Front de Terre, les allées préférées des mendiants maliens

Vendredi 27 Juillet 2012

La capitale sénégalaise est remplie de mendiants de différentes nationalités. Mais l’Avenue Bourguiba, à l’angle des Allées de Front de Terre, présente une certaine spécificité en la matière. Là, la grande majorité des mendiants nous viennent du Mali. Fuyant la misère et la pauvreté dans leur pays, ces nécessiteux viennent s’installer à Dakar en quête d’une vie meilleure. Ainsi, ils squattent jour et nuit les carrefours, comme celui des Allées du Front de Terre.


Le soleil tape très fort en ce début d’après-midi du mercredi. L’avenue Bourguiba, en son angle avec les Allées de Front de Terre, est très aminée à ce moment de la journée. Les minibus Tata, les bus Dem Dikk, les «Cars rapides» et «Ndiaga Ndiaye», ainsi que les véhicules particuliers se disputent la chaussée avec les piétons. Mais c’est au pas de caméléon qu’ils roulent à cause des feux de signalisation et de certains chauffeurs indisciplinés qui créaient un grand désordre, mettant à bout de nerfs les conducteurs. Les coups de klaxons des voitures, les cris des apprentis des «Cars rapides» polluent les lieux, dans une atmosphère déjà fortement embaumée par les gaz d’échappements des véhicules, qui se mêlent à l’odeur nauséabonde qui se dégage des eaux qui dégoulinent des égouts. Sur ces Allées de la route du Front de Terre, des mendiants, généralement des femmes et des petites filles, sont assis à même le sol. Par petits groupes, les femmes interceptent les piétons et les gens à bord des véhicules qui empruntent cet axe pour demander l’aumône. Et elles n’hésitent pas à tenir le bras des passants où à acculer les occupants des véhicules jusqu’à ce que ces derniers cèdent et leur jettent une pièce de monnaie. Et bien que pour la plupart, elles comprennent le Wolof ou le Français, ces mendiantes refusent catégoriquement de parler ces langues face aux questions d’un étranger. Elles n’acceptent de parler que le «Bambara», leur langue. En effet, c’est la pauvreté qui a fait fuir ces braves dames ainsi que toute leur famille. C’est le cas de Fatouma Konota, trouvée au niveau du carrefour en train de faire la manche, comme ses autres compatriotes qui meublent le décor. Assise sur un seau, en compagnie de ses enfants en haillons, elle explique avec amertume être venue du Mali dans l’espoir d’avoir un avenir meilleur au Sénégal. «Je suis venue du Mali avec mon mari et mes enfants. C’est à cause de la pauvreté que nous sommes venus mendier ici, à Dakar», confie-t-elle en Bambara, avant de préciser : «nous habitons au quartier de Yarakh, dans une maison qu’on partage avec d’autres mendiants. Et c’est une situation très difficile. Nous aurions aimé rester dans notre pays, mais on n’a pas eu le choix. Mon mari est handicapé moteur. Chaque matin, je viens me mettre au niveau du carrefour pour mendier. Et le soir, nous rentrons chez nous. Nous vivons de ce qu’on nous donne dans la rue». Non loin de là, un autre groupe de Maliens est à l’affût des passants. Il s’agit d’autres mendiantes qui sont à la quête de pitance, assises sous le chaud soleil au beau milieu du croisement Bourguiba- Front de Terre. Interpellée, Asta Touré, l’une d’entre elle, la cinquantaine, de dire : «C’est à cause de notre situation d’extrême pauvreté que nous sommes venues au Sénégal. Ici les gens
sont plus généreux et donnent de l’aumône». Aussi, ajoute-t-elle, «nous habitons tous à Yarakh et chaque matin nous venons ici. Nos maris sont là aussi, mais eux font le tour de ville avec nos enfants». Dans le même registre, Fanta Cissokho, jeune mendiante qui traîne une grossesse, le sourire aux lèvres, déclare : «Notre pays n’est pas épargné par la pauvreté, c’est pourquoi nous sommes au Sénégal. C’est un pays stable et les gens sont généreux. Nous n’avons pas de problèmes. Nous avons élu domicile ici pour avoir de quoi nous nourrir. A cet endroit, on est sûr d’avoir quelque chose tous les jours». Maïmouna Traoré de renchérir : «Il y a des gens qui nous méprisent du regard, parce que nous sommes des étrangers. Mais généralement les gens nous traitent bien, nous sommes juste pauvres et demandons de l’aide. Et si nous sommes là, au Sénégal, c’est parce que nous parvenons au moins à survivre ici».

LA PRECARITE, LA PROMISCUITE, LES VIOLS…. Le calvaire des maliens à Dakar

Les mendiants maliens qui squattent, jour et nuit, les Allées du Front de Terre à la recherche d’aumône sont confrontés à d’énormes difficultés. En plus de vivre dans la précarité et la promiscuité, les mendiantes sont souvent victimes de viols et d’autres abus sexuels. En effet, à en croire les confessions d’une de ces femmes d’âge mûr répondant au nom de Fatoumatou Konota, elles sont toutes venues du Mali pour échapper à la misère. C’était bien avant le début des problèmes actuels que connaît leur pays. Il leur était difficile de manger à leur faim, alors elles ont décidé de migrer vers la capitale sénégalaise à la quête des lendemains meilleurs. Selon notre interlocutrice : «Même si Dakar n’est pas comme nous
l’espérions, ici au moins les gens s’acquittent de l’aumône». Toutefois, leur séjour à Dakar n’est pas une promenade de santé. Ils vivent tous dans une seule et unique maison qu’ils squattent dans le quartier de Yarakh. Leur nombre dépasse la trentaine, parmi eux, des hommes, des femmes, des jeunes filles, mais aussi des adolescents. Ils vivent dans une précarité insoutenable avec des conditions d’hygiène très limitées.
Selon Fatoumata Konota qui se lève souvent pour aller prendre de l’aumône des mains d’un chauffeur, il y a fréquemment des cas de viols dans leur maison, surtout à cause de la promiscuité qui y sévit. La cohabitation n’est pas toujours facile dans un espace aussi réduit. A peine nous avons détourné le regard que nous avons rencontré une jeune fille dont l’âge ne devrait guère dépasser la quinzaine. Son état de grossesse visiblement avancé ne lui ôte pas un visage jovial de l’insouciance de la jeunesse. Mais son jeune âge ne l’empêche pas de prendre la vie avec une graine de philosophie. «A cause de notre situation, certains nous minimisent. Mais c’est la vie !», lâche-t-elle. En ce qui concerne leur cohabitation avec les mendiants sénégalais, la dame Konota affirme : «Les problèmes ne manquent pas, mais nous gérons. Nous n’avons pas beaucoup de différends avec les mendiants sénégalais. Chacun se met de son côté, c’est pratiquement notre territoire ici». C’est dire que ces immigrants économiques ne se sentent aucunement dérangés. Ils squattent les quartiers Front de Terre et Cité des Eaux en toute tranquillité. Les femmes restent sur place, très souvent entre le carrefour Bourguiba et les deux voies du Front de Terre. Les hommes par contre font le tour des quartiers environnants. Ces mendiants venus du Mali viennent grossir les rangs déjà jugés excessifs de quémandeurs à Dakar. A côté des conditions d’hygiène auxquelles ils font face, le problème de sécurité vient renforcer l’idée que les autorités doivent se pencher sur ce nouveau phénomène, avant qu’il ne prenne une ampleur incontrôlable.

Les avis divergents quant à la présence de ces nécessiteux au Sénégal

La présence de ces nombreux mendiants, venus du Mali et d’ailleurs, dans les rues de Dakar est différemment appréciée par les Sénégalais. Aussi, si d’aucuns trouvent que ce n’est pas un problème «parce qu’ils sont là juste pour tenter de gagner leur vie en tendant la main auprès de leur frères musulmans», à l’image d’Elimane Gaye, tel n’est pas le cas pour d’autres. Pour Oulimata Sarr, ces Maliens et tous les autres feraient mieux de renter chez eux. «Comme disait l’autre, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Ces mendiants, feraient mieux de rentrer chez eux. Parce que l’image qu’il offre des carrefours de Dakar n’est pas reluisante. Les autorités devraient prendre leurs responsabilités, les ramasser et les renvoyer tous chez eux. Il y a assez de Sénégalais pauvres qui font la manche pour qu’on en rajoute des Maliens et autres», assène-t-elle sans prendre de gants. Pour sa part, El Hadji Guèye prône le partage. Cet enseignant en Arabe est convaincu que si les Maliens sont là et squattent les carrefours comme celui de Bourguiba angle Front de Terre, «c’est parce que Dieu en a décidé ainsi. Les gens doivent être généreux et donner l’aumône à ces pauvres que Dieu a mis sur notre route. Ça ne coûte rien de donner à un mendiant, qu’il soit Malien, Sénégalais ou Chinois, une pièce de 25, 50 ou 100 francs, ou plus. Toute personne qui le fera, Dieu le lui rendra en multipliant son geste par mille».

La cécité, handicap majeur des mendiants

Les mendiants étrangers inondent les rues de Dakar. Ils traînent plusieurs handicaps physiques. Mais ce qui est frappant chez eux, c’est que la majeure partie de ces mendiants maliens en général sont des non voyants. Dans les grandes artères de la ville, ils sont nombreux à se faire guider par leurs enfants. Ils portent souvent des lunettes et sont habillés en kaftan déchiré. Un tour au niveau du carrefour Bourguiba Route du Front de Terre permet de faire ce constat aisément. Les aveugles, en général des vieillards, squattent par petit groupe cet axe routier à grande circulation. Ils ne comprennent pas grand-chose de la langue nationale du Sénégal qu’est le Wolof. L’un des rares mots qu’ils savent prononcer en Wolof c’est «Sarax ngiir yalla». Aussi, parmi cette flopée de mendiants, figurent des albinos et des handicapés moteurs.
Par Marianne NDIAYE, Awa DABO & Mbaye THIAM (Stagiaire)

TEUSS

A notre grand malheur !

Connaissez-vous dans «Nda-kaaru» un service de l’Etat où vous pouvez aller et y revenir avec une entière satisfaction ? Sans exagération aucune, il est presque sûr que la réponse est non. Commençons-par pur hasard- par l’hôpital. Il y a plus de risques d’être encore plus souffrant quand on s’y rend, car lui-même est malade. N’allez surtout pas voir chez «Senelëdëm», de toute façon la seule chose qu’ils ont d’éclairée, c’est des promesses à plus l’infini. Que dire alors de l’école qui ne forme plus qu’en quantité omettant la qualité. L’avenir n’est plus à espérer du côté de l’université, les étudiants s’y battent jour et nuit avec des policiers sous les yeux de professeurs dépassés et plus préoccupés à arrondir les fins du mois dans les écoles de formation dont certaines ne sont même pas agréées. Voilà le service public à Sunugaal et ses dramatiques petites réalités. A notre grand malheur !
Samba ALAAR

SALUT PUBLIC

Il ne faut pas insulter ceux qui ne vivent que de pain…

« L’estomac rejette la nourriturequi ne peut pas être digérée et qui n’a aucun bénéfice, et ensuite lui crache dessus. Le temps et l’histoire font la même chose aux gens incompétents »
Fethullah Gülen

«Le pays tourne en rond», c’est la rengaine la plus entendue, aujourd’hui, dans tous les milieux. Le pays que j’entends, c’est celui de l’électricité, des emplois, de la circulation fiduciaire sous ses diverses formes ; c’est-à-dire des mouvements de l’argent, qui commandent les investissements, petits et gros, et fouettent la consommation, pour que celle-là commande la croissance, mais seulement si les industries nationales fonctionnent et produisent ce qui est consommé par les travailleurs. Et en ce cas, ces dernières industries créent des emplois. Et le cercle vertueux du développement prend forme. Or, l’argent ne circule pas, semble-t-il, parce que sous le gouvernement de Monsieur M. Abdoul Mbaye, et c’est lui-même qui nous l’apprend, «l’argent douteux» (c’est la terminologie utilisée par le Pm), c’est fini. Soit !

Par Pape Samba Kane


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