De nouvelles alliances

Vendredi 6 Janvier 2012

Les congrès d’investiture tenus cette semaine ont montré, outre une grande capacité de mobilisation des candidats et de leurs organisations respectives, une envie tout aussi remarquable des Sénégalais de prendre part au scrutin présidentiel du 26 février. Des adhésions personnelles ou de groupes ont été notées et rendu publiques à ces occasions, mais l’un des faits les plus notables est la présence des syndicats. Jusque-là ces organisations ne s’affichent en politique que très rarement, alors que cette fois-ci elles entendaient faire voir et savoir qu’elles étaient bien là pour répondre à l’invitation d’un candidat de l’opposition à l’élection du président de la République.



Cette attitude est à mettre en relation avec le climat social marqué par le nombre des grèves syndicales et la diversité des secteurs touchés. En plus de l’Enseignement et la Santé, où l’on enregistre sans doute la plus grande fréquence de mouvements d’humeur des travailleurs, des centrales comme la Fédération générale des travailleurs du Sénégal (Fgts) ou des organisations de travailleurs actuellement en conflit avec les autorités, la Société nationale des télécommunications (Sonatel) par exemple, se sont fait représenter au plus haut niveau dans ces
cérémonies d’investiture de candidats de l’opposition. Jusqu’ici le fait syndical se pliait à une doctrine de neutralité politique, même si les relations entretenues avec des partis étaient des secrets de Polichinelle. Sous le régime socialiste, la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts) était organiquement liée (affiliée) au Parti socialiste qui lui offrait, en retour, un quota de députés et, pendant longtemps, un poste de ministre dans le gouvernement. L’expérience du compagnonnage du Parti démocratique sénégalais, alors dans l’opposition, et de l’Union des travailleurs libres du Sénégal (Utls) avait tourné court et n’a pas pu reproduire le même schéma dit de «participation responsable» entre le Ps et la Cnts. En 2000, le Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes) avait, seul franchi le pas et appelé à voter en faveur de l’alternance. Il s’agit maintenant de voir ce que vont décider les syndicats présents aux cérémonies d’investiture de candidats de l’opposition. S’agit-il de simples tactiques pour rendre le gouvernement plus flexible dans les négociations dont l’échec répétitif a créé un climat de révolte très large dans différents secteurs de l’activité économique ? Ou bien la logique de la contestation va-t-elle être poussée à son extrême et aboutir à une jonction avec des forces politiques pour changer le régime ? La difficulté d’un choix tactique partagé, à défaut d’une unité d’action, réside tout d’abord dans l’extraordinaire émiettement du mouvement syndical sénégalais qui est éclaté en dix-huit centrales.
Le pouvoir libéral a participé à l’atomisation de ses organisations en en favorisant la démultiplication. Le voisinage avec la politique est une donnée de l’histoire du mouvement syndical sénégalais. En juillet 2011, des syndicats avaient adhéré au Mouvement des forces vives du 23 juin (M23), qui est une bonne plate-forme de rencontre avec l’opposition politique qui y est fortement représentée. La justification de cette initiative était le refus d’un troisième mandat au président Abdoulaye Wade qui aurait épuisé les deux auxquels la Constitution lui donne droit.
En déniant aux politiciens l’exclusivité du débat sur la Constitution, des syndicalistes comme Sidya Ndiaye, le Secrétaire de la Fgts, ont amorcé, de fait, un débat qui commence par la préservation de la stabilité nationale et qui pourrait fort bien se poursuivre par la lutte contre ceux qui la menaceraient. L’argumentaire syndical sur la question est spécifique. Il est fondé sur la sauvegarde de l’emploi car les travailleurs sont les premières victimes des crises sociales, or la persistance du président Abdoulaye Wade à briguer un troisième mandat serait une menace contre la paix sociale. Le raisonnement se conclut alors de lui-même quant à savoir par où regardent certaines organisations de travailleurs, même si elles ne l’expriment pas (encore) de façon claire et nette.
Mame Less CAMARA

TEUSS

L’hommage

Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR

Contre - attaque

«Essamay», le repos éternel du guerrier

En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.

Harouna DEME


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