Il est l’un des débats qui aura passionné les sénégalais durant le 2e et dernier mandat du président WADE. Imams, intellectuels, politiques, chauffeurs de taxi, ménagères, vendeuses de cacahuètes, la rue… Bref, tous ont eu voix au chapitre sur la chose publique. A la une du journal « Le Populaire » n°3824 du vendredi 24 Aout 2012, apparait en gros caractères rouge-sang, le titre : « Monument de la Renaissance : l’échec de Wade. » On croyait l’affaire close mais notre savante presse est toujours prompte à réanimer les cafards morts et bâtir la renaissance des antiques korrigans de la société. Le monument de Wade ainsi qu’on le caricature, continue de faire couler des barils d’encre et de salive. Avec ses 1200 ans d’espérance de vie, la fin de la cacophonie n’est pas pour demain.
Des discussions houleuses, qui manquent souvent de clarté et de réflexion. Des questions pertinentes passées sous silence ou simplement mal libellées. Dès le début, les gens ont pris soin d’écarter tout argument utile pour rivaliser d’ardeur dans le tournoi olympique à l’issue duquel nous sortons toujours médaillés d’or et d’argent et de bronze : la polémique ! Ah ces maitres Pangloss… Mais pourquoi tant d’invectives, d’incompréhension et de confusion ?
Baptisé monument de la Renaissance africaine et représentant un robuste bonhomme, sa femme et leur enfant, il est selon son concepteur l’illustration artistique de l’histoire commune des populations du continent noir. Il s’agit de montrer au travers de cette famille tournée vers le changement, une « Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière 1. » En effet, à l’heure des théories autour des concepts d’identité, de civilisation et devant les énormes défis liés au développement économique, social, culturel et politique imposés par la mondialisation, l’Afrique a besoin de moyen fédérateur pour trouver des solutions concertées et durables aux calamités qui la fragilisent.
A ce propos, l’éminent philosophe Souleymane Bachir DIAGNE, enseignant à Colombia University, dans le « Soleil » n°11888 du mercredi 13 Janvier 2010 dira, je cite : « je pense qu’un pays ou une région doit avoir des symboles, des slogans mobilisateurs. L’humain est ainsi fait qu’il a besoin de symbole pour orienter son action. Donc, un monument à la renaissance africaine a un sens dans le contexte que voila. Maintenant les symboles, on les pose. Ce qui transforme un monument en un véritable symbole, c’est l’adhésion la plus large possible ».
L’intervention du professeur nous édifie sur la nécessité de dépasser le cap des vains discours symboliques dont on berce les rêveurs d’une Afrique unie. M. Wade aurait-il compris qu’il était temps de matérialiser et « donner vie » aux idées-fétiches –paix, solidarité, liberté, unité, panafricanisme, humanisme…- dont nous nous réclamons sans cesse dans un contexte universel marqué par les inéluctables changements d’origine technologique, spirituelle, sociale, politique et environnementale. En vertu de toutes ces raisons, cette œuvre ne saurait être futile. Elle reflète la dimension réelle et réaliste de l’art qui extériorise les aspirations, les pensées et les messages des peuples. Malgré la désapprobation populaire influencée-je dirais-par l’intoxication journalistique-, Me WADE a eu le courage et surtout la vision de poser pierre sur pierre, suivant l’exemple du poète Senghor, bâtisseur du mythique théâtre national Daniel SORANO où depuis les indépendances se produisent concerts de musique, ballets, cérémonies traditionnelles, rencontres littéraires...
L’occasion fut donnée à nos artistes de défendre leur cause, mais ils ont fait preuve d’une lâcheté inouïe en abandonnant la lutte. Pis, en participant sournoisement au lynchage de celui qui fut le gardien du temple des arts et des lettres. Eux qui se plaignent tout le temps de leurs conditions de travail et la marginalisation dont ils se disent victimes.
Le Grand théâtre national, l’autre bijou de Wade, témoigne des prestigieux legs que le fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS) laisse au monde de la culture. L’entêtement de l’homme d’idées, détenteur de moyens d’action, a vraisemblablement déclenché l’ire de la classe intellectuelle, laquelle s’est résolue de rallier les instances des partis politiques pour combattre férocement l’ex-président jusqu’à sa chute lors des dernières élections. Les plus critiques occupent aujourd’hui les rangs de ministres-conseillers dans le nouveau régime. Ils boivent le thé sous les manguiers du palais de la République et on ne les entend presque plus.
Dans si Versailles m’était conté, Sasha Guitry écrit :
« On nous dit que nos rois dépensaient sans compter,
Ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.
Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,
Ne nous mettaient-ils pas notre argent de coté ? »
Cette strophe pourrait nous aider à relativiser nos jugements. Certes le cout du projet -entre 9 et 15 milliards de FCFA (15 à 23 millions d’euros)- peut paraitre pharaonique et insupportable pour une modeste économie. D’ailleurs avec les conditions de passation de marchés publics et d’utilisation des fonds du Trésor, c’est l’une des grandes interrogations qu’il fallait poser en vue d’élever le consensus national sur les financements de semblables programmes. Et, en bon diplomate, Wade aurait pu convaincre ses homologues et sensibiliser davantage les opinions publiques des autres pays –ainsi qu’il l’a fait sur d’autres dossiers africains- sur la nécessité et les ressources disponibles pour l’édification de ce patrimoine commun. A ce propos, je suis d’avis qu’il n’est pas exempt de tout reproche. Un consensus continental qui serait gage de crédibilité et pousserait les réticents à adhérer à l’initiative. Rien de cela ne fut possible. Les différents acteurs se sont regardés en chiens de faïence. Les échanges ont abouti aux habituelles querelles politico-politiciennes. Or le vin avait été déjà tiré.
Désormais, Wade s’est retiré des affaires. L’actuel gouvernement assure la continuité de l’Etat. Il a la responsabilité de la gestion des biens nationaux. La rentabilisation des investissements passe par une exploitation sérieuse de la statue au même titre que les entreprises nationales. Il serait inacceptable d’abandonner cet amas de bronze et de cuivre à la rouille ou de penser à le faire sauter comme le préconisent les mauvaises langues.
Aujourd’hui les principales villes du monde doivent leur popularité à des monuments érigés depuis des lustres. La Tour Effel et la Conciergerie à Paris, la statue de la Liberté à New York, la Grande Muraille de Chine, le Sphinx en Egypte, l’Acropole en Grèce, la Basilique Ste-Sophie en Turquie, la Tour de Pise en Italie et j’en passe… Des hommes-génies ont eu l’audace de transformer la nature et laisser à la postérité un emblème flatteur de l’orgueil national. Ces blocs d’acier et de béton valent aujourd’hui des tonnes d’or. Générant d’importantes recettes financières, les retours sur investissement couvrent très largement leur cout de fabrication. Pareillement, le monument de la Renaissance augmenterait le nombre des points attractifs de la ville de Dakar.
La suite de l’assertion du Pr DIAGNE nous explique que les symboles ont intrinsèquement besoin de l’accueil favorable de la communauté pour pouvoir survivre. Malheureusement ceci n’a pas été le cas. Les critiques ont fusé de partout. Le rejet a été brusque. Partout la confusion a régné.
Les sermons dirigés contre le monument se fondent sur la condamnation par la loi islamique des peintures ou sculptures d’objets à forme humaine. D’autres évoquent une prétendue représentation des symboles maçonniques, sans en apporter une preuve sensée. A l’époque, Me Wade les avait taxés d’ignorants. A mon sens, leurs paroles renferment beaucoup de paradoxes. Parmi les religieux aux critiques acerbes figurent en bonne place des érudits qui ont suivi des cours de théologie dans les universités égyptiennes. Or ce pays exalte la grandeur des pyramides multiséculaires, lesquels incarnent pourtant le règne de Pharaon, l’un des plus féroces ennemis de Dieu, que l’histoire ait sécrété. Bizarre non ? A la fin de leurs études, ils auraient du écrire de longues thèses pour dénoncer la magnificence de ses stèles géantes dans un pays musulman. Ou nos imams approuveraient-ils de façon implicite l’action des intégristes démolisseurs de mausolées, qui imposent actuellement dans le Nord du Mali, (leur) interprétation stricte des enseignements du Coran ?
Les populations sénégalaises sont adeptes d’un islam sunnite d’inspiration mystique, particulièrement tolérant et favorable à l’édification de telles sépultures. Les sénégalais ne jugent que par leurs saints. Alors imaginez le pillage de nos cités religieuses et le saccage des mosquées abritant ces mausolées ou reposent de saints hommes.
Le journal Populaire continue en soulignant « les objectifs non atteints en termes de visiteurs et de recettes financières.» Mais l’auteur de l’article oublie délibérément de rappeler que l’attrait du monument est tributaire de la valeur que les sénégalais attachent à celui-ci. Si d’emblée ils n’en veulent pas, alors qui en voudra ? Le made in Senegal souffre globalement de l’indifférence des consommateurs locaux. Un dicton le confirme : « au Sénégal, on produit ce qu’on ne consomme pas et on consomme ce qu’on ne produit pas. » Nos parents paysans voient leurs récoltes sécher au soleil au moment ou nos importations enrichissent les riziculteurs asiatiques. L’exploitation du monument est rendue difficile par cette dure réalité.
De nos jours, quel habitant de cette planète ne connait pas la capitale française ? Paris accueille annuellement des millions de touristes. Ces derniers déboursent des milliers d’euros pour se faire photographier devant l’antenne de fer qui fait la fierté des habitants de Paname et des citoyens français en général. La statue de la Liberté ne fait pas moins en termes de visites et performances touristiques.
Par contre, je ne pense pas que les curieux du monde entier se seraient donné la peine de faire autant de kilomètres si les parisiens et les new-yorkais affichaient un désintéressement aussi flagrant que notre mépris à l’égard de nos propres richesses. Les images d’une créature couronnée tenant un flambeau sont vendues à travers des milliers de spots télévisés et films hollywoodiens. Le rêve américain est le produit le plus vendu au monde.
Ils sont nombreux ces compatriotes qui décorent leurs salons ou bureaux de travail avec des Tour Effel en miniature. Combien ont déjà gravi les 198 marches et payer les 3000 FCFA (environ 4.57 Euros) exigés à l’entrée ? Le journaliste l’affirme dans son rapport : la caissière préposée à l’accueil ne voit presque personne !
Mais les raisons d’une telle impopularité sont à chercher dans l’inconscience populaire. La capacité des gens majoritairement illettrés, à sortir les choses de leur contexte a été déterminante dans le rejet systématique du projet monumental. Les anecdotes sont légion. Voici deux petits exemples délirants :
Quelques jours après son inauguration, une personne me raconte que, en passant près du monument à bord de son véhicule, son ombre était tellement pesante qu’elle avait l’impression d’être soulevée par une force titanesque et emportée vers je ne sais où ! Une autre plus téméraire, sans doute douée d’un sens divinatoire, prédira que le monument est responsable des pluies torrentielles qui inondent le pays !
Que d’histoires fallacieuses !
1 de wikipédia.org
TAHIR SECK - tahirseck@hotmail.com
Des discussions houleuses, qui manquent souvent de clarté et de réflexion. Des questions pertinentes passées sous silence ou simplement mal libellées. Dès le début, les gens ont pris soin d’écarter tout argument utile pour rivaliser d’ardeur dans le tournoi olympique à l’issue duquel nous sortons toujours médaillés d’or et d’argent et de bronze : la polémique ! Ah ces maitres Pangloss… Mais pourquoi tant d’invectives, d’incompréhension et de confusion ?
Baptisé monument de la Renaissance africaine et représentant un robuste bonhomme, sa femme et leur enfant, il est selon son concepteur l’illustration artistique de l’histoire commune des populations du continent noir. Il s’agit de montrer au travers de cette famille tournée vers le changement, une « Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière 1. » En effet, à l’heure des théories autour des concepts d’identité, de civilisation et devant les énormes défis liés au développement économique, social, culturel et politique imposés par la mondialisation, l’Afrique a besoin de moyen fédérateur pour trouver des solutions concertées et durables aux calamités qui la fragilisent.
A ce propos, l’éminent philosophe Souleymane Bachir DIAGNE, enseignant à Colombia University, dans le « Soleil » n°11888 du mercredi 13 Janvier 2010 dira, je cite : « je pense qu’un pays ou une région doit avoir des symboles, des slogans mobilisateurs. L’humain est ainsi fait qu’il a besoin de symbole pour orienter son action. Donc, un monument à la renaissance africaine a un sens dans le contexte que voila. Maintenant les symboles, on les pose. Ce qui transforme un monument en un véritable symbole, c’est l’adhésion la plus large possible ».
L’intervention du professeur nous édifie sur la nécessité de dépasser le cap des vains discours symboliques dont on berce les rêveurs d’une Afrique unie. M. Wade aurait-il compris qu’il était temps de matérialiser et « donner vie » aux idées-fétiches –paix, solidarité, liberté, unité, panafricanisme, humanisme…- dont nous nous réclamons sans cesse dans un contexte universel marqué par les inéluctables changements d’origine technologique, spirituelle, sociale, politique et environnementale. En vertu de toutes ces raisons, cette œuvre ne saurait être futile. Elle reflète la dimension réelle et réaliste de l’art qui extériorise les aspirations, les pensées et les messages des peuples. Malgré la désapprobation populaire influencée-je dirais-par l’intoxication journalistique-, Me WADE a eu le courage et surtout la vision de poser pierre sur pierre, suivant l’exemple du poète Senghor, bâtisseur du mythique théâtre national Daniel SORANO où depuis les indépendances se produisent concerts de musique, ballets, cérémonies traditionnelles, rencontres littéraires...
L’occasion fut donnée à nos artistes de défendre leur cause, mais ils ont fait preuve d’une lâcheté inouïe en abandonnant la lutte. Pis, en participant sournoisement au lynchage de celui qui fut le gardien du temple des arts et des lettres. Eux qui se plaignent tout le temps de leurs conditions de travail et la marginalisation dont ils se disent victimes.
Le Grand théâtre national, l’autre bijou de Wade, témoigne des prestigieux legs que le fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS) laisse au monde de la culture. L’entêtement de l’homme d’idées, détenteur de moyens d’action, a vraisemblablement déclenché l’ire de la classe intellectuelle, laquelle s’est résolue de rallier les instances des partis politiques pour combattre férocement l’ex-président jusqu’à sa chute lors des dernières élections. Les plus critiques occupent aujourd’hui les rangs de ministres-conseillers dans le nouveau régime. Ils boivent le thé sous les manguiers du palais de la République et on ne les entend presque plus.
Dans si Versailles m’était conté, Sasha Guitry écrit :
« On nous dit que nos rois dépensaient sans compter,
Ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.
Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,
Ne nous mettaient-ils pas notre argent de coté ? »
Cette strophe pourrait nous aider à relativiser nos jugements. Certes le cout du projet -entre 9 et 15 milliards de FCFA (15 à 23 millions d’euros)- peut paraitre pharaonique et insupportable pour une modeste économie. D’ailleurs avec les conditions de passation de marchés publics et d’utilisation des fonds du Trésor, c’est l’une des grandes interrogations qu’il fallait poser en vue d’élever le consensus national sur les financements de semblables programmes. Et, en bon diplomate, Wade aurait pu convaincre ses homologues et sensibiliser davantage les opinions publiques des autres pays –ainsi qu’il l’a fait sur d’autres dossiers africains- sur la nécessité et les ressources disponibles pour l’édification de ce patrimoine commun. A ce propos, je suis d’avis qu’il n’est pas exempt de tout reproche. Un consensus continental qui serait gage de crédibilité et pousserait les réticents à adhérer à l’initiative. Rien de cela ne fut possible. Les différents acteurs se sont regardés en chiens de faïence. Les échanges ont abouti aux habituelles querelles politico-politiciennes. Or le vin avait été déjà tiré.
Désormais, Wade s’est retiré des affaires. L’actuel gouvernement assure la continuité de l’Etat. Il a la responsabilité de la gestion des biens nationaux. La rentabilisation des investissements passe par une exploitation sérieuse de la statue au même titre que les entreprises nationales. Il serait inacceptable d’abandonner cet amas de bronze et de cuivre à la rouille ou de penser à le faire sauter comme le préconisent les mauvaises langues.
Aujourd’hui les principales villes du monde doivent leur popularité à des monuments érigés depuis des lustres. La Tour Effel et la Conciergerie à Paris, la statue de la Liberté à New York, la Grande Muraille de Chine, le Sphinx en Egypte, l’Acropole en Grèce, la Basilique Ste-Sophie en Turquie, la Tour de Pise en Italie et j’en passe… Des hommes-génies ont eu l’audace de transformer la nature et laisser à la postérité un emblème flatteur de l’orgueil national. Ces blocs d’acier et de béton valent aujourd’hui des tonnes d’or. Générant d’importantes recettes financières, les retours sur investissement couvrent très largement leur cout de fabrication. Pareillement, le monument de la Renaissance augmenterait le nombre des points attractifs de la ville de Dakar.
La suite de l’assertion du Pr DIAGNE nous explique que les symboles ont intrinsèquement besoin de l’accueil favorable de la communauté pour pouvoir survivre. Malheureusement ceci n’a pas été le cas. Les critiques ont fusé de partout. Le rejet a été brusque. Partout la confusion a régné.
Les sermons dirigés contre le monument se fondent sur la condamnation par la loi islamique des peintures ou sculptures d’objets à forme humaine. D’autres évoquent une prétendue représentation des symboles maçonniques, sans en apporter une preuve sensée. A l’époque, Me Wade les avait taxés d’ignorants. A mon sens, leurs paroles renferment beaucoup de paradoxes. Parmi les religieux aux critiques acerbes figurent en bonne place des érudits qui ont suivi des cours de théologie dans les universités égyptiennes. Or ce pays exalte la grandeur des pyramides multiséculaires, lesquels incarnent pourtant le règne de Pharaon, l’un des plus féroces ennemis de Dieu, que l’histoire ait sécrété. Bizarre non ? A la fin de leurs études, ils auraient du écrire de longues thèses pour dénoncer la magnificence de ses stèles géantes dans un pays musulman. Ou nos imams approuveraient-ils de façon implicite l’action des intégristes démolisseurs de mausolées, qui imposent actuellement dans le Nord du Mali, (leur) interprétation stricte des enseignements du Coran ?
Les populations sénégalaises sont adeptes d’un islam sunnite d’inspiration mystique, particulièrement tolérant et favorable à l’édification de telles sépultures. Les sénégalais ne jugent que par leurs saints. Alors imaginez le pillage de nos cités religieuses et le saccage des mosquées abritant ces mausolées ou reposent de saints hommes.
Le journal Populaire continue en soulignant « les objectifs non atteints en termes de visiteurs et de recettes financières.» Mais l’auteur de l’article oublie délibérément de rappeler que l’attrait du monument est tributaire de la valeur que les sénégalais attachent à celui-ci. Si d’emblée ils n’en veulent pas, alors qui en voudra ? Le made in Senegal souffre globalement de l’indifférence des consommateurs locaux. Un dicton le confirme : « au Sénégal, on produit ce qu’on ne consomme pas et on consomme ce qu’on ne produit pas. » Nos parents paysans voient leurs récoltes sécher au soleil au moment ou nos importations enrichissent les riziculteurs asiatiques. L’exploitation du monument est rendue difficile par cette dure réalité.
De nos jours, quel habitant de cette planète ne connait pas la capitale française ? Paris accueille annuellement des millions de touristes. Ces derniers déboursent des milliers d’euros pour se faire photographier devant l’antenne de fer qui fait la fierté des habitants de Paname et des citoyens français en général. La statue de la Liberté ne fait pas moins en termes de visites et performances touristiques.
Par contre, je ne pense pas que les curieux du monde entier se seraient donné la peine de faire autant de kilomètres si les parisiens et les new-yorkais affichaient un désintéressement aussi flagrant que notre mépris à l’égard de nos propres richesses. Les images d’une créature couronnée tenant un flambeau sont vendues à travers des milliers de spots télévisés et films hollywoodiens. Le rêve américain est le produit le plus vendu au monde.
Ils sont nombreux ces compatriotes qui décorent leurs salons ou bureaux de travail avec des Tour Effel en miniature. Combien ont déjà gravi les 198 marches et payer les 3000 FCFA (environ 4.57 Euros) exigés à l’entrée ? Le journaliste l’affirme dans son rapport : la caissière préposée à l’accueil ne voit presque personne !
Mais les raisons d’une telle impopularité sont à chercher dans l’inconscience populaire. La capacité des gens majoritairement illettrés, à sortir les choses de leur contexte a été déterminante dans le rejet systématique du projet monumental. Les anecdotes sont légion. Voici deux petits exemples délirants :
Quelques jours après son inauguration, une personne me raconte que, en passant près du monument à bord de son véhicule, son ombre était tellement pesante qu’elle avait l’impression d’être soulevée par une force titanesque et emportée vers je ne sais où ! Une autre plus téméraire, sans doute douée d’un sens divinatoire, prédira que le monument est responsable des pluies torrentielles qui inondent le pays !
Que d’histoires fallacieuses !
1 de wikipédia.org
TAHIR SECK - tahirseck@hotmail.com

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