CE QUE JE CROIS
Voici donc que les treize autres candidats admis à disputer les suffrages des Sénégalais à Abdoulaye Wade, dont la candidature a été validée en dépit du bon sens le plus élémentaire par le Conseil constitutionnel, vont aller en campagne électorale le plus sérieusement du monde. Il y a une dizaine de jours, vendredi 27 janvier, en contradiction avec les avis éclairés de spécialistes sénégalais du droit constitutionnel, dont certains rédacteurs de la présente loi fondamentale, Cheikh Tidiane Diakhaté et son équipe avaient pris le risque d’embrasser le pays en ignorant les espérances et les aspirations de milliers de Sénégalais de voir la vérité triompher de l’obstination irraisonnée et de la volonté irrationnelle du président Wade de s’imposer dans un jeu d’où il s’était lui-même exclu. En plusieurs occasions solennelles. D’abord en soumettant cette constitution aux sénégalais par référendum en 2001, constitution dont les deux innovations majeures étaient la réduction de la durée des mandats présidentiels à cinq ans, et la limitation desdits mandats à deux. Expressément, l’inspirateur de la nouvelle Charte fondamentale, Wade lui-même, fit dire au texte que son mandat en cours, dont la durée légale était de sept ans quand il l’entamait, n’était pas concerné par la disposition sur la réduction, et qu’il devait durer sept ans.
Tout aussi expressément, il fit dire au texte que « Toutes les autres dispositions de la présente constitution lui sont applicables », « lui » étant le président de la république. N’importe quel bon élève de CM2, sait bien, dès lors, que la disposition sur la limitation du nombre de mandats est applicable à Abdoulaye Wade, pour la raison élémentaire évidente que celle-ci fait forcément partie de « toutes les autres dispositions », quand il aura exclu celle portant sur la durée du mandat alors en cours. Ensuite, lors d’une conférence de presse, un jour où forcément il était psychologiquement au mieux de sa forme, parce qu’il venait d’être proclamé vainqueur de l’élection présidentielle de 2007, sans qu’aucune pression ne s’exerçât sur lui, Abdoulaye Wade s’était lancé dans une longue dissertation sur les raisons pour lesquelles, il ne pouvait plus se présenter à une élection présidentielle, dont celle-ci nous dit il : « J’ai verrouillé le nombre de mandats à deux, je ne peux pas me présenter une troisième fois ». Il semble que, pour comprendre ce que veut dire la constitution, si son interprétation de la lettre ne le satisfaisait pas, mon élève de CM2 devrait s’en référer à l’esprit de la loi. Or, personne n’incarne cet esprit plus que Wade qui vient de nous dire qu’il l’a verrouillée à deux mandats. Or, le Conseil constitutionnel… ou plutôt, les éminents membres qui le composent ont trouvé le moyen de comprendre le contraire de ce que l’évidence impose à tout esprit sain. Alors, qu’est-ce qui est arrivé à ces messieurs ? Je ne sais pas, mais de toute évidence, c’est plus grave que cinq millions d’augmentation de salaire. Et cela ne se guérira pas d’ici à la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, c’est évident. Or, ce jour-là, ils seront les derniers recours de quiconque aura une quelconque réclamation à faire sur lesdits résultats. Si Abdoulaye Wade a pu leur faire avaler quoi que ce soit qui les ait embrouillés au point de leur faire lire la langue française à l’envers de sa signification, dans une phrase aussi simple que « Toutes les autres dispositions… lui sont applicables », il leur fera avaler la même potion quand il s’agira de faire des additions et soustractions de voix d’électeurs par millions d’unités. D’ailleurs on a déjà vu les effets de la potion sur l’efficacité arithmétique des membres du Conseil avec les 12 000 signatures du candidat indépendant Youssou Ndour devenues 8 000, comme par magie, dans le laboratoire de ceux que j’ai nommé « Les cinq mages » dans ma précédente chronique. Pour cet exploit aussi, entre autres. Voici donc ce que je crois. Si une élection se tenait avec Abdoulaye Wade comme candidat, il en sera proclamé vainqueur par son Conseil constitutionnel. Qui peut le plus, peut le moins, dit-on. Or j’ai toujours pensé et continue à le faire qu’il était plus difficile au président sortant de passer l’obstacle constitutionnel à sa participation à l’élection, que de frauder la dite élection si jamais il y participait. Contourner la loi électorale, est normalement moins compliqué que de contourner la loi constitutionnelle. Or, aidé de Cheikh Tidiane Diakhaté et sa bande, Wade a réussi l’exploit. Sous nos huées, certes, avec pneus brûlés et assassinat délibéré de quelques manifestants. Mais alors ? Ce n’était qu’une brise qui passait…
Pour conclure, je vais tenter me consoler de mon désespoir annoncé pour la fin du mois de février, et peut-être même de ma désespérance naissante pour le Sénégal, avec deux faits. Un : je peux me tromper sur la perdition définitive des membres du Conseil ; j’espère même me tromper. Deux : Le M23, et les candidats qui adhèrent à son combat - ils sont nombreux et surtout comptent en leur sein des plus considérables -, semblent penser comme moi que Wade ne peut, surtout ne doit pas participer à cette élection. Et ils entrent donc en campagne pour, justement, empêcher cette participation. C’est eux les professionnels de la politique, on peut donc espérer qu’ils sauront le faire sans risque d’offrir au président sortant, presque sorti, une prolongation de son actuel mandat. Parce que tel que c’est parti, à mon humble avis, ils risquent, plutôt que d’empêcher la candidature de Wade (on se demande d’ailleurs comment ils comptent s’y prendre), d’empêcher carrément que le scrutin se tienne. Ce qui s’est déjà vu ailleurs. Un pays peut se passer d’élection !
Par contre, un pays, une république sans président…
S’il n’y a donc pas d’élection le 26 février, Wade risque de rester président, comme Gbagbo avec son « mandat cadeau », comme il disait lui-même, qui a duré autant qu’un mandat gagné, cinq ans, parce qu’au terme du premier, il était impossible d’organiser une élection présidentielle. Tout cela pour dire aux candidats membres du M23 que leur plan n’est pas d’une simplicité aussi évidente qu’il y paraît. Et qu’ils devraient en travailler encore les modalités d’exécution. Surtout les expliciter, pour le compte du peuple en charge de la mise en oeuvre du projet.
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L’hommage
Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR
«Essamay», le repos éternel du guerrier
En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.
Harouna DEME
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