C’est fatal, Wade a un truc pour gagner, le 26

Lundi 20 Février 2012

Au lendemain de la validation de la candidature du président Abdoulaye Wade à un troisième mandat à la tête du pays, nous avions titré notre chronique ainsi : « Le Conseil insurrectionnel ». Titre souriant, certes, mais rire et réfléchir vont plus souvent ensemble qu’il peut y paraître. La décision de ceux que j’avais par la même occasion rebaptisés « les cinq mages » était bien évidemment grosse de tous les risques imaginables. Alors je me suis mis à croire que les membres de la « Drame team » à Cheikh Tidiane Diakhassé-Rew, manquaient singulièrement d’imagination pour n’avoir pas pressenti ce qui allait advenir et dont on a eu, le week-end passé, ce qui n’est peut-être qu’un avant-goût si Wade continuait à croire qu’il peut impunément arracher au peuple, le 26 février prochain, ce qu’il a arraché à son Conseil constitutionnel. Je me suis complètement ramassé à propos de la fertilité imaginative de nos… allez !... cinq sages. C’est avant-hier seulement que je m’en suis rendu compte quand j’ai appris quel argument leur a servi de béquille pour tenir debout, nous regarder dans les yeux et nous dire que « Oui, Abdoulaye Wade était un candidat valide ».

Depuis que je chronique sur cette affaire, je me suis toujours appuyé, après les avis éclairés de constitutionnalistes dont certains étaient corédacteurs de notre Charte fondamentale, sur la clarté de la langue française telle qu’elle est utilisée dans l’énoncé de l’article 104 de ladite Charte. Il semblerait que les juges constitutionnels, pour valider Wade, ont argumenté que « L’article 104 est superfétatoire ». Superfétatoire ? Hum !? Le Dictionnaire universel, souvent très disert, se contente pour définir cet adjectif d’un autre très courant, connu de tous : « Superflu ». Donc, l’article 104 de notre Constitution, qui nous a fait suer des mois, fait organiser des séminaires, diviser le pays en deux camps retranchés le couteau entre les dents, nécessitant un arbitrage de spécialistes amenés par l’Etat à grand frais des quatre coins du monde, est un article superflu. Ça… même l’enchanteur Merlin n’oserait un tour pareil. Résultat : comme tous les tours de magie, les effets du « Superfétatoire » de nos cinq mages sont éphémères. Comme sorti d’une sorte d’hypnose, le peuple a cligné des yeux, repris ses esprits et n’en croit pas ses oreilles d’entendre Wade battre campagne électorale comme tout le monde, promettre monts et merveilles, et annoncer même qu’il va gagner au Premier tour le 26 février prochain. Et le peuple de dire « Non ». Les Y-en-a-marristes, le M23, certes, mais aussi un groupe d’universitaires, enseignants et chercheurs, avec comme bannière le « Devoir de résistance », des anonymes qui, le week-end dernier, ont inscrit sur des bouts de cartons des « Wade dégage » ou des « Touches pas à ma constitution », parfois avec des fautes d’orthographe, déficit d’expression compensés par de gros cailloux jetés à la figure de l’Etat-policier, suivis par quelques candidats déclarés à la présidence qui ont su lire la direction du vent de révolte populaire réveillé par le Conseil Insurrectionnel. Et le pays s’embrase dangereusement devant l’indifférence ubuesque du candidat sortant (plutôt sorti, mais qui refuse), chef de l’Etat à ses heures perdues, l’inculture du ministre de l’Intérieur qui ne sait pas que quand on, envoie des jeunes policiers armés mater une révolte populaire, on les briefe sur le traitement spécial à réserver, à cause de leur sensibilité, aux hôpitaux, aux lieux de culte, aux personnes vulnérables, etc. Et que ce n’est pas que de la philosophie et de la morale, mais que ce serait juridiquement compliqué d’en violer l’intégrité. Conséquence : une grenade lacrymogène jetée avec hargne dans une mosquée où, je regrette, personne parmi les marcheurs dispersés par la police ne s’était réfugié. Deux ou trois garçons, drapés dans le drapeau national étaient devant la Zawia quand on leur a jeté une grenade lacrymogène dont la fumée s’était infiltrée dans la salle de prière d’où sont sortis des fidèles dont l’un a donné un coup de pied dans une grenade qui fumait devant la porte comme pour un retour à l’envoyeur ; il portait un boubou rayé, tout le monde l’a vu à la télévision. C’est quand il retournait vers la mosquée que le policier s’est avancé et a balancé son engin par-dessus son épaule dans le lieu de culte. Ça a mis la communauté tijane dans une colère noire, ce vendredi. Colère qui n’était pas retombée samedi, quand les habitants de Tivaouane, sourds aux appels des autorités religieuses de la ville ont assiégé le ministre de l’intérieur, Ousmane Ngom dans la demeure du porte parole du khalife ; colère encore vive dimanche quand de jeunes Tijanes, toujours sourds aux appels d’Abdou Aziz Sy-Junior, ont grossi, à dakar, les rangs des insurrections diverses qui allument le pays depuis la décision magique du Conseil insurrectionnel. Sur ce, des voix s’élèvent de partout pour demander une initiative quelconque afin de calmer le jeu par l’instauration d’un dialogue. Parmi les propositions entendues, beaucoup incluent un report des élections. Oh, paradoxe, qui ne veut pas entendre parler de ça ? Le camp du pouvoir. C’est la première fois que mes plus si jeunes yeux voient ça. Un pouvoir qui entend son pays bruire d’une révolte du nord au Sud, de l’est à l’ouest en passant par le centre et ses colonies expatriés, à une semaine d’une élection présidentielle qu’il n’a objectivement pas de chance de remporter, et qui ne veut pas entendre parler de report ! Je ne parle pas de la valeur des propositions de report. ? Je suis fasciné par la posture irrationnelle des libéraux qui ne doit pas être si irrationnelle que ça. Ils vont partout clamant qu’ils vont gagner au premier tour envers et contre toute logique et tiennent absolument à aller aux élections, dans une semaine, alors que de Diourbel à Cambérène, de Kaolack à Rufisque, Golf, Hamo 1,2,3 et autres, à Sangaga, à la rue 6, sur l’Avenue Blaise Diagne, hier seulement, jusque dans la nuit, sans qu’on ne voit l’ombre d’un leader de l’opposition, ni le M23, hantise du pouvoir, c’était la révolte avec un seul mot d’ordre : « Nous ne voulons plus de Wade ». Alors, pour finir, que le vote des militaires a enregistré un taux de participation quasiment à un chiffre dans la plupart des circonscriptions électorales ! Il faut que le pouvoir ait gardé un atout magique dans sa manche pour oser aller à ces élections-là. Mais on l’a vu avec la décision du Conseil constitutionnel validant Wade. Les effets des tours de magie ne durent pas longtemps, et les libéraux ne font que mûrir le conflit en le différant. Et un conflit mûr, il n’est mûr que pour l’affrontement.
Par Pape Samba KANE

TEUSS

L’hommage

Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR

Contre - attaque

«Essamay», le repos éternel du guerrier

En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.

Harouna DEME


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