ERIC HAZARD D'OXFAM SUR LA PRETENDUE SECURITE ALIMENTAIRE SENEGALAISE : «Notre Yassa au poulet en grande partie continue à être fait à partir du riz importé de Thaïlande, du poulet importé du Brésil et de l'oignon des Pays-Bas»
L'essentiel des composantes de nos plats nationaux, le riz, l'oignon, le poulet etc. nous vient de l'extérieur. C'est le constat fait par Eric Hazard de Oxfam Dakar, qui s’exprimait ainsi sur la prétendue «autosuffisance alimentaire» au Sénégal.
Le chef de l'Etat Me Abdoulaye Wade et les membres du gouvernement aiment à dire que le Sénégal a atteint l'autosuffisance alimentaire. Des déclarations auxquelles ne semble pas adhérer l'agro-économiste d'Oxfam Eric Hazard, responsable de la campagne «Cultivons» en Afrique de l’Ouest. «Ce qui est sûr, c'est qu'il semblerait que le Sénégal, comme de nombreux autres pays de la sous-région, continue à faire face à un certain nombre de défis à long terme. On voit bien par exemple que le Sénégal continue à importer beaucoup de riz tous les ans. Et c'est certainement lié notamment à la difficulté qu'on a eu à investir dans des cultures autres que des cultures de rente ces 30 ou 40 dernières années», a-t-il expliqué, hier, au cours d'une conférence de presse de sa structure sur «la coordination et l'alignement de l'aide». Et le technicien d'Oxfam, de mettre surtout en exergue la dépendance au marché international de notre pays qui importe le gros des éléments qui composent nos plats nationaux les plus prisés. «Je pense que notre Yassa au poulet en grande partie continue à être fait à partir du riz importé de Thaïlande, du poulet importé du Brésil et de l'oignon qui continue une partie de l'année à être importé des Pays-Bas», renseigne M. Hazard. Et cela, même si il y a «des efforts qui ont été faits par les producteurs d'oignon dans la vallée» indique-t-il. Et toujours par rapport aux producteurs d'oignon et de riz, «leurs capacités de production se sont accrues ces dernières années. Dans la vallée toujours, la capacité à produire du riz a augmenté après la crise de 2008 parce qu'il y a eu de véritables efforts pour le rendre accessible. Il y a une sorte de petit soutien à ces producteurs qui sont trop souvent laissés à eux-mêmes. On voit leurs capacités à répondre au marché national», étudie l'agro-économiste d'Oxfam. Cependant, «on ne passe pas d'un taux de couverture de 20% à 100% en un an», précise-t-il.
Et aujourd'hui, «l'enjeu, c'est d'être capable de produire localement, pas pour le Sénégal, mais pour un marché régional qui est dynamique», suggère M. Hazard. Et les Etats doivent investir dans les cultures autres que celles de rente : «Les enjeux liés à l'insécurité alimentaire au Sénégal et dans la sous-région sont liés à la capacité des Etats et des partenaires au développement à investir plus et mieux dans des cultures autres que les cultures de rente traditionnelles dans lesquelles on a trop investi, et réduire la dépendance par rapport au marché international pour l'accès aux céréales, par exemple».
Et pour que le Sénégal puisse protéger son riz, il lui faudra faire un peu plus de protectionnisme estime M Hazard : «Si vous avez des taux de protection aux frontières de l'ordre de 5% à côté de spéculations comme le riz, cela veut dire que le riz thaïlandais a de belles années devant lui. Donc si l'on veut soutenir le riz sénégalais, il va falloir mettre une protection aux frontières pour un certain nombre d'années. Ce n'est pas seulement donner des subventions, des intrants, c'est aussi mettre en place un cadre commercial et des politiques agricoles commerciales de sécurité alimentaire cohérentes». Et sur la problématique des 10% des budgets de nos Etats qui devaient être injectés dans l'agriculture, et qui ne le sont pas pour plusieurs de nos pays, «il semblerait que le Sénégal disait avoir atteint l'ordre de 12 ou 13%. Il faut maintenant s'assurer que les 12 ou 13%, si c'est le niveau auquel on est arrivé aujourd'hui, sont investis dans des lieux stratégiques»; a-t-il indiqué sur la question.
INEFFICACITE DE L'INTERVENTION DES BAILLEURS DANS L'AGRICULTURE : Oxfam dénonce le manque de coordination et d'alignement sur les priorités
L'organisation Oxfam impute l'inefficacité de l'intervention des bailleurs dans l'agriculture au manque de coordination et à l'absence d'alignement des actions aux priorités des Etats destinataires.
Nombreux sont les bailleurs de fonds qui interviennent en Afrique avec une forte présence dans le secteur agricole. Le hic cependant, selon Oxfam, c'est que ces derniers ne s'alignent pas sur les priorités des Etats africains destinataires de ces investissements, et l'aide n'est pas coordonnée. «Il n'y a pas d'alignement et de coordination. En tout cas, vu les engagements qui ont été pris par les partenaires au développement, par la communauté internationale à Accra, à Paris, pour accroître l'efficacité de l'aide en s'alignant mieux et en s'alignant plus, on voit que les progrès sont très lents et difficiles», a indiqué, hier Eric Hazard, agro-économiste responsable de la campagne «Cultivons» d'Oxfam. Mais, se désole M. Hazard, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse de sa structure, «malheureusement on est toujours en train de chercher si on va avoir un projet avec le drapeau de telle coopération ou de telle autre».
Ainsi, Oxfam a initié une campagne dénommée «Cultivons», pour essayer de «s'attaquer à l'insécurité alimentaire dans le monde où toutes les ressources sont de plus en plus limitées». Et l'Objectif de cette campagne, c'est aussi, en Afrique de l'Ouest, «de s'assurer qu'on puisse avoir des politiques agricoles et de sécurité alimentaire qui sont mises en place et que ces politiques ne soient pas seulement discutées et négociées, mais qu'elles soient vraiment mises en oeuvre au niveau national». Ensuite, de «s'assurer qu'on ne fasse pas face à des accaparements de terres de plus en plus nombreux». Car, explique-t-il, «si vous investissez plus dans l'agriculture et que vous ne sécurisez pas les moyens de production, l'accès à la terre et à l'eau, on se demande comment on va réussir à produire plus et mieux et réduire l'insécurité alimentaire». Et l'autre mission de cette campagne, c'est de «mettre en place des systèmes de prévention des crises et des mécanismes de réponse et d'alerte». Car explique-t-il : «Nous avons un système alimentaire défaillant». À l'en croire, «si aujourd'hui la population au niveau international mais aussi en Afrique de l'Ouest a du mal à se nourrir au quotidien, ce n'est pas parce que la nourriture n'est pas présente. C'est parce qu'elle est de moins en moins accessible et coûte de plus en plus cher. Et si elle coûte de plus en plus cher, c'est parce qu'on produit de moins en moins bien ou de moins en moins simplement».
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L’hommage
Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR
«Essamay», le repos éternel du guerrier
En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.
Harouna DEME
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