« Relations tendues entre le Président et son Premier ministre : les petites misères de Macky Sall ». Sur cinq colonnes à sa une « Le Quotidien » mettait, hier, sur la place publique ce qui se susurrait dans les salons depuis quelques semaines, voire quasiment depuis la nomination de Abdoul Mbaye au poste de Premier ministre, et qu’on avait du mal à croire : un malaise diffus au sommet de l’Etat, saperait son efficacité, expliquerait certaines dissonances dans la symphonie gouvernementale que tente d’orchestrer Macky Sall. Le Journal, par la plume de son administrateur général, Madiambal Diagne, donne ainsi force détails sur les raisons de ce qu’il appelle «les petites misères» - rien que ça !- du président de la République, dont certaines remonteraient, déjà, aux lendemains même de la nomination inattendue de Abdoul Mbaye à la Primature. Quelque chose, suggère Le Quotidien, qui relèverait de l’ «erreur de casting».
Et ce n’est pas tout. Selon toujours Diagne, comme l’appelle familièrement ses journalistes, en plus d’avoir trop hâtivement instruit le ministre du Tourisme, Youssou Ndour, de reprendre le « King Fahd Hôtel » à Racine Sy, Abdoul Mbaye « a été accusé d’utiliser sa position de Premier ministre pour régler quelques petits comptes familiaux et personnels ». Pour rester dans la métaphore musicale, donc, le Premier ministre avait instauré une sorte de polyphonie gouvernementale, jouant à contrepoint une manière de solo. Soit. Cependant –même s’il y a eu l’épisode du « King Fahd Hôtel » où l’on a voulu trop cavalièrement passer outre l’engagement réaffirmé du Chef de l’Etat pour la préférence nationale comme fausse note- force est de reconnaître que le pic du tumulte, dans la polyphonie, faisant virer celle-ci à la cacophonie, a été atteint avec la contestation fracassante par Cheikh Tidiane Mbaye, Président du Conseil d’Administration de la boîte, mais, ici, surtout, frère puîné du Premier ministre, de la décision du président de la République de nommer M. pape Dieng au poste de Directeur général de la Senelec. Cette démission tapageuse du Pca, avant même l’examen par le Conseil de la décision, est une sorte de révélateur dont on se demande si M. C.T. Mbaye lui-même se rend compte de ce qu’il met à jour. Et c’est ce que l’on va voir. On peut tout reprocher à la famille Mbaye, sauf de n’être pas soudée. La presse a même raconté, sans jamais avoir été démentie, que c’est le petit frère CTM, à qui Macky Sall l’avait proposé, qui aurait suggéré que le poste de Premier ministre revînt à son frère. On peut donc supposer que Cheikh Tidiane connaît bien l’agenda de son grand frère pour les mois, les années à venir. Or, si cet agenda de Abdoul Mbaye était le même, ou encore recoupait, seulement pour un terme, celui du président de la République, son frère n’aurait pas « osé » pareil esclandre, lâchage pétaradant du gouvernement au milieu du gué. Cette contestation, inédite dans sa forme, d’un décret présidentiel par un Pca, précédée d’une campagne médiatique où, hormis M. Dieng, l’épouse même du Chef de l’Etat n’avait pas été épargnée, présentée comme l’instigatrice de la nomination, parce qu’elle serait l’amie de l’épouse du tout nouveau directeur général, révèle aussi, quels qu’en soient les véritables protagonistes - et les Mbaye sortiraient difficilement du lot, en tant que clan - la férocité des méthodes qui peuvent être mis en oeuvre dans la bataille ouverte qui a débuté avec cette affaire. Car enfin, Mme Sall, Marième Faye, la quarantaine ou même pas, qu’on a même un peu de mal à appeler Mme la Présidente, n’a pas demandé à être là. A quarante ans, ou moins, épouse de chef d’Etat, elle a bien évidemment des amies, en aura de nouvelles et on peut gager qu’il y aura parmi elles des épouses de directeurs généraux, et des directrices générales mêmes. Et ce n’est pas parce qu’elle l’aura cherché, on peut papier. Alors ? Pour parler comme le truculent chroniqueur Ibou Fall, sévissant ces jours-ci à Sud Quotidien, elle n’est ni «doomu madame», ni «doomu toubab» et pas fille à papa, et c’est peut-être ce qu’on lui reproche. Tout comme son époux d’ailleurs, que son destin, qui a rencontré son courage et la volonté populaire, a mené à la présidence de la République.

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