appeler à plus de raison, à plus de sérénité, parce que, ce que le Président Macky Sall est en train de faire, il le fait de manière inclusive. Le Président Macky Sall a compris qu’au Sénégal, un Président ne peut plus être un omniscient, qui décide de tout. C’est pourquoi il prend, à chaque fois de besoin, le pouls des
Sénégalais, mais aussi celui de ceux qui l’ont accompagné pour qu’il arrive là où il est. Ce n’est pas une minorité qui décide de ce que nous faisons. C’est une majorité. Et cette majorité, elle est sénégalaise. J’invite tous ceux qui ont le sentiment que nous sommes en train de dévier à se ressaisir. Ils peuvent manifester, mais avec respect.
Ne croyez-vous pas que ceux qui élèvent la voix ont raison de le faire, vu qu’ils portent un immense espoir en Macky Sall ?
Nous pouvons aussi comprendre la détresse vécue par ces Sénégalais. Les Sénégalais ont été blessés dans leur chair avant les six mois. L’extravagance qu’il y a eu, le manque d’humilité qu’il y a eu, les Sénégalais en avaient ras-le-bol. C’est la raison pour laquelle, ils sont, aujourd’hui, dans l’impatience. Six mois se sont écoulés, mais cela représente des années pour les Sénégalais. Aujourd’hui, l’argent ne circule plus dans ce pays-là. Les gens disent qu’il n’y a plus d’argent. Oui. C’est vrai qu’il n’y a plus d’argent. Il n’y a plus d’argent sale dans ce pays. C’est l’argent sale qui circulait et qui était à la portée de tout le monde. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de réduction de tout gaspillage. C’est tout à fait normal que tout cet argent sale qui circulait se fait rare. Vous savez, ce qui s’est passé dans ce pays, je ne peux même pas être là à le décrire. Une femme s’est permis d’acheter des cuillères à des montants faramineux. Karim Wade, dans un livre d’investigation, on nous a parlé d’une lampe qui coûterait, je ne sais pas, des millions que je n’ai d’ailleurs jamais retrouvée, après passation. J’aimerais bien qu’on me dise où est passée cette lampe. L’impatience des Sénégalais se justifie.
Avez-vous audité la gestion de votre prédécesseur, Karim Wade ?
Non. Vous savez, nous avons commandité des audits. Ces audits vont se faire. Ce que nous avons fait, c’est la passation de service par un Inspecteur général d’Etat. Normalement, sous peu, l’ensemble de la gestion de ces gouvernants sera réalisée. D’ailleurs, il y a certains audits qui ont démarré.
Comment expliquez-vous la hausse des prix des denrées de première nécessité, si l’on sait que Macky Sall avait promis de les réduire sensiblement ?
Le Président Macky Sall avait promis une baisse de ces denrées. Ce qui a été fait. Mais cela ne s’est pas fait trop sentir dans le panier de la ménagère. Parce que, simplement, il y a eu des réticences d’application de ces prix. Chemin faisant, nous avons appris qu’il y aurait eu une hausse du prix de l’huile. Heureusement que le ministre du Commerce et les huiliers ont décidé de garder le même prix. S’agissant des produits pétroliers, il faut constater qu’il y a eu hausse, parce qu’il y a des facteurs exogènes qui ne dépendent pas de nous. Nous ne produisons pas de pétrole. Le prix du baril est fixé en dehors du Sénégal. Tout ce que nous faisons, c’est subventionner ce produit pour pouvoir le garder à un prix raisonnable, accessible aux Sénégalais. Il y a une hausse qui est conjoncturelle. A chaque fois qu’une fête approche, nous constatons dans le marché des hausses. C’est sûr qu’après la Tabaski, les choses vont revenir à la normale.
L’audience que Macky Sall a accordée à une délégation du Pds à Abidjan a fait couler beaucoup de salive…
Le président s’est déjà exprimé sur cette rencontre. Nous avons vu, à travers la télévision, les images de cette rencontre. Les membres du Pds ont formulé une demande d’audience que le président a acceptée. Ils ont échangé. Le Président a accordé d’autres audiences à d’autres Sénégalais rencontrés à Abidjan. Pourquoi veut-on se limiter à cette seule audience ? Je peux vous assurer que cette rencontre n’a été qu'une entrevue entre le président de la République et des citoyens sénégalais.
Que vous inspire l’affaire Cheikh Béthio Thioune qui a pris des proportions inquiétantes?
Je suis à l’aise pour parler de cela. Je suis mouride et je respecte Cheikh Béthio Thioune. Mais, dans la vie, il y a des moments où nous devons nous arrêter et nous poser des questions. Cheikh Béthio Thioune est, aujourd’hui, entre les mains de la justice sénégalaise que nous partageons tous. Nous sommes tous égaux devant la justice. Il y a une instruction qui est en cours. Moi, ministre Mor Ngom, je n’ai pas le droit, ni le pouvoir, de lever un seul petit doigt, pour influer sur la bonne marche de cette instruction. Est-ce qu’il y a un seul Sénégalais, supérieur à un autre, qui a cette possibilité ? Je dis non. Ils ont le droit de manifester. Mais, la manifestation requiert des normes. Aucune manifestation ne doit troubler l’ordre public. J’ai entendu le directeur de l’administration pénitentiaire expliquer, dans les médias, les raisons du transfèrement de Cheikh Béthio Thioune à Dakar. J’ai entendu la famille de Cheikh Béthio Thioune appeler à l’apaisement et au calme. C’est le lieu pour moi de les encourager et d’appeler les «talibés» à la raison. Personne n’est au-dessus de la loi. L’administration pénitentiaire a déclaré qu’elle va prendre toutes les dispositions sécuritaires et veiller sur la santé de Cheikh Béthio. Le Sénégal est un et indivisible, et force doit rester à la loi. Je lance un appel à tous les Sénégalais, surtout à ceux, qui ne sont pas les «talibés» du Cheikh, mais qui veulent faire de cette affaire une exploitation politique. C’est anormal et inacceptable. Le Sénégal ne mérite pas ça. Il n’y a pas une seule organisation politique qui a le droit
de transgresser les lois et les normes en vigueur dans ce pays. Ils doivent se ressaisir.

ACCUEIL







