Depuis qu’il est en train de mettre en place la haute hiérarchie politique et administrative, le président Macky Sall s’emploie à diversifier les affiliations des nouveaux promus -avec tout de même une attention particulière pour son camp- dans le but de servir les diverses familles qui ont contribué à sa victoire mais aussi, à un second niveau, de brouiller sa propre piste. Ses alliés de «Bennoo siggil Senegaal» (Bss) occupent la présidence de l’Assemblée nationale, des postes et dans le gouvernement. En relativisant les origines politiques et les appartenances
générationnelles, le président réduit l’impact de deux principes qui ont le plus influé sur le modèle de la deuxième alternance.
générationnelles, le président réduit l’impact de deux principes qui ont le plus influé sur le modèle de la deuxième alternance.
Toutes les familles politiques classiques et les autres, d’inspiration islamique, par exemple, se retrouvent dans la mouvance présidentielle. Elles ne s’y sentent pas comme des invitées mais comme des acteurs légitimes qui ont payé leur place par leur participation à la victoire du président de la République le 25 mars 2012. La société civile y est à sa place jusque et y compris dans ses composantes les moins actives et les moins impliquées dans les questions sociales. Les fonctions éminentes leur sont dédiées dans le gouvernement à travers la primature et le ministère de l’Economie et des Finances. L’un des effets de cette démarche est d’effacer la traçabilité qui rend évidente l’appartenance encore récente du président au Parti démocratique sénégalais, au moment où l’essentiel des personnes auditées dans le cadre des enquêtes sur les biens mal acquis viennent de cette formation politique. Deux autres conséquences s’attachent à ce processus. La transhumance massive que peut susciter cette parenté politique avec le Pds est annihilée par anticipation. Ensuite, cela écarte le risque d’une re-création de ce parti par simple transfert de cadres et de militants derrière Macky Sall qui deviendrait un substitut au Secrétaire général Abdoulaye Wade dont il avait d’ailleurs été le numéro deux. L’Alliance pour la République (Apr, parti du président) n’a pas encore atteint un niveau organisationnel et opérationnel qui lui permettrait de prendre seule les rênes du pouvoir. Elle a besoin d’alliances fortes comme celles qu’elle est obligée d’entretenir avec Bss et d’autres coalitions afin de disposer non seulement des moyens parlementaires nécessaires pour gouverner mais aussi pour avoir un quadrillage politique efficace du Sénégal. Cette phase de déploiement assisté s’appuie sur quelques hommes politiques qui sont objectivement sur le déclin. En offrant une sortie honorable à ces individus dont la présence a été marquante, Macky Sall se prépositionne pour recueillir les fruits d’un compagnonnage tardif mais fructueux. Moustapha Niasse président de l’Assemblée nationale, Amath Dansokho et Abdoulaye Bathily ministres d’Etat, sans parler des présidences du Sénat et du Conseil économique et social qui pourraient revenir à d’illustres vétérans politiques… tout cela constitue une liste de parrains, volontaires ou non, dont l’héritage sera partiellement légué au président dont ils ont été la caution politique et morale des premiers pas au pouvoir. C’est au bout de cette évolution que Macky Sall pourra procéder à la recomposition nécessaire de son parti et envisager de se créer une identité forte centrée sur sa personne, alors qu’il aura eu besoin, pendant un temps, de se placer sous la tutelle des «vénérables» dont le prestige a rejailli sur lui. L’objectif sera de disposer d’un appareil politique suffisamment fort pour affronter, le moment venu, l’élection pour un second mandat seul ou, en tout cas, sans des alliés trop puissants et exigeants. Le partage du pouvoir qui est en train de s’effectuer est aussi une sorte de brouillage pour masquer un processus de renforcement des structures et de massification de l’Apr qui devrait, dès la mi-mandat du président de la République avoir atteint un niveau opérationnel qui le rendrait apte à affronter, seule ou en position de leader, la prochaine échéance présidentielle. A ce rendez-vous là, la relève générationnelle se sera effectuée naturellement et les querelles idéologiques auront certainement encore reculé ou prendront d’autres formes.

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