Que pensez-vous des avortements clandestins ?
Vous comprendrez que je me garde de juger les gens. Mais l’avortement clandestin, c’est interdit par la loi au Sénégal et quand on le fait, on est hors la loi. Alors, il y a des autorités judiciaires pour juger ces cas. Mais la plupart du temps, ce sont les avortements clandestins qui tournent mal que l’on voit. Ce qui n’est en vérité que la partie visible de l’Iceberg. Il se passe beaucoup plus d’avortements clandestins, mais quand ça se passe bien d’habitude, on ne le sait pas.
Vous connaissiez le Cytotec comme médicament pour avorter ?
Le Cytotec ou Misoprostol est une molécule qui a une autorisation de mise en marché pour les traitements des ulcères gastroduodénaux, surtout dans leur prévention. C’est maintenant dans la pratique qu’on s’est rendu compte que cette molécule pouvait entraîner des contractions utérines et quand la grossesse est jeune, on peut faire avorter la femme ou la fille avec ce médicament. Donc, à l’origine, ce traitement n’a pas été conçu pour ça. Et d’ailleurs, jusque-là, l’autorisation de mise en marche pour un effet abortif n’existe pas. Par contre, il nous arrive nous autres gynécologues d’utiliser cette molécule dans certains cas légaux. D’abord, quand on veut parfois déclencher un accouchement, on l’utilise d’habitude à des dosages déterminés parce qu’il y a des protocoles bien connus. L’autre chose, c’est dans les cas de rétention d’oeuf mort, c'est-à-dire quand l’enfant est décédé déjà dans l’utérus, ou bien quand la grossesse est arrêtée depuis un moment et qu’elle a dépassé les 13 semaines d’aménorrhée, cela veut dire les 3 mois. A ce moment-là, on utilise cette molécule pour déclencher l’expulsion de l’oeuf qui est déjà mort. Maintenant, l’utilisation du misoprostol à titre abortif, c’est bien clandestin. Aujourd’hui, on est au siècle de l’information et les jeunes filles peuvent aller sur le net et trouver toutes formes de protocoles dans des sites qu’elles connaissent. Malheureusement, elles peuvent se procurer aussi cette molécule en vente dans certaines pharmacies à d’autres fins.
Quelles en sont les conséquences ?
La première, c’est que ça peut entraîner ce qu’on appelle des métrorragies incontrôlées. C'est-à-dire des saignements incontrôlés qui peuvent entraîner des états d’anémie aiguë grave et qui peuvent même être mortelles. Ensuite, ce sont des anémies parce qu’elles cachent dès fois ces saignements qui, à s’y méprendre, les parents peuvent croire que ce sont des règles. Ces saignements qui perdurent entraînent des anémies chroniques qui peuvent avoir d’autres retentissements au niveau du coeur de la fille entraînant l’insuffisance cardiaque, difficile à gérer. Il peut aussi y avoir des contractions si la grossesse a atteint un certain volume et si l’utérus (chez certaines personnes qui feront d’autres grossesses)
est assez «laminé». En ce moment là, les ruptures utérines ne sont pas rares. Dans certaines études, on a vu qu’il y a eu des femmes qui ont utilisé le Cytotec à des doses qu’elles ont dépassées, et après ce sont des ruptures utérines. Alors, la femme va saigner dans son ventre et cela emporte d’habitude celles qui font ces pratiques là.
Quelles séquelles peuvent-elles laisser ?
Ce qui différencie l’avortement par les produits chimiques, les médicaments par exemple, des autres types d’avortement, tels les curetages abrasifs avec du métal et autres, c’est que ces derniers peuvent entraîner des synéchies, c'est-à-dire un accolement des parois de l’utérus. Et malheureusement, cela entraîne une stérilité secondaire. Par contre, les médicaments d’habitude ne le font pas. Mais ils peuvent entraîner un avortement incomplet. Et quand c’est le cas, s’il y a l’oeuf qui se sur-infecte à l’intérieur, ça peut entraîner une synéchie plus tard. Parce que l’infection entretient la synéchie. Et dépendant de la localisation de cette dernière, ça peut entraîner un abouchement des trompes et quand cela se passe, il y a une infertilité tubaire.
Que risquent-elles en cas de surdosage ?
Avec les surdosages, il faut faire attention. Car, pour le Cytotec, on peut rapidement juguler le surdosage, mais quand il s’agit d’autres molécules, telles que certaines hormones de la famille des progestatifs ou des combinés, c’est plus compliqué. Il y a eu des cas d’accidents graves, allant même jusqu’à la mort subite d’une personne comme les arrêts cardiaques. Ce sont des choses qui ont été décrites dans les études engagées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) dans l’utilisation de certains produits, surtout chimiques.
Que pouvez-vous dire aux filles qui se font avorter avec ces médicaments, sans avis médical ?
C’est très dangereux. Je ne les juge pas, mais d’habitude ce sont des filles qui sont prises d’affolement. D’autre part aussi, elles n’ont pas les moyens d’aller consulter un gynécologue. Il y a ce qu’on appelle un avortement médicalisé, quand le pronostic maternel est sérieusement engagé, en ce moment-là, on préfère sacrifier l’enfant et sauver la mère. Mais je n’en connais pas d’autres formes qui soient autorisées au Sénégal. L’abstinence sexuelle, c’est l’idéal. Mais à défaut, il existe la contraception qui est là, bien codifiée à laquelle toute personne peut, si elle le souhaite, avoir accès. Une fille qui commence déjà à avoir une activité sexuelle se doit d’aller voir un personnel médical, si elle ne veut pas tomber enceinte. Parce que, quelle que soit la situation, le risque est bien là. C’est mieux de ne pas contracter une grossesse que le contraire et faire des pratiques qui, non seulement, sont illicites, mais peuvent entraîner malheureusement la mort.
Vous comprendrez que je me garde de juger les gens. Mais l’avortement clandestin, c’est interdit par la loi au Sénégal et quand on le fait, on est hors la loi. Alors, il y a des autorités judiciaires pour juger ces cas. Mais la plupart du temps, ce sont les avortements clandestins qui tournent mal que l’on voit. Ce qui n’est en vérité que la partie visible de l’Iceberg. Il se passe beaucoup plus d’avortements clandestins, mais quand ça se passe bien d’habitude, on ne le sait pas.
Vous connaissiez le Cytotec comme médicament pour avorter ?
Le Cytotec ou Misoprostol est une molécule qui a une autorisation de mise en marché pour les traitements des ulcères gastroduodénaux, surtout dans leur prévention. C’est maintenant dans la pratique qu’on s’est rendu compte que cette molécule pouvait entraîner des contractions utérines et quand la grossesse est jeune, on peut faire avorter la femme ou la fille avec ce médicament. Donc, à l’origine, ce traitement n’a pas été conçu pour ça. Et d’ailleurs, jusque-là, l’autorisation de mise en marche pour un effet abortif n’existe pas. Par contre, il nous arrive nous autres gynécologues d’utiliser cette molécule dans certains cas légaux. D’abord, quand on veut parfois déclencher un accouchement, on l’utilise d’habitude à des dosages déterminés parce qu’il y a des protocoles bien connus. L’autre chose, c’est dans les cas de rétention d’oeuf mort, c'est-à-dire quand l’enfant est décédé déjà dans l’utérus, ou bien quand la grossesse est arrêtée depuis un moment et qu’elle a dépassé les 13 semaines d’aménorrhée, cela veut dire les 3 mois. A ce moment-là, on utilise cette molécule pour déclencher l’expulsion de l’oeuf qui est déjà mort. Maintenant, l’utilisation du misoprostol à titre abortif, c’est bien clandestin. Aujourd’hui, on est au siècle de l’information et les jeunes filles peuvent aller sur le net et trouver toutes formes de protocoles dans des sites qu’elles connaissent. Malheureusement, elles peuvent se procurer aussi cette molécule en vente dans certaines pharmacies à d’autres fins.
Quelles en sont les conséquences ?
La première, c’est que ça peut entraîner ce qu’on appelle des métrorragies incontrôlées. C'est-à-dire des saignements incontrôlés qui peuvent entraîner des états d’anémie aiguë grave et qui peuvent même être mortelles. Ensuite, ce sont des anémies parce qu’elles cachent dès fois ces saignements qui, à s’y méprendre, les parents peuvent croire que ce sont des règles. Ces saignements qui perdurent entraînent des anémies chroniques qui peuvent avoir d’autres retentissements au niveau du coeur de la fille entraînant l’insuffisance cardiaque, difficile à gérer. Il peut aussi y avoir des contractions si la grossesse a atteint un certain volume et si l’utérus (chez certaines personnes qui feront d’autres grossesses)
est assez «laminé». En ce moment là, les ruptures utérines ne sont pas rares. Dans certaines études, on a vu qu’il y a eu des femmes qui ont utilisé le Cytotec à des doses qu’elles ont dépassées, et après ce sont des ruptures utérines. Alors, la femme va saigner dans son ventre et cela emporte d’habitude celles qui font ces pratiques là.
Quelles séquelles peuvent-elles laisser ?
Ce qui différencie l’avortement par les produits chimiques, les médicaments par exemple, des autres types d’avortement, tels les curetages abrasifs avec du métal et autres, c’est que ces derniers peuvent entraîner des synéchies, c'est-à-dire un accolement des parois de l’utérus. Et malheureusement, cela entraîne une stérilité secondaire. Par contre, les médicaments d’habitude ne le font pas. Mais ils peuvent entraîner un avortement incomplet. Et quand c’est le cas, s’il y a l’oeuf qui se sur-infecte à l’intérieur, ça peut entraîner une synéchie plus tard. Parce que l’infection entretient la synéchie. Et dépendant de la localisation de cette dernière, ça peut entraîner un abouchement des trompes et quand cela se passe, il y a une infertilité tubaire.
Que risquent-elles en cas de surdosage ?
Avec les surdosages, il faut faire attention. Car, pour le Cytotec, on peut rapidement juguler le surdosage, mais quand il s’agit d’autres molécules, telles que certaines hormones de la famille des progestatifs ou des combinés, c’est plus compliqué. Il y a eu des cas d’accidents graves, allant même jusqu’à la mort subite d’une personne comme les arrêts cardiaques. Ce sont des choses qui ont été décrites dans les études engagées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) dans l’utilisation de certains produits, surtout chimiques.
Que pouvez-vous dire aux filles qui se font avorter avec ces médicaments, sans avis médical ?
C’est très dangereux. Je ne les juge pas, mais d’habitude ce sont des filles qui sont prises d’affolement. D’autre part aussi, elles n’ont pas les moyens d’aller consulter un gynécologue. Il y a ce qu’on appelle un avortement médicalisé, quand le pronostic maternel est sérieusement engagé, en ce moment-là, on préfère sacrifier l’enfant et sauver la mère. Mais je n’en connais pas d’autres formes qui soient autorisées au Sénégal. L’abstinence sexuelle, c’est l’idéal. Mais à défaut, il existe la contraception qui est là, bien codifiée à laquelle toute personne peut, si elle le souhaite, avoir accès. Une fille qui commence déjà à avoir une activité sexuelle se doit d’aller voir un personnel médical, si elle ne veut pas tomber enceinte. Parce que, quelle que soit la situation, le risque est bien là. C’est mieux de ne pas contracter une grossesse que le contraire et faire des pratiques qui, non seulement, sont illicites, mais peuvent entraîner malheureusement la mort.

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