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Mercredi 22 Février 2012
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FAISANT EFFET BOULE DE NEIGE : La violence gagne Dakar et embrase le reste du paysSamedi 28 Janvier 2012
La validation de la candidature de Me Wade à la présidentielle du 26 février prochain, par le Conseil constitutionnel, a engendré des scènes de violences. Ayant fait effet boule de neige, ces situations de tensions ont vite dépassé Dakar pour toucher les autres régions du pays. Des expressions dures de colère qui portent l’empreinte des jeunes du Mouvement du 23 juin (M23). Il était hors de question pour eux, de rester les bras croisés, après que la candidature du chef de l’Etat a été avalisée par les cinq sages de ladite juridiction. Dans la capitale, c’est en début de soirée que les jeunes du M23 ont vigoureusement manifesté aux Hlm, au niveau de la Voie de dégagement nord (Vdn) où ils ont brûlé des pneus et bloqué la circulation, à hauteur du rond-point Sde, à côté du cimetière Saint-Lazard de Béthany. À Colobane, les locaux de l’Omvs, qui ont été inaugurés l’année dernière, n’ont pas été épargnés. Ils ont été mis en feu. Au niveau du boulevard du centenaire, 5 magasins de Chinois ont été réduits en cendres. Du marché Hlm à Sébikotane, en passant par Ouagou Niayes, Médina, Colobane, le Pont Sénégal 92, Amitié, en face du collège Sacré-Coeur, la Vdn, Guédiawaye, Corniche, Golf, rond-point boulangerie jaune de Sacré-Coeur, la route nationale, le décor était le même. Tout était sens dessous dessus. Des jeunes membres des Forces vives de la nation ont brûlé des pneus et des poubelles.
Ces violences ont été beaucoup plus intenses à l’intérieur du pays, particulièrement à Mbour, Thiès, Kaolack et Fatick. À Kaolack, des jeunes du M23, à bord de motos Jakarta, ont mis la ville sens dessous dessus et ont saccagé la permanence locale du Parti démocratique sénégalais (Pds) avant de la brûler. Un même traitement qu’ils ont réservé aux locaux de la Rts inaugurés, il y a une semaine. Le véhicule du chef de la station de la Rts de Kaolack a cramé. Ce qui a installé une peur terrible chez les populations, puisque le site en feu se trouve à côté des fils électriques de hautes tensions, d’une grande banque et d’un siège de la Sonatel. D’autant plus qu’au moment où le véhicule et un arbre cramaient, les sapeurs-pompiers tardaient à arriver sur les lieux. Le feu a duré, plusieurs minutes, avant d’être maîtrisé par les sapeurs- pompiers, qui sont intervenus tardivement. Des violences qui se sont manifestées jusqu’au niveau de la route Kaffirine-Tamba et de la Transgambienne. La permanence du Pds de Diourbel n’a pas aussi échappé à la furie des jeunes en colère qui l’ont mis en feu, brûlant des pneus dans les différents endroits. À Fatick, la gouvernance et le Poste de Police ont été attaqués par les jeunes qui les ont caillassés. La particularité des localités de Kaolack, Fatick et Diourbel, avec les Jakarta, a facilité les choses aux jeunes et rendu les choses plus compliquées pour les policiers. Ils étaient débordés par les jeunes dont la mobilité était facilitée par ces moyens de locomotion qui les prenaient de court. Les dégâts de cette expression collective de colère n’ont pas été simplement que matériels, ils ont été aussi corporels. Guérilla à Thiès
THIÈS - Dans la ville de Thiès, les populations ont adopté la stratégie de la guérilla en se dispersant dans différents sites, afin de mener, de façon organisée, des actions. Au niveau de plusieurs quartiers et à l’entrée de la ville, des pneus ont été brûlés et des banques attaquées. Du coup, aucun véhicule en commun n’a pu accéder au centre-ville. Selon Pape Amadou Sall, responsable des jeunes du Parti socialiste (Ps) à Thiès, «les gens évitent les actions de rassemblement, pour ne pas donner aux forces de l’ordre, l’occasion de les cerner, de les contrôler et de les réprimer». En attendant la proclamation définitive de la liste des candidats à la présidentielle de 2012, les jeunes du M23 de Thiès entendent profiter de la journée d’aujourd’hui, pour s’organiser, avant de mener l’assaut final, le lendemain, dimanche. Lamine Diallo, adjoint au maire de Thiès, a déclaré : «Ce qui est clair et constant, c’est que les gens restent intransigeants par rapport à la détermination à mener les combats jusqu’au bout». Et d’ajouter : «Les Thiessois sont loin d’être des poltrons. Nous ne reculerons pas face à la répression aveugle des forces de l’ordre». À souligner que, suite aux affrontements intervenus dans la cité du Rail, l’adjoint au maire, Ibrahima Ba, a été poursuivi jusque chez lui par les policiers. N’eût été l’intervention énergique de ses voisins, le pire allait se produire.
Un policier âgé de 25 ans tabassé à mort à Colobane
Les émeutes contre la validation de la candidature de Me Abdoulaye Wade ont fait une victime dans les rangs de la police nationale. Un élément âgé de 25 ans est mort des suites de ses blessures, après avoir été passé à tabac dans une ruelle de Colobane par des manifestants. La victime faisait partie du dispositif déployé dans les environs de la Place de l’Obélisque où s’étaient donnés rendez-vous les manifestants.
Des informations recueillies sur place, il ressort que le jeune élément du Groupement mobile d’intervention (Gmi) pourchassait avec d’autres de ses frères d’armes, un groupe de manifestant. Selon un témoin des faits, la victime s’est engagée, dans une ruelle de Colobane, seule, alors que ses autres collègues rebroussaient chemin. Poursuivi en retour par la meute, il s’est réfugié dans une maison pour échapper à la foule. Mais il en a été extrait et violement passé à tabac. Ses collègues informés qu’un des leurs était en train de subir la colère des manifestants sont venus à son secours. Mais ils l’ont récupéré dans un piteux état et baignant dans une mare de sang. Des témoins révèlent même que les premiers policiers, venus le tirer de ce guêpier, lui ont promulgué les premiers secours pour le ranimer, mais en vain. Il décédera peu après son transfert à l’hôpital. Des jeunes enflamment les rues de Mbour
MBOUR - Dès l’annonce de la validation par le Conseil constitutionnel de la candidature de Me Wade, les jeunes du M23 de Mbour ont occupé les différentes artères de la ville. Des dizaines de pneus ont été incendiées sur la route nationale. Pendant que certains s’attelaient à brûler des pneus, d’autres plaçaient des briques et d’autres matériaux sur la route, dans un désordre total. Le rond-point, situé à l’entrée de Mbour, ne désemplissait pas. Les forces de l’ordre, déchaînées, frappaient les manifestants avec des matraques et lançaient des grenades lacrymogènes. À chaque assaut des forces de l’ordre, les jeunes fuyaient pour revenir quelques instants après. Les manifestants criaient à tue-tête des slogans tels que : «Wade dégage», «On est prêt à tout», «On ne s’arrêtera pas». Mouhamadou Barro, un des responsables du M23, a déclaré : «Nous ne nous arrêterons pas tant que le Conseil constitutionnel ne revient pas sur sa décision de valider la candidature de Wade qui a démontré, encore une fois, qu’il ne respecte pas le peuple sénégalais. Il appartient au peuple de le remettre à sa place».
REACTIONS
Me ABDOULAYE WADE, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
«Je n'admettrais pas qu'il y est des restrictions à la liberté de déplacements» Nous accueillons cette décision du Conseil constitutionnel comme des citoyens d'un grand pays qui est le Sénégal, d'un pays démocratique, d'un pays qui est cité comme exemple à travers le mode. Et maintenant que les conditions de l'élection sont réunies, la campagne électorale va être ouverte, toutes les libertés seront respectées. Je n'admettrais pas qu'il y ait des restrictions par exemple à la liberté de déplacements, à la liberté d'opinions. Il faut accepter la démocratie et aller vers les élections et laisser au peuple sénégalais le soin de choisir celui qui va présider son destin dans les 7 années à venir. Je vous demande de formuler avec moi des voeux de prières et de paix au Sénégal. Ce Sénégal qui nous est si cher, ce Sénégal que nous avons construit par notre volonté et par le sacrifice de tous les Sénégalais. Je suis très fier. Mon dossier a été reçu et jamais je me suis jamais attendu à autre chose que le droit est le droit. C'est ça qui a été dit». ALIOU NDIAYE, DIRECTEUR DE CAMPAGNE DE YOUSSOU NDOUR «Le problème n’est pas juridique, c’est un problème politique qui, certainement, aura un traitement politique» La candidature de Youssou Ndour dérange. On nous a annoncé que la candidature de Youssou Ndour a été déclarée irrecevable, au motif que nous n’avons pas pu réunir les dix mille signatures nécessaires. Qu’on a simplement pu en faire 8000. Ce qui est complètement invraisemblable. Tout le monde sait que recueillir dix mille signatures pour sa candidature, il n’y a rien de plus facile pour Youssou Ndour, en moins d’une journée. Moi, j’étais au dépôt de candidature, au lieu de dix mille, nous en avions déposé treize mille. Et les signatures recueillies par le bureau de «Fekke ma ci boole» dépassaient les 25 000. Et les adhérents de Youssou Ndour sont 78 000. Je ne vois pas pourquoi on aurait des problèmes pour recueillir 8000 signatures. Je pense que la décision du Conseil constitutionnel n’est pas juridique, elle est politique. Il y a des gens qui sont habilités à travailler sur le droit au niveau de «Fekke ma ci boole», et ils le feront. Et s’il est nécessaire, ils vont déposer un recours. Mais, nous pensons que le problème n’est pas juridique, c’est un problème politique qui, certainement, aura un traitement politique. DJIBO KÂ, COORDONNATEUR DES FAL 2012 «Le Conseil constitutionnel a fait un bon travail en disant le droit» C’est la victoire du droit sur la politique politicienne. Ce pays est un pays de droit et de loi. Quand le droit est dit, tout le monde doit accepter. Le Conseil constitutionnel a bien fait un bon travail en disant le droit, en faisant en sorte que la politique ne se mêle pas du droit. MACKY SALL, PRÉSIDENT DE L’APR «Le Conseil constitutionnel a validé une candidature totalement inconstitutionnelle» Le Conseil constitutionnel a validé une candidature, en réalité, totalement inconstitutionnelle. Puisqu’on n’a pas besoin d’être expert pour comprendre que l’esprit et la lettre de notre Constitution limite à deux le nombre de mandats qu’un Président de la République peut faire. En validant la candidature de Me Wade, on ne fait que consolider la forfaiture. Le Président de la République s’est lui-même engagé dans une voie de violence institutionnelle. Il l’a dit, il a prévenu, et il a mis à exécution ses menaces, en mettant ses forces dans la rue, en provoquant, en dispersant la rencontre du M 23. Nous allons nous réunir pour apprécier la situation. Mais, d’ores et déjà, nous avons demandé la mobilisation générale de tous les citoyens sénégalais pour la défense de la démocratie de la Constitution et de la République. IDRISSA SECK, PRÉSIDENT DE REWMI «C’est une décision grave de conséquences pour la paix et la stabilité du Sénégal» C’est avec tristesse et consternation que j’apprends la décision du Conseil constitutionnel de valider la candidature illégale d’Abdoulaye Wade. C’est une décision grave de conséquences pour la paix, la stabilité et la sécurité du Sénégal. Mais, c’est surtout une décision surprenante et décevante pour tous les démocrates du Sénégal comme des pays amis. Nous préciserons dans les heures qui viennent, en concertation avec les partenaires des différentes organisations politiques et civiques, les actions à mener, pour que soient préservées la République et la démocratie. MOUSTAPHA NIASSE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'AFP «Wade viole la Constitution en faisant prendre cette décision-là» Cette décision ne répond pas aux attentes du peuple sénégalais. Elle est inacceptable. Parce qu'Abdoulaye Wade n’a pas droit à un troisième mandat. C’est clair et net. Il n’a pas droit à un troisième mandat, parce que la Constitution ne le lui permet pas. Wade viole la Constitution, en faisant prendre cette décision-là. BARA TALL, LEADER DU MOUVEMENT «YAMALE» «C'est à Wade de choisir entre sortir comme Senghor ou Diouf ou bien emprunter la même voie que Moubarak ou Ben Ali» Ce que nous demandons à Wade, c'est de faire le choix entre nous restituer notre pays, tel que nous le lui avions confié, ou faire comme ses homologues, Ben Ali, Khadafi ou encore Moubarak. Et qu'il arrête de nous divertir, en nous présentant des bilans, lorsque nous lui parlons de choses sérieuses. S'il veut jouer aux présentations de bilan, moi, je vais lui présenter son bilan et celui de son fils Karim Wade. Il est en train de s'enorgueillir de son soi-disant bilan, mais je lui dis tout simplement, ce que son fils a fait avec l'Anoci, et lui avec les travaux de l'autoroute qui passe par Diamniadio. Une route qui ne fait même pas 50 km, avec des dépenses faramineuses, la même a été construite par Ben Ali en Tunisie sur 600 km, en respectant les règles. Donc, que Wade sache que nos priorités sont ailleurs. Notre pays a des chartes bien définies, maintenant c'est à Wade de choisir entre sortir comme Senghor ou Diouf ou bien emprunter la même voie que Moubarak ou Ben Ali. SERIGNE MBACKÉ NDIAYE, PORTE-PAROLE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE «Nous allons introduire une requête pour demander l’invalidation de certaines candidatures» Au moment où l’opposition disait que la candidature de Wade est invalide, nous, nous avons dit qu’elle est valide. Il y a un arbitre, et l’arbitre a tranché. Et pour nous, cette histoire est derrière nous. La prochaine étape, c’est d’invalider ces candidatures qui ne sont pas recevables. Nous allons, demain, (ndlr : aujourd'hui) déposer une requête au niveau du Conseil constitutionnel, parce que l’article LO 116 du Code électoral dit que, pour être candidat à l’élection présidentielle, il faut être en règle avec le fisc. Autrement dit, il faut payer ses impôts. Certains candidats ne sont pas en règle avec le fisc. On ne peut pas prétendre diriger un pays, alors qu’on n’a jamais payé d’impôt dans ce pays. Ces candidats sont nombreux, et vous les verrez. Ils se reconnaissent de toute façon. Et nos avocats vont déposer les requêtes. BABACAR GAYE, PORTE-PAROLE DES LIBÉRAUX «Le Pds salue la clairvoyance avec laquelle les membres du Conseil constitutionnel ont apprécié le droit» Le Conseil constitutionnel vient de publier la liste des candidats retenus et rejetés, en direction de l’élection du Président de la République, en 2012. Le Parti démocratique sénégalais accueille cette décision avec tout le respect dû à nos institutions, sans triomphe inutile, mais dans la sérénité requise en de pareilles circonstances. Le Pds salue la clairvoyance avec laquelle les membres du Conseil constitutionnel ont apprécié le droit, en élaguant de ce cadre juridique toute considération politique. Nous respectons, comme nous respecterons dans le futur, les décisions que le Conseil constitutionnel prendra dans le sens de départager le débat politique. C’est ça l’enseignement que nous avons reçu du Président de la République, et c’est cela qui sera notre viatique pour le futur. Nous saluons et félicitons les candidatures retenues, sans préjuger les recours qui pourraient advenir, et encourageons les candidatures rejetées, pour que, la prochaine fois, qu’elles s’organisent dans les meilleures conditions du respect des lois et règlements en vigueur en la matière. En tout état de cause, nous sommes satisfaits. Mais, nous n’avons jamais douté de la validité de la candidature de notre Secrétaire général national. Birane LO & Tidiane CAMARA (Correspondant)
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TEUSS
Exactions
Les procureurs de la Cpi ont du pain sur la planche. Le Sénégal recèle actuellement de matière à enquête. Les répressions sanglantes des manifestations de ces derniers jours ont atteint un point tellement critique avec les morts qui se multiplient, qu’il devient urgent de braquer un faisceau de lumière judiciaire sur les contours dans lesquels ces drames sont survenus, dévoiler les auteurs de ces exactions, leurs commanditaires. Parce que ce qui se passe dépasse la seule répression de manifestations. Ça en devient de la torture pure et simple et les images de télé sont là pour souvent le prouver. Juste un oeil sur ce qui s’est passé à Cambérène avec des interpellés assaillis par des gendarmes qui leur donnent de violents coups de matraque. De la violence aveugle, comme quand la police tire à bout portant ses lacrymogènes sur des candidats, blesse d’autres manifestants. Il y a une question à laquelle il faudra répondre en attendant que l’heure des comptes arrive, certainement aussi pour les auteurs de ces violences et leurs commanditaires : qu’est ce qui fait que nos forces de l’ordre sont si violentes. Ontelles été (re)dressées pour tuer ?
Samba ALAAR
EDITORIAL
Wade ira-t-il même au 2ème tour ?
Il faut que la presse et tous les Sénégalais en général se libèrent d’un enfermement psychologique ourdi par les officines privées de propagande françaises, payées à prix d’or par Karim Wade, et qui veulent ancrer dans nos têtes que le président Wade gagnera la prochaine élection au premier tour. Pour justement nous enfermer dans une autre croyance, celle qui voudrait que le candidat sortant soit attendu, comme naturellement, au deuxième tour. C’est un tour de passe-passe à double détente. Parce qu’amener Wade au deuxième tour pourrait apparaître comme une victoire à ceux qui craignaient le pire, annoncé et déjà inconsciemment intégré comme une possibilité. Or, des organismes gouvernementaux occidentaux, qui font ce type de travail pour leurs gouvernements et non pour des profits surévalués, sont formels : il est une probabilité plus que forte que même cette étape du deuxième tour ne soit pas atteinte par le candidat des Fal.
Par Pape Samba KANE
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