ME DEMBA CIRÉ BATHILY, AVOCAT : «L’arrêté du ministre de l’intérieur est illégal, les Sénégalais ont raison de dire non»

Jeudi 26 Janvier 2012

Les acteurs politiques ne sont pas les seuls à condamner l’arrêté du ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom, interdisant toute manifestation sur
l’ensemble du territoire national du 26 au 30 janvier. Des juristes ont défendu la même thèse. C’est le cas de certains avocats dont Me Demba Ciré Bathily, avocat au barreau de Dakar. Joint par téléphone, l’avocat défenseur des droits de l’homme a soutenu que «l’arrêté ministériel est illégal dans la mesure où il est contraire à la Constitution qui est la norme suprême de l’Etat». «Le droit de manifestation fait partie de la liberté d’expression qui est un droit soumis à une déclaration préalable auprès de l’autorité qui peut l’autoriser ou le rejeter, selon des circonstances bien déterminées par la Constitution», a t-il expliqué. À l’en croire, «ce qu’il (Ousmane Ngom) a fait est extrêmement grave. Il s’est arrogé d’un pouvoir qu’aucune loi ne lui donne. Et de par cet acte, il met le Sénégal dans un régime d’exception assimilable à un Etat d’urgence ou un Etat de siège et il porte atteinte aux droits des Sénégalais». Apparemment outré par cet acte du ministre, l’avocat de lancer «de telles façons de faire relèvent de la dictature, une chose qui est révolue». Avant d’ajouter, «ce n’est pas parce qu’il est ministre qu’il a le droit de confisquer ma liberté. Les Sénégalais ont raison de dire non». Face à cette situation, l’avocat et membre d’Amnesty International a exhorté le retrait «immédiat de l’acte». Et rappelle l’adage: «De l’oppression naît la résistance ». Maintenant, poursuit-il, « il faut que cet acte soit immédiatement retiré, sinon s’il y a des conséquences déplorables, l’Etat doit se tenir comme seul responsable». Toutefois, il précise que «même s’il y a violation de la loi Constitutionnelle, l’opposition doit se soumettre à la procédure normale. Elle doit toujours introduire une lettre d’information à l’autorité avant de tenir une quelconque manifestation», a conseillé Me Bathily.

«Il ressort une violation grave et manifeste de la liberté d’expression», selon l’ordre des avocats

Le conseil de l’ordre des avocats du Sénégal, conformément à sa « mission de défense des droits et libertés », a apprécié l’arrêté du minitre de l’intérieur Me Ousmane Ngom portant interdiction temporaire de manifestations sur la voie publique. Après avoir examiné ledit arrêté, les avocats
déclarent «qu’il ressort une violation grave et manifeste de la liberté d’expression, de manifestation et de circulation consacrée par la constitution de notre pays». Pour eux, les mesures de sécurité invoquées par le ministre de l’intérieur sont loin de convaincre le Conseil de l’ordre. Le bâtonnier de l’ordre des avocats Alioune Badaa Fall et ses collègues déclarent que si «l’Etat dispose de force lui permettant de rendre effective la mesure d’interdiction sur toute l’étendue du territoire ntional, il peut tout aussi bien assurer aux citoyens la liberté de manifester leurs opinions dans la paix civile, sans dérapages, en les encadrant, au besoin ». Mieux poursuivent-ils, « l’autorité administrative ne peut porter atteinte à l’exercice de droits constitutionnels reconnus aux citoyens que dans des cas exceptionnels, strictement limités par la loi ». C’est pourquoi, le conseil de l’ordre appelle tous ls acteurs (citoyens, partis politiques et pouvoirs publics) à faire preuve de responsabilité pour préserver la paix sociale et l’Etat de droit ».
Jacques Ngor SARR

TEUSS

Exactions

Les procureurs de la Cpi ont du pain sur la planche. Le Sénégal recèle actuellement de matière à enquête. Les répressions sanglantes des manifestations de ces derniers jours ont atteint un point tellement critique avec les morts qui se multiplient, qu’il devient urgent de braquer un faisceau de lumière judiciaire sur les contours dans lesquels ces drames sont survenus, dévoiler les auteurs de ces exactions, leurs commanditaires. Parce que ce qui se passe dépasse la seule répression de manifestations. Ça en devient de la torture pure et simple et les images de télé sont là pour souvent le prouver. Juste un oeil sur ce qui s’est passé à Cambérène avec des interpellés assaillis par des gendarmes qui leur donnent de violents coups de matraque. De la violence aveugle, comme quand la police tire à bout portant ses lacrymogènes sur des candidats, blesse d’autres manifestants. Il y a une question à laquelle il faudra répondre en attendant que l’heure des comptes arrive, certainement aussi pour les auteurs de ces violences et leurs commanditaires : qu’est ce qui fait que nos forces de l’ordre sont si violentes. Ontelles été (re)dressées pour tuer ?
Samba ALAAR

EDITORIAL

Wade ira-t-il même au 2ème tour ?

Il faut que la presse et tous les Sénégalais en général se libèrent d’un enfermement psychologique ourdi par les officines privées de propagande françaises, payées à prix d’or par Karim Wade, et qui veulent ancrer dans nos têtes que le président Wade gagnera la prochaine élection au premier tour. Pour justement nous enfermer dans une autre croyance, celle qui voudrait que le candidat sortant soit attendu, comme naturellement, au deuxième tour. C’est un tour de passe-passe à double détente. Parce qu’amener Wade au deuxième tour pourrait apparaître comme une victoire à ceux qui craignaient le pire, annoncé et déjà inconsciemment intégré comme une possibilité. Or, des organismes gouvernementaux occidentaux, qui font ce type de travail pour leurs gouvernements et non pour des profits surévalués, sont formels : il est une probabilité plus que forte que même cette étape du deuxième tour ne soit pas atteinte par le candidat des Fal.

Par Pape Samba KANE

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