IBRAHIMA SENE, MEMBRE DU SECRETARIAT DU PIT : «Le M23 a maintenant la légitimité d’exiger le départ de Wade»
Le départ de Me Wade s’est imposé, aujourd'hui, comme “nouveau mot d’ordre” des Forces vives de la nation. C'est la conviction d’Ibrahima Sène, membre du Secrétariat du Parti de l'indépendance et du travail (Pit). Pour le chargé des questions économiques et sociales dudit parti, “le M23 a maintenant la légitimité d’exiger le départ de Wade”.
À moins d'un mois de la présidentielle, quel regard jetez-vous sur la situation du Sénégal ?
Au plan économique et social, le rapport de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) indique que la crise, sur tous les plans, s’est approfondie en 2011. En effet, le taux d’inflation se situe à 3,4%, contre 3% de norme Uemoa, les produits alimentaires ont augmenté de 5%, dont celui du riz, de 10,7%. L’emploi a globalement baissé de 0,4%, dont l’industrie de 6,7%, et les services de 2,4%, aggravant la tendance à la hausse du taux de chômage, qui est passé de 5,6%, en 2005 à plus de 10%, en 2010. Au plan budgétaire, le déficit est passé de 333,7 milliards en 2010 à 429,8 milliards, en 2011, tandis que le déficit commercial de 131 milliards en 2010 est arrivé à 184,6 milliards en 2011. Quant aux investissements dans le secteur routier dont se vante le chef de l’État, l’état des routes au Sénégal ne les reflète pas. C’est ainsi que les rapports de l’Ansd sur la situation économique et sociale du Sénégal pour 2005 et 2010 montrent que le taux de dégradation des routes goudronnées est passé de 41,6% à 45,4%, et celle des pistes de production, de 32%, en 2006, à 64,9%, en 2010. À cette crise économique et sociale, le chef de l’État y a ajouté une crise politique artificielle, en bloquant toute perspective à sa succession démocratique. Il a cherché, par des artifices divers, à se faire succéder par son fils, mais, devant l’échec de toutes ses tentatives, il s’est résolu à confisquer le pouvoir, en présentant sa candidature à un 3e mandat, alors qu'il n'en a pas le droit, tout en verrouillant le processus électoral, pour se faire déclarer victorieux dès le 1er tour des élections, avec l’assurance d’être confirmé par le Conseil constitutionnel.
Comment analysez-vous la réaction de l’opposition face à ce que vous appelez une crise artificielle ?
L’opposition politique a su admirablement s’associer avec les forces de la société civile qui sont, autant qu’elle, soucieuses des conséquences négatives de cette crise artificielle sur notre République et notre démocratie, pour créer le Mouvement du 23 juin (M23), au nom de ce jour historique, quand les forces vives de la nation se sont soulevées pour se rassembler devant l’Assemblée nationale, afin d’empêcher l’adoption d’un projet de loi par lequel Wade voulait légaliser sa volonté de se faire succéder par son fils. Depuis lors, le M23 a su organiser de puissantes mobilisations autour du mot d’ordre : “Touche pas ma Constitution¨. Le succès populaire de ces mobilisations et leurs échos profonds dans notre sous région et chez les partenaires économiques du Sénégal, a isolé le chef de l’Etat dans sa tentative d’imposer cette candidature. Sa validation par le Conseil constitutionnel, le 27 janvier, a suscité une telle levée de masse, que le pouvoir a cherché, en vain, à étouffer par la répression aveugle.
Que préconisez-vous pour que le M23 puisse garder cette dynamique unitaire et combative pour empêcher Me Wade de participer à la présidentielle ?
Après la grande mobilisation du 31 janvier pour rejeter la décision du Conseil constitutionnel validant la candidature de Wade, le M23 a maintenant la légitimité d’exiger le départ de Wade pour l’empêcher de participer à ces élections. Après les mots d’ordre ¨Touche pas à ma Constitution¨ et ¨Non à la candidature de Wade¨, le ¨départ de Wade¨ s’est imposé comme nouveau mot d’ordre, à travers les vastes mobilisations populaires qui se sont succédé. Cette nouvelle situation, à quelques jours de l’ouverture de la campagne électorale, éclaire
toute la pertinence de la recherche d’une candidature unique autour d’un programme commun, en mesure de soulever les masses pour mettre en échec le projet de hold-up électoral que mijotait Wade, à la vue de tout le monde. L’illusion de pouvoir se positionner au second tour de la présidentielle l’a emportée sur l’analyse froide des conséquences politiques du projet de hold-up électoral de Wade. Cependant, malgré cette dispersion des forces dans la course pour conquérir l’électorat, une prise de conscience s’est fait jour, quant à la nécessité de s’unir pour faire partir Wade. D’où les propos contradictoires enregistrés, de part et d’autre, quant à la nécessité de boycotter les élections. Le boycott, dans le contexte de bataille d’opinions pour le départ de Wade, serait une erreur stratégique fatale, qui permettrait à Wade de continuer de jouir du monopole exclusif des médias publics, pour continuer sa propagande contre le M23. Cette campagne pour le départ de Wade serait d’autant plus efficace et conforme aux traditions établies de lutte du M23, si elle se faisait en commun durant toute la période, à la place d’une quête individuelle du suffrage des électeurs. D’où la nécessité d’un accord politique fort entre les candidats dans le cadre du M23, pour marcher séparément et frapper ensemble, comme cela s’est produit le 31 janvier à la place de l’Obélisque.
Propos recueillis par Barka Isma BA
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L’hommage
Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR
«Essamay», le repos éternel du guerrier
En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.
Harouna DEME
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