ABDOULAYE BATHILY, MINISTRE D’ETAT AUPRES DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : «Abdoulaye Wade a posé partout des bombes à retardement…»

Mardi 7 Août 2012

Historien, Professeur titulaire des Universités, Abdoulaye Bathily, nommé récemment ministre d’Etat auprès du président de la République, aborde,
dans l’entretien qu’il nous a accordé, les questions brûlantes de l’heure. Sans détours, le Secrétaire général de la Ligue démocratique (Ld) se prononce, entre autres questions, sur le conflit casamançais, les problèmes de l’énergie et de l’éducation, les audits et le maintien du Sénat ou non.


ABDOULAYE BATHILY, MINISTRE D’ETAT AUPRES DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : «Abdoulaye Wade a posé partout des bombes à retardement…»
Avez-vous été surpris par votre nomination au poste de ministre d’Etat auprès du président de la République ?
Cette nomination ne m’a pas surpris, dans la mesure où au deuxième tour de la Présidentielle, la Ligue démocratique (Ld), dans le cadre de «Benno Siggil Senegaal», a soutenu la candidature de Macky Sall. Au deuxième tour, nous avons fait campagne ensemble, nous avons gagné. Et le principe était retenu que nous allions gérer ensemble, et dans le cadre de gérer ensemble qui, pour moi, signifie le partage des responsabilités dans le cadre de ce que le chef de l’Etat aura décidé. Il était tout à fait normal qu’une telle mission me soit confiée. Je remercie le président Macky Sall pour cette marque de confiance, au-delà de ma personne, à la Ld, et naturellement, essayer dans la mesure de toutes mes forces d’être à la hauteur de cette mission, parce que, pour nous, cette mission est une mission au service de la nation sénégalaise, au service du peuple Sénégalais. Nous nous sommes engagés dans la politique, non pas pour nous servir individuellement, pour faire des carrières de ministre ou pour servir un parti, mais pour servir le pays. C’est dans ce cadre-là que j’ai accepté d’assumer cette mission.

Pourtant, vous disiez que vous ne vouliez pas de poste dans le gouvernement…
J’ai dit que je ne voulais pas entrer au gouvernement, parce que les responsabilités gouvernementales, je les ai déjà assumées. Donc, je ne suis pas membre du gouvernement en tant que tel. C’est un poste de ministre d’Etat auprès du président de la République. Et c’est le président qui décide ponctuellement de la mission qu’il va me confier dans ce cadre là, en fonction de mes compétences, en fonction de ce qu’il considère comme étant de ma compétence. Donc, c’est des missions que je vais assumer, en fonction des besoins qu’il aura à exprimer dans ce sens-là.

Donc, c’est votre part du gâteau…
Nous ne considérons pas l’action politique comme un investissement pour aller préparer un gâteau à se partager. Si vous regardez sur la scène politique, aujourd’hui, de tous les leaders qui sont là, je peux dire que je suis parmi les plus anciens dans la lutte pour la démocratie. Beaucoup de leaders sont sur la scène politique, je ne parle pas des plus jeunes, mais ceux de ma génération, la plupart, ils étaient dans des partis ou dans le parti au pouvoir. Faire carrière dans le parti au pouvoir, c’était facile à l’époque, parce que c’était le parti unique : l’Ups- Ps. J’aurais pu faire carrière dans l’Ups-Ps. Si c’était une question de carrière politique, en 1968, 1969,1970,1971 et même après, j’aurais pu faire carrière dans
le parti au pouvoir. J’ai fait un autre choix. Si j’avais fait le choix d’être dans le parti au pouvoir de l’époque, j’aurais pu aussi étaler une longue carrière de ministre. Et peut être m’enrichir aussi. Mais, je n’ai pas pris cette option. J’ai pris l’option de la lutte. Tout ce que j’ai obtenu dans la vie, c’est à la force de mon poignet. Je n’ai jamais eu de bourse. Après le Prytanée militaire, je n’ai pas eu de bourse. J’ai travaillé pour payer mes études supérieures. J’ai lutté pour qu’il y ait démocratie dans le cadre des organisations auxquelles j’ai appartenu : le mouvement syndical, étudiant, le mouvement enseignant, les partis politiques clandestins : le Pai, la Ld. Nous n’avons pas choisi le chemin de la facilité.

Pourquoi ?
Parce que nous croyons en quelque chose. Nous avons des convictions que, dans un pays il faut la démocratie, il faut le pluralisme politique. Il faut la libre expression des idées. C’était le sens de notre combat. Il faut travailler pour l’intérêt général. Et aujourd’hui, nous n’avons pas dérogé par rapport à ça. Donc, ce n’est pas, aujourd’hui, une question de partage du gâteau. Le gâteau, c’est ce qui ont eu des carrières dans les partis au pouvoir et qui ont eu tous les avantages. Ce n’est pas le cas en ce qui me concerne. Donc, pour moi, je ne considère pas que ce soit un gâteau à partager. Il n’y a pas de gâteau à partager. C’est une mission même que je redoute, parce que, moi, aujourd’hui, là où je suis, je
dois dire, honnêtement, j’aurais été beaucoup plus à l’aise sur le plan strictement personnel, si je n’avais pas de telles responsabilités. Mais, je considère plus comme un sacerdoce ce qu’on m’a donné, aujourd’hui, comme responsabilités. Donc, il n’y a pas de gâteau à partager, c’est des responsabilités, des défis à relever, parce que nous nous sommes engagés devant le peuple sénégalais pour dire que nous allons faire en sorte que sa vie soit meilleure. Et j’ai une petite expérience de plusieurs décennies de lutte, de combat, mais aussi une expérience de relations, de participation à la gestion du pouvoir. J’ai été, quand même, ministre de l’Environnement, de l’Energie et de l’Hydraulique. J’ai participé à la
réflexion en Afrique sur la vie de plusieurs régimes. Toute cette réflexion-là, aujourd’hui, je pense que ce serait égoïste de ma part de ne pas la mettre à profit pour le nouveau régime. Je ne suis pas nihiliste. Nous avons combattu, nous avons gagné, il faut que vraiment, chacun, aujourd’hui, mette son expérience au service du pays. Là où on est appelé. Et c’est le sens, aujourd’hui, de ce nouvel engagement.

Est-ce à dire que Macky Sall est bien entouré à la Présidence ?
Macky Sall a fait appel à moi, je crois que c’est à lui qu’il faut poser la question. En tout cas, moi, je m’efforcerai loyalement, parce que, nous, quand nous nous engageons dans quelque chose, nous nous engageons entièrement. Nous ne connaissons pas de demi-mesure, de jeux ou de crocs-en-jambe à gauche et à droite. Nous sommes des militants. Nous allons l’aider de toutes nos forces, de toutes nos énergies, par notre réflexion et notre petite expérience. Nous allons les mettre à sa disposition. Et c’est ce que nous avons voulu faire. D’ailleurs, en 2000, Abdoulaye Wade, finalement, il a considéré que lui seul, il pouvait tout faire. Il s’est débarrassé de nous. C’était son choix, mais je constate, avec bonheur, que Macky a bien commencé. Il a fait autre chose. Il a voulu donner de la place à beaucoup de ses alliés, pour que chacun donne la mesure de ses capacités. Et je pense que nous devons tous jouer le jeu, loyalement.

Avez-vous une feuille de route ?
J’ai une feuille de route, mais je la déclinerai avec le président de la République. Je viens d’être nommé, c’est à lui de me confier des responsabilités. Et en fonction des responsabilités qu’il me confierait, je déroulerai.

Vous avez suivi le parcours du gouvernement depuis son installation. Comment trouvez-vous son action ?
Le gouvernement a été mis en place dans des conditions très difficiles. L’héritage d’Abdoulaye Wade est très lourd. Ça, nous n’avons cessé de le dire ces dix derrières années. Nous savons qu’Abdoulaye Wade a posé partout des bombes à retardement. Il y a des questions importantes de la vie nationale qu’il a négligé pendant ses 12 années de pouvoir. Il a mené une agitation permanente, il a plongé le pays dans des conflits interpersonnels permanents à l’intérieur comme à l’extérieur de son parti. Un groupe s’est enrichi immensément au détriment de la nation. Nous en voyons, aujourd’hui, tous les signes. L’agriculture est plongée dans la crise, le secteur énergétique est plongé dans la crise, le secteur de
l’éducation, n’en parlons pas. Au lieu de s’attaquer à ces questions-là, à l’époque, il s’était lancé dans ce qu’il appelle les infrastructures, c'est-à-dire la Corniche, où l’on a mis des milliards et des milliards. Et où est-ce que ça a amené le pays ? Aujourd’hui, donc, le gouvernement est confronté à ces difficultés. Comment, aujourd’hui, gérer l’après-Wade ? Ce n’est pas une affaire d’une journée, d’un mois ou de quatre et cinq mois même d’un an. Peut-être même un mandat ne suffira pas. Si on veut sérieusement travailler, parce qu’il y a les fondamentaux de notre pays qui ont été mis en mal par le comportement d’Abdoulaye Wade. Maintenant, ce que je constate, c’est qu’il y a des signes intéressants. Il y a d’abord la recherche des biens mal acquis. Et dans beaucoup de secteurs, l’énergie, au niveau de la protection de la nature, l’agriculture, des initiatives sont prises. Nous, notre rôle, en tant que gardien vigilant des engagements que nous avons pris, c’est d’appuyer la pédale pour que ces engagements soient respectés et pour que ces mesures-là soient suivies constamment d’autres mesures. Donc, à l’heure actuelle, je ne peux que féliciter le gouvernement, l’encourager à poursuivre le travail.

Pensez-vous que Macky Sall puisse résoudre toutes les questions que vous venez d’énumérer ?
Je ne pense pas que Macky puisse résoudre toutes ces questions, en même temps, et dans les délais. Je ne sais pas. La crise casamançaise, je pense qu’il y a une bonne volonté exprimée par le président de la République. Non seulement, il est allé en Casamance entre les deux tours, mais également il a pris un certain nombre d’initiatives. Déjà, il a rencontré le président Yaya Jammeh de la Gambie. Il a donné son accord pour, qu’effectivement, les pays voisins et d’autres facilitateurs puissent intervenir dans ce dossier. En tout cas, il y a de bonnes volontés et des initiatives dans le bon sens de la part du président. Deuxièmement, je constate, également, que le Mfdc, en tout cas, certains de ses responsables, ont exprimé leur disponibilité à aller au dialogue. Ça aussi, c’est important. Aussi bien pour Salif Sadio que d’autres éléments de l’aile sud du Mfdc. Je pense, et je souhaite, très rapidement, qu’on puisse entrer en matière. Sant’Egidio a décidé de s’investir, et apparemment, les deux parties sont d‘accord pour que cette organisation religieuse, qui a fait ses preuves ailleurs, puisse aussi intervenir. C’est une excellente chose.

Et la question énergétique ?
La question de l’énergie est très complexe. J’ai été ministre de l’Energie. Et d’ailleurs, Macky Sall est venu après moi. Donc, ce sont des dossiers que je connais. Ce sont des dossiers complexes. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on peut les régler. J’ai eu l’occasion de m’en expliquer. Il faut augmenter la capacité de production énergétique. Ça coûte beaucoup d’argent. Il faut aussi rénover le réseau de distribution de l’énergie, un réseau qui est vétuste. Ça aussi, ça demande de l’argent. Ce n’est pas du jour au lendemain, même si on a l’argent, qu’on peut rénover le réseau. Ça demande des travaux. Alors, dans un contexte de difficultés financières, où les finances publiques ont été mises en mal par Abdoulaye Wade, il faut tenir compte de cette situation. Mais, quand j’ai vu le document que le président de la République a fait publier, en marge du Conseil des ministres, à Diourbel, j’ai dit : «La voie est prise pour aller dans le sens du règlement de cette question». Combien de temps exactement ça va prendre ? je ne sais pas. Mais, tout le monde sent, aujourd’hui, la nécessité urgente de régler la question de l’énergie au Sénégal. Parce que, non seulement, les délestages rendent la vie difficile pour le citoyen, mais c’est toute l’économie nationale qui est mise en péril par ce déficit énergétique. Quand l’énergie marche, l’économie marche. C’est avec l’électricité qu’on peut tout faire avec le monde
moderne. Sans l’électricité, on ne travaille pas dans les bureaux, les entreprises ne fonctionnent pas. Même le vendeur d’eau fraîche ne peut pas avoir de revenu. Je sais qu’aujourd’hui, le gouvernement en fait la priorité des priorités. Maintenant, je suis incapable de dire dans quel délai tout cela sera fait. Mais, je sais qu’il y a déjà des mesures importantes qui sont prises.


ABDOULAYE BATHILY, MINISTRE D’ETAT AUPRES DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : «Je ne souhaite pas un jour être en retraite militante»

Le secteur éducatif est également préoccupant…
Je suis enseignant, je vais aller à la retraite en décembre. J’ai 1200 copies à corriger, rien que pour les deuxième et troisième années, et ma maîtrise. D’autres collègues ont encore plus. Ceux qui sont dans d’autres départements de langues, Espagnol, Anglais ou Droit, ils en ont encore plus. Ça montre qu’il y a un problème dans notre système éducatif, ne serait-ce qu’au niveau du supérieur. Et c’est tout le circuit de l’enseignement, aujourd’hui. Il faut revoir le système éducatif. Donc, c’est autant de chantiers importants. À mon avis, les Sénégalaises et les Sénégalais ne demandent pas qu’on résolve tous les problèmes, ici et maintenant, parce que c’est impossible. Aucun démagogue ne leur servira ça, et qu’ils l’accepteraient. Les gens sont très mûrs, maintenant. Mais, ce qu’ils veulent, c’est la bonne volonté. S’ils voient que le gouvernement travaille, que les gens sont de bonne volonté, qu’ils s’attaquent à leurs problèmes, ils sont prêts à être patients pour que les mesures aient leurs effets. Je pense que, sur ce plan-là, certes il y a l’impatience, c’est normal, les gens ont attendu si longtemps, qu’ils veuillent, tout de suite, que tous les problèmes soient réglés. Mais aussi, les gens sont suffisamment avertis, pour savoir que tous les problèmes ne vont pas être réglés, ni en six mois, ni en trois mois, et même en un ou deux ans. Macky Sall fera, ici, dix ans, deux mandats, mais il laissera certains chantiers inachevés. C’est sûr. Parce que, même si on met un terme aux délestages, mais il faut augmenter la capacité énergétique, parce que la demande en énergie est très importante. Ce que les peuples attendent de leurs dirigeants, c’est la sincérité, l’honnêteté, l’intégrité, la probité dans la démarche. Lorsque ces comportements sont affichés, le peuple voit la sincérité. En conséquence,
il peut attendre.

Moustapha Niasse est-il l’homme qu’il fallait à la tête de l’Assemblée nationale ?
Je pense que les députés ont décidé, ils ont pris quelqu’un qui est à la mesure de la tâche. Il n’y a aucun problème. Je l’ai déjà dit, Moustapha Niasse a le profil pour être le président de l’Assemblée nationale. Les députés l’ont élu, c’est très bien. Maintenant, le bureau au travail. Le travail parlementaire est un travail très important. Je l’ai fait deux fois de suite. Et je sais que, si on prend ça au sérieux, il y aura énormément de choses à faire, qu’on rompe avec la tradition du député du président, du parti. Les députés sont des députés de la nation. La nation les regarde. En tout cas, pour moi, celui que les députés ont choisi convient à l’institution. Il est à la hauteur, par son parcours et sa personnalité. Mais, ce serait
pour moi une insulte pour les 149 autres députés de dire que Moustapha Niasse est le seul à pouvoir être président de l’Assemblée nationale. Il y a, peut-être, d’autres, puisque je ne les connais pas tous.

Pourquoi Abdoulaye Bathily est contre le maintien du Sénat ?
Je voudrais vous dire d’abord, que ce n’est pas une position personnelle d’Abdoulaye Bathily. Nous avons participé aux Assises nationales. Dans les débats et les conclusions qui en ont résulté, il a été dit que le Sénat n’est pas une institution utile. Nous n’avons pas besoin, à l’Etat actuel de notre démocratie, d’avoir deux chambres législatives, deux chambres qui font des lois. C’est artificiel, c’est de trop. Premièrement. Deuxièmement, cette chambre législative, comme une chambre qui vote des lois, peut ne pas être élue, puisque le Sénat, tel que la Constitution actuelle en dispose, il y a des sénateurs élus par les collectivités locales, par département, et le reste est désigné par décret. Donc, la majorité des sénateurs est nommée par décret. Des gens nommés par décret n’ont pas la légitimité suffisante pour voter des lois, par rapport aux députés. Voilà, donc, deux arguments qui ont été développés aux Assises nationales et qui ont abouti au fait que le Sénat doit être supprimé dans sa composition actuelle, dans son mode de désignation actuel. En lieu et place, les Assises ont proposé le Haut Conseil des collectivités locales. C’est-à-dire que ce Haut Conseil des collectivités locales serait l’émanation des élus locaux : conseillers municipaux, ruraux, régionaux. Donc, c’est la position des Assises nationales, dont je me prévaux, moi. Je ne peux pas revenir sur une décision qu’on a prise. Maintenant, les Assises peuvent discuter, pour savoir, dans le temps présent, est-ce qu’il faut aller vers l’application immédiate des conclusions ou pas ? Mon opinion est fondée sur ce que les Assises nationales ont décidé. Et ce n’est pas mon opinion personnelle, encore que ça correspond à mon opinion personnelle. Déjà, en 2000, nous avions demandé la suppression du Sénat. Et on l’avait supprimé, quand on est arrivé. Mais, c’est Abdoulaye Wade qui l’a fait revenir, et dans des conditions pires que ce que le Sénat était du temps du Ps. Maintenant, le débat est en cours, demain (samedi dernier) (ndlr : l’entretien a été réalisé le vendredi), la Commission de suivi va présenter un rapport sur les conclusions des Assises nationales et proposer un schéma d’application de ces décisions-là. Le Comité national de pilotage va être saisi de ce rapport et peut-être va donner une opinion sur cette question. Le Sénat actuel, son mandat va arriver à expiration en septembre. Soit on supprime carrément par loi organique le Sénat, soit on met en place un nouveau Sénat, en attendant une nouvelle Constitution. Tout cela est possible. Donc, le débat est ouvert. Il n’y a pas de problème. Ce n’est pas ma position personnelle qui détermine en dernière instance les questions. Moi, j’ai dit ce que les Assises ont dit.

Êtes-vous satisfait de la manière dont les audits sont actuellement menés ?
Je suis satisfait, mais on attend encore plus et mieux. Je salue la manière dont Madame le ministre de la Justice et son équipe gèrent ce dossier avec discrétion et efficacité. Maintenant, ce que le pays attend effectivement, c’est qu’il y ait des retombées, parce qu’ils ont pris l’argent public. Il faut que l’argent public revienne aux caisses de l’Etat. Ce n’est pas une question de vengeance. Vous avez pris l’argent qui ne vous appartient pas, il faut le rendre. On leur demande de le rendre, qu’ils le rendent. S’ils le rendent, il n’y a aucun problème. Nous sommes un pays où tout le monde se connait, les familles s’interpénètrent. Ce n’est pas vouloir du mal individuellement à une personne. Ils ont pris les ressources publiques, ils doivent le rendre. Tout le foncier dont ils se sont accaparés, au détriment des autres citoyens. Les milliards qu’ils ont mis dans leurs comptes, ils doivent les rendre. Et ça, c’est tout à fait normal. Il faut que justice soit faite.

Chaque année l’Armp épingle des délinquants financiers. Qu’est-ce qu’il faut faire contre ces mauvais élèves ?
Mais, il faut sévir. Vous savez qu’est-ce qui bloque le développement en Afrique ? C’est cette mal-gouvernance. C’est ça qui bloque le développement de l’Afrique. Que la majorité travaille, sue, et qu’une minorité vienne prendre le fruit de ce travail. C’est ça le blocage de notre développement. Tant qu’on ne met pas fin à cette situation, ce sera la régression permanente. On ne sortira pas du chaos, parce que la misère entraîne toujours l’insatisfaction, les récriminations, les révoltes. C’est le spectacle de l’Afrique d’aujourd’hui, parce que les dirigeants ne sont pas honnêtes. Ils ne sont pas sincères, ils ne sont pas intègres. Les populations voient cela et se révoltent. Et nos pays sont dans l’instabilité permanente à cause de ça. Parce que la misère, la pauvreté, n’entraîne que l’instabilité. Et aucun régime, même pour sa sécurité, ne peut survivre dans ces conditions-là. Donc, il faut mettre fin à ça. Il faut que ceux qui sont coupables de mauvaise gestion payent, et c’est ça qui nous fera avancer. Imaginez que l’on mette tous les milliards dont les gens du Pds se sont accaparés pour augmenter la capacité énergétique, pour rénover le réseau de distribution électrique, pour faire accéder d’autres villages du pays à l’électricité, mais le pays serait avancé. Allez voir le spectacle dans les hôpitaux, dans les formations sanitaires de notre pays, c’est la misère. Les médecins donnent des ordonnances kilométriques à quelqu’un qui n’a pas même pas 5000 francs. Le médecin, qu’est-ce qu’il peut faire ? Il ne peut pas inventer les médicaments, ce n’est pas sa spécificité.

À quand l’alternance à la tête de la Ld ?
Vous savez, moi, je suis un militant. La retraite militante, d’abord, ça n’existe pas. On mène un combat dans la vie pour un idéal. Donc, je ne souhaite pas un jour être en retraite militante. Ca n’existe pas. Maintenant, diriger la Ld, ça c’est autre chose. C’est tout à fait normal. Nous sommes dans ce processus-là, pour que d’autres générations prennent la relève. La politique, d’ailleurs, c’est une question de génération. C’est une question d’engagement. Vous avez des jeunes qui ont moins d’engagement militant que des vieux. Il faut, non seulement que la relève soit faite, mais qu’elle soit faite aussi par des militants dans le sens de l’engagement pour le pays. Je crois que, non seulement au niveau de la Ld, au niveau de l’ensemble de la gauche, depuis quelque temps, nous y travaillons. Au dernier congrès, d’ailleurs, de notre parti en décembre 2008, nous avons lancé cette idée de créer un grand parti de rassemblement de toutes les forces qui luttent pour le progrès et la démocratie, au-delà de la Ld et tous ces partis. Nous avons lancé ce mot d’ordre. Malheureusement, on n’a pas pu encore réaliser ce grand rassemblement pour plusieurs raisons. La raison principale, c’est qu’aussi tôt après nous sommes rentrés dans les élections locales, en mars 2009. Et après les élections locales, on est entré dans la tourmente des élections de 2012, le 23 juin, après il y a eu beaucoup de choses. Maintenant, après ces électionslà, comme je l’ai dit, la sérénité est revenue dans le pays. Ce dossier-là nous allons le reprendre. Au niveau de la Ld, nous allons lancer à nouveau la réflexion. Il y a un comité qui est en train de faire un avant-projet de rapport, pour voir comment reprendre cette dynamique-là. Et dans ce cadre-là, les vieux, peut-être, continueront à travailler, à donner leurs conseils, leurs avis, leurs suggestions. Il n’y aura pas une rupture de génération. Les jeunes vont continuer ce combat dans le sens des engagements que nous avons pris pour le progrès social dans notre pays. Pour moi, il n’y a aucun problème sur ce plan-là.

Donc, vous êtes prêt à céder la place à la jeune génération ?
Ca va dans le sens de l’histoire. Je ne peux pas rester éternellement à la tête d’une organisation, ça n’a même pas de sens. Je dois dire que la Ld n’est pas le parti d’Abdoulaye Bathily. Ça, tout le monde l’a constaté. Chez nous, les questions sont débattues. Ce n’est pas la position d’Abdoulaye Bathily qui prévaut à la Ld. Il y a des partis qui sont créés par des individus, ce n’est pas le cas de la Ld. L’opinion d’Abdoulaye Bathily, c’est une opinion parmi tant d’autres.
Propos recueillis par Moustapha BA

TEUSS

A notre grand malheur !

Connaissez-vous dans «Nda-kaaru» un service de l’Etat où vous pouvez aller et y revenir avec une entière satisfaction ? Sans exagération aucune, il est presque sûr que la réponse est non. Commençons-par pur hasard- par l’hôpital. Il y a plus de risques d’être encore plus souffrant quand on s’y rend, car lui-même est malade. N’allez surtout pas voir chez «Senelëdëm», de toute façon la seule chose qu’ils ont d’éclairée, c’est des promesses à plus l’infini. Que dire alors de l’école qui ne forme plus qu’en quantité omettant la qualité. L’avenir n’est plus à espérer du côté de l’université, les étudiants s’y battent jour et nuit avec des policiers sous les yeux de professeurs dépassés et plus préoccupés à arrondir les fins du mois dans les écoles de formation dont certaines ne sont même pas agréées. Voilà le service public à Sunugaal et ses dramatiques petites réalités. A notre grand malheur !
Samba ALAAR

SALUT PUBLIC

Il ne faut pas insulter ceux qui ne vivent que de pain…

« L’estomac rejette la nourriturequi ne peut pas être digérée et qui n’a aucun bénéfice, et ensuite lui crache dessus. Le temps et l’histoire font la même chose aux gens incompétents »
Fethullah Gülen

«Le pays tourne en rond», c’est la rengaine la plus entendue, aujourd’hui, dans tous les milieux. Le pays que j’entends, c’est celui de l’électricité, des emplois, de la circulation fiduciaire sous ses diverses formes ; c’est-à-dire des mouvements de l’argent, qui commandent les investissements, petits et gros, et fouettent la consommation, pour que celle-là commande la croissance, mais seulement si les industries nationales fonctionnent et produisent ce qui est consommé par les travailleurs. Et en ce cas, ces dernières industries créent des emplois. Et le cercle vertueux du développement prend forme. Or, l’argent ne circule pas, semble-t-il, parce que sous le gouvernement de Monsieur M. Abdoul Mbaye, et c’est lui-même qui nous l’apprend, «l’argent douteux» (c’est la terminologie utilisée par le Pm), c’est fini. Soit !

Par Pape Samba Kane


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