Après Sanha, quelle Guinée Bissau ?

Mardi 10 Janvier 2012

La mort de Malang Bacaï Sanha, président de Guinée-Bissau, a été annoncée officiellement, hier, par les autorités de ce pays avant d’être reprise par l’Agence France Presse. A l’heure où nous mettons sous presse, l’information a fait le tour du monde. On ne peut bien entendu faire semblant d’oublier que le Populaire avait annoncé le décès de Sanha, il y a plusieurs semaines (notre édition des 3 et 4 décembre 2011), information démentie par le gouvernement bissau-guinéen par un communiqué officiel publié par nos soins, au lendemain de sa publication.
Nous ne sommes pas en train de dire, même de façon lointaine, que nous avions raison alors, nous souhaitons même de toutes nos forces nous être trompés à l’époque. Parce que s’il aura fallu tout ce temps aux autorités de Bissau pour s’estimer en mesure de gérer un tel événement, cela voudrait dire que la situation politique chez ce voisin essentiel pour le Sénégal au plan géopolitique, est plus préoccupante qu’il n’y paraît. Or, comme il y paraît, déjà, la situation politique actuelle de la Guinée-Bissau est plus qu’alarmante, pour le monde, pour le Sénégal et, surtout, pour le pays de Cabral lui-même dont, peu de gens le savent, l’Onu avait- il- y peu envisagé la mise sous tutelle.

C’est-à-dire tout remettre à zéro, recréer une administration, redimensionner l’armée, avant d’envisager une normalisation politique qui passerait par des élections sous surveillance internationale. Au-delà les questions politiques et sociales qui prennent racine dans le passé colonial du pays
avec sa longue guerre de libération, l’irruption du narcotrafic et ses accointances aux plus hauts sommets des hiérarchies militaire et politique était à l’origine de ce projet onusien singulier. C’est que la Guinée Bissau est un pays singulier. Depuis son indépendance, le pays n’a connu la stabilité sur un temps assez long pour permettre d’installer un Etat organisé apte à exercer un contrôle sur la détention et la circulation
des armes. L’armée reste un élément d’instabilité chronique, avec des chefs de guerre historiques ayant du mal à se recycler, et des factions dont chacune a sa correspondante politique, d’où tous ces coups d’Etat perpétrés par des militaires pour donner le pouvoir à des politiques. Depuis l’indépendance du pays aucun chef de l’Etat n’y a achevé un cycle normatif. Aucun président élu n’y a jamais achevé un mandat sans le perdre à l’occasion d’un coup d’Etat ou d’un assassinat, jusqu’à Malang B. Sanha, président ami du Sénégal, un espoir pour la stabilité, qui, lui, sera frappé par le destin. Et aucun putschiste n’aura quitté le pouvoir en douceur. Pays assurément singulier… Mais, notre chroniqueur hôte, Babacar Justin Ndiaye a l’habitude de le rappeler, en diplomatie, on peut choisir ses amis, mais on ne choisit pas ses voisins. Et le Sénégal est, avec la Guinée-Conakry, les deux seuls pays ayant une frontière avec Bissau, une sorte de triangle dont le côté restant est bordé par l’océan, porte vers tous les bienfaits économiques et écologiques pour ce pays forestier, mais aussi passoire pour les narcotrafiquants et marchands d’armes qui, souvent, se confondent. Et puisqu’il ne se passe rien à Conakry, Dakar représente l’unique ouverture politique, voire sociale, sur le monde pour ce pays. Cependant, frontalier de la région naturelle et irrédentiste de Casamance, ce pays gorgé d’armes, aux luttes politico-militaires pour le contrôle du pouvoir quasi-constantes ne peut représenter pour le Sénégal, en tout cas pour un pouvoir responsable, qu’un voisin parmi d’autres. La longue maladie du président Sanha, encore une fois, ami du Sénégal, n’avait pas connu sa fin tragique qu’un regain de violences s’annonçait en Casamance, qui prend aujourd’hui des allures inédites avec prise d’otages militaires et assaut très audacieux sur une brigade de gendarmerie. Presque concomitamment, un supposé coup d’Etat, qui ne serait que la manifestation des luttes entre factions rivales pour le contrôle de certain trafic secouait la Guinée Bissau. Souhaitons que le président de l’Assemblée nationale, Reymundu Preira saura conduire l’intérim vers de nouvelles élections dans la stabilité et la paix. Il a soixante jours pour cela, selon la Constitution du pays. En tout état de cause, vu les profils de ceux qui, sauf accident, toujours à prévoir à Bissau, risquent de devenir les hommes forts du pays, Preira, avocat de profession, et Carlos Gomez, actuel Premier ministre, banquier (tous deux du Paigc, parti du défunt président), on peut espérer que la Guinée-Bissau sorte de l’ère des dinosaures, monstres sacrés de la guerre de libération. Pour entrer dans celle d’un Etat moderne.
Par Pape Samba KANE

TEUSS

L’hommage

Son jubilé, Boc l’aura bien réussi sur une pelouse qu’il connaissait bien : celle de Demba Diop, là où il a, maintes fois, brillé de mille buts. En l’espace de quelques jours, Boc a réussi de l’au-delà à éclipser tout le reste de l’actualité nationale. Politique, économie et même la Biennale des arts, tout a été off. Le culte tardif que les «goorgoorlus» font à «l’éternel Essamay» traduit le zèle des nouveaux convertis à la passion Boc. C’est vrai qu’un seul être vous manque… Mais puisqu’il vaut toujours mieux tard que jamais - mais un hommage de son vivant aurait été plus méritoire encore -, la Nation reconnaissante a rendu un hommage solennel à son ex-capitaine qui avait su faire traverser le vaisseau national bien des zones de turbulences, comme il a, malheureusement, participé à des naufrages cuisants. C’est ça aussi la vie, mais Boc a été aux avant-postes et a donc mérité cet hommage national. Mais dans toute cette ferveur, il ne manque pas de récupérateurs, de contempteurs, d’hier, qui ont retourné leur veste pour dire que des larmes de crocodile, il y en a eu qui ont alimenté les torrents qui ont inondé le stade Demba Diop. Où étaient-ils tous ces pleureurs quand Boc achevait le reste de sa vie, ne voyant juste que ses proches et amis fidèles ? Commdia del arte. Bas les masques ! Et comme le dit la locution latine : «sic transit gloria mundi»…
Samba ALAAR

Contre - attaque

«Essamay», le repos éternel du guerrier

En cette matinée du mercredi 16 mai 2012, la terre de Casamance va ensevelir l’un de ses illustres fils :
Jules François Bertrand Bocandé. Un fils que toute une région, tout un pays, toute une nation, tout un continent, dirons-nous, pleure depuis ce funeste après-midi du 7 mai 2012. Une date à laquelle Boc a été, prématuré hélas, arraché à l’affection de ce Sénégal à qui il a tout donné.
Pierre Goudiaby Atépa a eu donc raison, hier, lors des funérailles nationales officielles organisées au stade Demba Diop, de dire qu’«il est de ces êtres qui ne meurent pas». Oui, monsieur Atépa, Jules François Bocandé fait partie de ces êtres-là qui ne meurent jamais. Bocandé est un immortel. Si, bien sûr, par immortel on entend un être inoubliable. Un être qui aura tout donné pour le sien. Un être qui aura marqué les esprits et traversé les décennies. En ce sens, Boc est effectivement un immortel.

Harouna DEME


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