Le Conseil insurrectionnel met Karim en orbite

Lundi 30 Janvier 2012

Où vont nous mener les ambitions devenues irréfrénables de Karim Wade ? Il nous est revenu, en ces jours graves pour notre pays, que le chef d’orchestre de toutes ces manoeuvres grossières autour de la question électorale n’est autre que Karim Wade. Si son père n’a pas annoncé, comme en plusieurs occasions il l’aurait voulu, dont la dernière serait son message à la nation de la fin de l’année, son retrait du pouvoir – message attendu deux heures et demie après l’heure convenue par le peuple anxieux-, ce serait à cause de lui. Soit parce qu’on l’aurait encore convaincu que le projet insensé de se faire succéder par son fils, avait encore quelque chance de succès. Soit parce que l’héritier présomptif lui-même se serait opposé à ce que Papa renonçât au pouvoir. Le vieux avait déjà tant trimé, à ses yeux, qu’il serait dommage qu’il abandonna, si près du but. Son aversion pour Souleymane Ndéné Ndiaye étant bien connu, le petit serait encore derrière toutes les couleuvres que le président fait avaler à son PM depuis qu’il l’a nommé Directeur de campagne. D’abord, il lui a mis Djibo Kâ dans les jambes comme une sorte d’alter ego au titre du « Fal 2012 », ensuite, Pape Diop, nommé Délégué général aux élections pour le compte de la coalition, hiérarchiquement au-dessus
de Souleymane Ndéné, selon la presse qui avait révélé l’information. La démission d’Abdou Fall, directeur de cabinet politique du Président Wade serait aussi à mettre au compte de « l’impopulaire Karim Wade », selon une formule très prisée par la presse étrangère, du fait de l’insoumission à son autorité diffuse du très politique ancien ministre de la Santé.

La question du « Plan B » - c’est-à-dire le dépôt d’une autre candidature du parti à côté de celle de Wade- dont, en son temps, aurait disposé le Pds, « au cas où… », ainsi que l’avait annoncé à la presse laministre d’Etat Awa Guèye Kébé, Karim l’avait fait écarter. Mettant du coup une pression énorme, la plus énorme de toutes, sur le Conseil constitutionnel. Et soumettant son père à une sorte d’obligation de résultat, dès lors que sa candidature écartée équivaudrait à un suicide politique personnel, un naufrage collectif pour toutes ses familles, politique et biologique. Le président de la République, l’homme le plus puissant au Sénégal, après Dieu et le peuple (pour ce dernier, quand il sera vraiment excédé ; ce dont il n’est pas loin), était donc contraint d’user de tous les moyens imaginables pour contraindre les juges. Et il ne s’en est pas privé. De la coercition aux récompenses, les bruits qui courent dans les salons –et qui n’ont rien à voir avec les cinq millions d’augmentation de leurs salaires- sur comment ont été amadoués les cinq sages pour les métamorphoser en « Les cinq mages », ne sont peut-être pas que des bruits. Les moyens utilisés n’auraient rien à envier à ceux de Cosa Nostra… Pourtant, au début de l’alternance, et c’était très sensé, un banquier (un vrai) lors de discussions avec ses amis, tournait leurs angoisses en dérision quant à un projet de succession, dans le cadre d’une « monarchisation démocratique » du Sénégal. Selon ce banquier par ailleurs plein d’humour, il ne fallait pas qu’on se prenne la tête, Karim Wade était en quête d’un trésor non pas de guerre, mais d’un trésor de jouissance de 200 millions de dollars. Et quand il les aurait, il se taillerait pour se la couler douce à travers le monde. Et à la question de savoir pourquoi Karim voulait tant d’argent, notre banquier répondra que c’était pour lui, une façon de s’assurer pouvoir continuer à vivre sur le même pied, c’est-à-dire, à l’époque, « voyager en première, disposer d’un appartement dans toutes les grandes villes d’Europe et d’Amérique, avoir une domesticité à sa disposition », etc. Selon donc notre banquier, le garçon n’était qu’un sybarite en quête de voluptés terrestres. Et on pouvait le croire, et on a pu le croire longtemps encore, avec sa propension au jet privé, son amour pour les terres de farniente comme le Maroc, sur fond d’emmagasinage de milliards tant que, si on en croit Wikileaks - et pourquoi pas-, des diplomates américains ont surnommé le fils Wade « Monsieur 15% ». Or sur quoi a travaillé Karim où il pourrait picorer 15% ? Réponse : Les chantiers de l’Anoci (450 milliards), l’autoroute à péage non encore achevée (déjà 320 milliards), le plan Takkal (600 milliards), l’aéroport Blaise Diagne ; et quelques autres menu machins tels DP World, Air Sénégal International, puis Sénégal Airlines , etc., etc., etc. 15% de tout cela, ça fait quand même un bon paquet. Et là, on retrouve le fils d’Abdoulaye Wade au coeur d’intrigues visant à écarter tout sur son passage pour se frayer un chemin vers le pouvoir, au risque de voir le pays exploser entre les mains de son père ? Où est passé le sybarite, jouisseur et avide que d’argent ? A ce stade, que dit notre banquier, pourtant si perspicace ? Il donne sa langue au chat, comme on dit. Alors, place au modeste observateur, besogneux obligé de gagner sa vie en essayant d’expliquer la politique et les hommes politiques. Cher ami banquier, vous n’aviez pas tort, alors. Ce qui est arrivé, c’est que le garçon a goûté à l’euphorisant le plus puissant de tous, sans y être vraiment préparé, tellement quand les Idy, Macky, Ndéné et d’autres se battaient pour mener son père au pouvoir, il les considérait un peu comme des jeunes aventuriers n’ayant pas toute leur tête. Cet euphorisant, la drogue du pouvoir, est un mélange, chez nous Africains, d’argent facile, de foules en liesse, de marabouts obséquieux, d’intellectuels de service, de médias complaisants, de fonctionnaires calculateurs et de militaires ambigus, de flagorneurs professionnels, tout un monde qui vous enivre au narcotique de la glorification, vous soulève de terre, vous met en orbite, en lévitation. La réalité vous est présentée sous son jour le plus enivrant. Aucun argent ne peut donner ça, c’est sur fond d’hymnes en cuivre joués par des gens en uniforme, pendant que d’autres en arme, veillent sur votre sécurité. Même quand vous dormez. Il y faut une grande âme et une tête pleine, sinon une sacrée expérience pour relativiser tout ça. Si vous ne vous êtes pas battu pour en arriver là, si vous n’avez pas une grande culture politique, lu Tolstoï (Léon 1828-1910) ou de Gaulle, ou Mamadou Dia, les effets en sont dévastateurs. Aveuglé par tant de lumière, vous avez à la fois le sentiment de toute puissance, et une peur bleue, même de votre ombre. Et ça mène à la folie. Seule celle-ci peut conduire n’importe qui à encourager, pousser même, voire contraindre son père à mener des batailles pareilles à celles qu’Abdoulaye Wade mène, aujourd’hui, à 90 ans, ou si peu moins. Mais il fallait qu’au bout du chemin, se trouvèrent non pas cinq sages, mais cinq mages des temps modernes qui ont l’illusion que ce Jésus-là, vaut le coup d’une … insurrection – parce que c’est bien vers cela qu’on va, si personne n’arrêtait cette dérive des ivresses, dans laquelle Karim n’est pas seul bien entendu. Seulement, le plus triste dans l’affaire, c’est que tous ces gens qui poussent Wade, dès qu’il passera cette élection à venir avec succès, seront sacrifiés sur l’autel des désirs du prince. Il va tous les envoyer à la retraite, dès qu’il sera installé –par contre ça, c’est plus proche du rêve que de l’ivresse.
Par Pape Samba KANE

TEUSS

L’hommage

Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR

Contre - attaque

«Essamay», le repos éternel du guerrier

En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.

Harouna DEME


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