Lettre ouverte à maître Wade
L'heure est grave Monsieur le Président! Le glas a sonné et continue de sonner en attendant que vous prêtiez une oreille attentive. Ne faites pas le sourd, ne simulez pas une indifférence alors que votre cœur vous interpelle.
Non, votre cœur ne peut pas être si dur pour se complaire dans un tel chaos; votre main ne peut pas être si rude pour mater des hommes déjà assez stigmatisés par les affres de votre règne. Vous promettiez de ne pas marcher sur des cadavres pour entrer au palais, ne faillissez pas en roulant sur des cadavres, à moins de vouloir ériger votre "wax waxeet" en norme de conduite. Nous osons espérer que vous n'en ferez pas tout de même une loi à entériner par vos représentants à l'Assemblée National à l'image de cette pléthore de lois arbitraires.
Par amour pour le peuple qui vous a élu et admiré pendant de longues années, acceptez aujourd'hui leur "wax waxeet" motivé et justifié par le vôtre. Vous étiez debout pour le Sénégal comme le père de la Nation, maintenant vous êtes alité, biologiquement affecté par le poids des années, n'emportez pas avec vous toute la Nation. Le tapis rouge est déroulé pour votre sortie. Hélas, il n'est pas rouge d'honneur, mais du sang de tes petits-fils sénégalais. Trêve de fierté alors car "honni soit qui pourrait rire pendant que (le Sénégal) brûle, s'il n'a le cœur de Néron." Ils sont nombreux ces hommes qui, aujourd'hui, font la honte de leur famille, de leur pays et même de l'humanité entière parce qu'ayant porté la faucheuse contre leur peuple, ils moissonnaient pour que leurs greniers familiaux regorgent de vivres, affaissant ainsi ceux qu'ils étaient censés servir. Vous qui devez être le premier à incarner les vertus de jam, jom et jub reconnues au pays de la teranga, évitez d'effacer notre noble nom du panthéon des rares promoteurs de paix sur la planète bleue.
Ne voyez-vous pas que d'un coup tout est entrain de tourner au vinaigre? Les manifestations protestataires fusent de partout; une mairie de Benno est attaquée en plein jour et déroule son film inédit; des innocents sont arrêtés à tort; nos lions(sceaux) de la Nation s'offrent la dernière place au récent tournoi continental, et j'en passe. Lisez les signes des temps et interprétez-les à juste titre, nous serons convaincus de votre appel à la paix.
Maître, vous vous targuez souvent d'être un homme imbu de fortes connaissances intellectuelles, analysez donc et prenez à votre compte ces mots de Platon:"Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités ou ceux qu'on appelle aujourd'hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes; tant que la puissance politique et la philosophie ne se rencontreront pas dans le même sujet, (...) il n'y aura de cesse (...) aux maux de la cité, ni, ce me semble, à ceux du genre humain." (Platon, La République, V, 473 c-d).
Etre philosophe pour vous aujourd'hui, c'est accepter de renoncer aux intérêts personnels ou familiaux au profit de Votre peuple; c'est renoncer à certains privilèges étatiques, fussent-ils fondés sur le droit, pour sauver la face de votre pays. Le droit est fait pour l'homme et non l'homme pour le droit. En tant que juriste féru, vous connaissez mieux que moi le principe selon lequel "Mors omnia solvit", acceptez que je commette un schisme juridique en sortant cette sentence de son contexte pour vous dire que dès qu'il y a mort d'homme, vous devez fermer les yeux sur le droit qui, prétendez-vous, vous autorise à un troisième mandat. Je ne m'attarde donc pas sur des principes juridiques, c'est hors de ma compétence, mais plutôt sur le bon sens qui, selon Descartes, est la chose la mieux partagée. Senghor n'avait-il, pas le privilège de la Constitution pour rester au pouvoir? Et pourtant il s'en est allé, se jugeant non indispensable. Quelle ne fut pas sa grandeur!
Maître! Si vous ne voulez pas que ce titre soit seulement un verni qui ne sert qu'à embellir votre "curriculum vitae", donnez lui un contenu digne, comportez-vous en maître. Votre titre vous défend du crime de lèse-majesté, votre office nous défend de celui de lèse-société.
Au soir de votre vie, préférez plutôt l'honneur à votre bonheur propre.
Avec tout le respect que je vous dois, de grâce partez.
Michel Coumba Cor SENE, Etudiant
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L’hommage
Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR
«Essamay», le repos éternel du guerrier
En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.
Harouna DEME
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