Enseignants du Sénégal, de grâce sauvez l’année scolaire
En nous adressant à une élite, des responsables et d’honorables citoyens de notre pays , dont certains sont nos maîtres , amis, frères et sœurs, loin de nous l’idée (que nous ne saurions du reste concevoir) de vouloir donner des leçons ou d’émettre un quelconque jugement à leur endroit. Dès lors nous serait-il peut être permis de donner un avis inspiré d’une position très certainement différente de celle de la plupart d’entre eux. L’essentiel est que nous pensons partager les mêmes soucis pour notre chère patrie.
Sans remettre en cause l’aptitude des personnalités qui le composent, le gouvernement actuel ne semble plus être le meilleur interlocuteur pour discuter de la plate-forme de lutte des enseignants. Sa discrétion face à un problème aussi grave qu’une menace d’année blanche ressemble plus à un aveu de dépassement ou d’impuissance qu’un simple mépris à l’endroit des différents mouvements qui s’activent et se font entendre de plus en plus fort dans le milieu scolaire et universitaire. Cette indifférence ne doit pas pousser à la radicalisation au point de compromettre l’année scolaire. Vous pouvez sauver l’année et devrez le faire pour avoir raison demain de continuer défendre vos droit et l’école sénégalaise votre principale raison de souffrir aujourd’hui. En effet personne ne peut aujourd’hui dire de quoi demain sera fait, ni le Président de la République (dit ‘’sortant ’’) encore moins ses ministres. En pleine campagne électorale ces derniers ne devraient plus se permettre de prendre certains engagements qu’ils n’ont pas pu gérer avant pour diverses raisons. Le hasard du calendrier républicain a fait aujourd’hui que l’on se retrouve, comme entre le marteau et l’enclume que sont : d’une part la campagne électorale où l’essentiel des ministres ne font plus désormais qu’expédier les affaires courantes et d’autre part les dures réalités de l’agenda scolaire avec ses exigences de quantum horaires.
Peut-on envisager logiquement une négociation sereine et prospère avec un partenaire dont la survie est fortement menacée ? Nous estimons que non. Les principaux dossiers de la plate forme des enseignants qui n’a cessé de s’étoffer depuis des années exigent une attention particulière incompatible avec l’atmosphère critique qui traverse le pays. Cela ne servirait à rien d’avoir été ou non satisfaits de ses revendications, si nous ne dépassons pas les épreuves du 26 février avec succès. Toutes les énergies devraient se tourner vers la résolution des graves problèmes politiques qui menacent la stabilité du pays. L’heure est à la sauvegarde de notre démocratie et de notre indépendance en tant que nation.
Par ailleurs même si tout se passe bien, une négociation sérieuse ne pourrait être menée d'ici mai 2012 (cas ou le régime actuel resterait encore au commande) ou juillet- septembre (en cas de changement de régime), quelque soit la bonne volonté des autorités en place. C’est vrai qu’on peut toujours opposer la continuité de l’Etat et la permanence de l’Administration pour le fonctionnement minimum des établissements et services. Mais cela ne suffit pas pour résoudre des dossiers aussi lourds que ceux actuellement brandis. L’autorité compétente et les responsabilités sont d’un échelon particulier.
Le bon sens indique, qu’il ne serait plus pertinent de poursuivre une grève tout en sachant qu'il n'y aura plus d'interlocuteur fiable et engagé d'ici la nomination du prochain gouvernement issu des élections de février- mars 2012. S'acharner à maintenir le combat dans les conditions actuelles, c'est opter délibérément pour sacrifier l'année scolaire, les élèves et étudiants avec. Sans compter les conséquences de natures diverses qui en découleront et qui seront par nous tous payées très cher. Ceux qui ont vécu l’année blanche 1988 vous diront, de Grâce surtout plus ça.
Au moins 40 % du budget de fonctionnement alloué par l’Etat à l’Education sera jetée par la fenêtre. Les investissements consentis par les populations déjà éprouvées par le coût exorbitant de la vie, le seront en pures pertes. Nous n’insisterons pas sur la cascade de perturbations dans les différents cycles pour une dizaine d'années encore. Les enseignants qui subissent avec leurs élèves les classes pléthoriques et à double flux pourront difficilement inventer et assumer le triple flux pour caser les effectifs. En chiffres, c’est au bas mot entre 350 à 400 milliards de francs CFA qui seront du coup perdus. De quoi réhabiliter et équiper une bonne partie des établissements scolaires du Sénégal et /ou construire et équiper un hôpital moderne dans chacune des 14 régions du Sénégal.
Nous pensons que les menaces à l’endroit des enseignants et celles projetant de décréter l’année blanche sont aujourd’hui très mal placées. Et le ton devrait être plus conciliant allant même jusqu’à prier les enseignants à faire de leur mieux pour sauver l’année en attendant des négociations à programmer au plutôt possible. Face à la défaillance du gouvernement, Il faut nécessairement que les enseignants se ressaisissent et fassent le sacrifice de reporter toutes leurs revendications à l’installation du nouveau gouvernement issu des élections. C’est ce sursaut que les élèves et leurs familles vous demandent de tout cœur. Il serait dommage de continuer d’enfoncer un clou déjà mal positionné quand le gouvernement actuellement impuissant ne peut rien opposer de rassurant. En retour les différents partis engagés dans les élections devraient sans attendre, remercier les enseignants d’avoir sauvé l’année scolaire et s’engager à régler les problèmes récurrents qui ont toujours miné l’Ecole sénégalaise dont le niveau ne cesse de dégringoler depuis de nombreuses années. Les associations de parents d’élèves, les autorités religieuses et coutumières, la société civile, de même que les associations consuméristes devraient aussi s’engager à être les témoins et garants d’un tel pacte à respecter dès que possible. Ainsi nous appelons modestement :
- Les enseignants du Sénégal toutes tendances confondues à réaliser un recul stratégique pour mieux sauter ;
- Les partis politique en compétition pour la Présidence de la République et ceux qui auront bientôt en charge le contrôle de l’institution parlementaire à s’engager sans délai à œuvrer de façon prioritaire pour des pourparlers avec les acteurs de l’Ecole sénégalaise ;
- Les chefs religieux, les chefs coutumiers et la société civile à être les arbitres et témoins privilégiés des ces engagements.
Il ne sera point nécessaire de signer des accords. Les déclarations publiques et la parole donnée suffiront dans un Etat civilisé pour que le moment venu chacun prenne ses responsabilités. L’engagement des enseignants à sauver l’année scolaire étant un geste hautement patriotique, la réalité constatée n’échappera à personne, à aucun père ou aucune mère de famille. Vos élèves vous en seront infiniment reconnaissants. Il est vrai que vous occupez une place digne de respect et le peuple tout entier vous le reconnaît. Il suffira seulement qu’on soit à l’avenir plus attentif sur certaines valeurs pour que de pareilles situations ne se reproduisent. C’est par leurs capacités d’indignation et de dépassement que l’on reconnaît les grands peuples. Et sur ce registre nul n’est mieux placé que l’éducateur pour donner la première leçon.
Alors Vive le corps enseignant !
Vive l’Ecole sénégalaise !
Et que la paix règne sur notre pays
Dr Aliou LAM,
Médecin Lieutenant Colonel (CR), Professeur agrégé du Val De Grâce
Clinique Ophtalmologique Colaser, Dakar
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L’hommage
Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR
«Essamay», le repos éternel du guerrier
En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.
Harouna DEME
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